Le monde comme il va. En ce mois de mai sans émoi ensoleillé, Ancelotti est un saint et Mourinho un démon. Le premier, en rébellion contre les dirigeants du PSG (il est vrai qu'ils l'ont maltraité à un moment) est nécessairement l'incarnation du Bien. Le second, éjecté par les dirigeants du Real (après un titre en Liga et une Coupe du Roi) est obligatoirement la représentation du Mal. Dans les deux cas, la plupart des commentaires, sans retenue, sont univoques, sans nuances. Ancelotti est le bon, Mourinho la brute ET le truand.

Est-il possible de considérer les deux bilans avec plus de mesure ?

carlo10.jpgPeut-on estimer qu'Ancelotti, compte tenu de son effectif, a mis bien du temps avant de faire du PSG une machine à gagner ? Que sa gestion psychologique des hommes peut être questionnée ? Que les ratages du PSG en Coupe de France et de la Ligue peuvent être de nature à s'interroger sur certains choix tactiques pêchant par suffisance ? On le peut, mais on ne sera pas entendu. Le simple fait qu'Ancelotti, de son point de vue, ait décidé de faire savoir qu'il ne supportait plus les Qataris propriétaires du PSG, leur comportement et leur méthode, semble suffire à beaucoup, trop heureux de pouvoir dire aussi tout le mal qu'ils pensent de ces investisseurs venus de trop loin à leurs yeux. Ancelotti, fin communicant tire profit de cette situation étrange, où le non-dit règne. Tant mieux pour lui.

mou20.jpgDe même, peut-on avancer que Mourinho n'a jamais vraiment eu de chances de réussir au Real ? Peut-on juger que le corps madrilène ne voulait pas cette greffe et que le technicien portugais n'y pouvait rien ? Peut-on rappeler que dans ce contexte hostile, le Mou a hissé le Real vers le titre, une Coupe du Roi et deux demi-finales de Ligue des champions ? On le peut, mais on ne sera pas entendu. Pire encore, tout cela sera nié, tant Mourinho déclenche de passion et de révulsion, de convulsion et d'indignation, comme si tous ceux qui ne l'aiment pas n'attendaient que cette chute pour piétiner ce qu'ils pensent être un cadavre. Mourinho paie cher l'arrogance surjouée, la morgue affectée auprès de ceux qui ne savent pas lire sa part de naïveté et d'innocence, sa rouerie et sa faconde. C'est triste.

En vérité, l'un ne mérite pas tant d'honneur, et l'autre tant d'indignité.

Mais ainsi se termine les deux règnes, sans que le bilan puisse être établi de manière sereine au regard de l'histoire. Cette semaine, il ne sera plus question que de la succession d'Ancelotti au PSG. Qui ? Quand ? Combien ? Le délire des pronostics est en plein emballement. Capello, Blanc, Mancini, Benitez... La machine à imaginaire est en marche, plu forte que la machine à informer. Le vent médiatique balaiera sans vergogne ce qu'il a porté les jours précédents. Seront ainsi figés les jugements prononcés sous l'empire des passions et émotions. Ancelotti restera un saint, Mourinho un démon.
Un symbole : Mourinho viré de la finale de Coupe du Roi, c'est Mourinho viré d'Espagne par un pays qui ne l'aime pas. L'image restera. Ainsi, Mourinho quitte-t-il le Real sur un ultime revers. Une défaite, en finale de Coupe, face à l'Atletico Madrid (2-1) avec une expulsion en prime, pour des propos un peu durs (grossiers ?) envers un corps arbitral digne de la Ligue 1 française. "La pire saison de ma carrière" a dit le Mou après cette défaite collective et personnelle. Et de se préparer ainsi pour son départ ailleurs, à Chelsea, si toutes les prophéties l’annonçant de retour en Premier league s'accomplissent.

mou19.jpgMourinho et le Real, c'est une histoire qui n'a jamais eu lieu. Ce sont des choses qui arrivent et qui relèvent du grand mystère des relations humaines. Un environnement hostile, un Portugais en terre castillane, une presse qui n'a pas su jouer avec Mourinho comme lui aime jouer avec la presse, des joueurs en rébellion (Casillas, Sergio Ramos...), un Cristiano Ronaldo qui ne se montre jamais décisif dans les moments décisifs... Un peu de malchance aussi, comme hier, en finale de Coupe, avec des tirs sur les poteaux... Les "circonstances", pour reprendre un mot de de Gaulle, les "circonstances" n'ont jamais été favorables à Mourinho. Jamais.

L'histoire n'a pas eu lieu, elle ne peut donc s'écrire.

Mourinho est de ces personnages, de ces créateurs qui, pour donner le meilleur d'eux-mêmes, se doivent d'évoluer dans un environnement où ils sentent qu'ils jouissent d'une certaine affection. L'affection les rassure et leur apporte la sérénité. Au Real, Mourinho n'a jamais eu droit à cette affection, tant à l'intérieur du club qu'à l'extérieur. Cela l'a conduit parfois, les nerfs à vif, à commettre des erreurs qui, par effet boomerang, lui ont couté cher. L'affaire Casillas est emblématique de cette situation.

Le gardien icône du Real a pourri la vie de Mourinho trois années durant, pourrissant aussi la vie du "vestiaire". Contre lui, Mourinho a usé de tous les pouvoirs discrétionnaires à la disposition d'un entraineur, allant même jusqu'à mettre dans les buts, un soir de janvier, pour punir Casillas, un jeune gardien, Adan. Cette sanction n'avait aucun sens sportif. Elle fut l'une de ces erreurs que les "circonstances" poussèrent Mourinho à commettre. En vérité, Casillas était auréolé d'une légitimité que Mourinho n'avait pas et n'a jamais eu aux yeux de la planète Real. S'en prendre à lui de la sorte, c'était s'exposer à des représailles, des joueurs, de la hiérarchie du Real, de la presse et des supporters...

Mourinho n'a jamais été légitime au Real, il n'y fut donc pas aimé pour cela. La part d'innocence qui est sienne l'a sans doute conduit, un temps, à estimer que l'on finirait bien par reconnaitre ses mérites. Mais ni le titre de Champion 2012, ni la Coupe 2011 n'y auront suffi. A Chelsea (ou ailleurs) il retrouvera cette légitimité qui lui fit tant défaut au Real, ce concentré de tous les orgueils castillans. Casillas et ceux qui le soutiennent sont sans doute soulagés d'avoir remporté un combat opposant leur(s) orgueil(s) à la fierté du Mou. Ils devraient plutôt méditer Vauvenargues : "l'orgueil est le consolateur des faibles".
becks2.jpgDu passage de Beckham au PSG, l'histoire ne retiendra que le passage. Au bout du compte, cette aventure n'aura été qu'une histoire de publicité, de com' et de marketing, et rien d'autre. Les quelques dizaines de minutes passées par un joueur incarnant la culture mondialisée du football n'auront servi à rien, d'un point de vue sportif. C'était prévisible. Ce fut ce qu'il advint. Oui, Beckham n'aura rien apporté au PSG, footballistiquement parlant, parce qu'il n'était pas venu pour ça. C'est une anecdote, une de plus dans la vie de ce club, point.

Les rétrospectives consacrées au joueur le montrent à l'envi (à voir ICI, excellent montage). De grands moments avec Manchester, avec l'équipe d'Angleterre, les meilleurs (la finale de Ligue des champions 1999, des coups francs sublimes) et les pires (l'expulsion de la Coupe du monde 1998, le penalty manqué face à Barthez à l'Euro 2004)... Mais rien sur le PSG hormis les images de la venue, de l'accueil et du départ, rien sur le football... CQFD : David Beckham, footballeur et seulement footballeur, c'était mieux avant le PSG.

A l'arrivée, hormis quelques maillots vendus parce que portant la marque-nom Beckham, le PSG ne conservera qu'un souvenir flou de ce passage éclair, à peine quelques semaines. Cette affaire n'entrera pas dans l'histoire parce qu'il ne s'est rien passé en fait.

Reste le mystère Beckham. Reste cette posture étonnante. Ce maintien permanent. Ce sourire éternel, pour les photographes, à peine effacé, parfois, par une agression de Jordan Ayew ou une expulsion injuste à Grenoble. On se demande ce que peut bien peut penser l'humain Beckham de l'image Beckham. Y a-t-il une vie intérieure au sein de ce corps marketé à l'excès ? On s'interroge. Et l'on songe à ce que montre les rétrospectives de sa carrière : David Beckham a adopté toutes les coupes de cheveux à la mode de ces quinze dernières années : la mèche du minet, le crâne rasé baroudeur, le catogan du samouraï... Rien de ce qui était capillairement dans le vent ne nous fut épargné... Le produit Beckham fut toujours dans le move...

beck5.jpgOn se souvient du choc de David Beckham lorsque sur le banc du PSG, pour sa première apparition en tant que joueur de football réel au Parc des Princes, il avait paru surpris, apeuré presque, parce qu'Olivier Tallaron, de Canal Plus, était venu lui planter un micro sous le nez afin de recueillir des premières impressions (à voir ICI). C'est comme si une part d'imprévu venait de surgir dans la vie toujours bien réglée, question médiatique, de David Beckham. On avait senti la machine, l'espace de quelques secondes, se dérégler, au bord du bug... Le disque dur fonctionnait à plein régime, peu habitué à l'improvisation et au surprenant. Deux banalités étaient sortis de la bouche de l'image, "C'est le football, c'est toujours compliqué", et poliment, on en était resté la. Il valait mieux, sans doute.

Ce jour là, au culot, Olivier Tallaron avait mis à nu le système Beckham en le forçant à sortir des clous, de ses plans médias préparés cent ans à l'avance, révélant sa part d'artifice et de construction médiatique autant que marketing. Derrière l'image, l'éternel sourire, les coupes de cheveux du moment, se cachait un type qui n'est plus habitué au monde réel, aux "vrais gens", aux aléas de la vie. A rien qui ne soit pas un plan promo. Un petit moment de vérité. Du passage au PSG, c'est l'image qui restera.

Beckham est-il Beckham, ou bien sorte de anti-Hamlet du football mondialisé, est-il devenu autre chose que ce qu'il fut, un enfant, un ado doué pour le foot et qui ne devait pas s'imaginer devenir une icône mondiale à l'image contrôlée en permanence ? Est-il "fidèle à l'enfant qu'il fut" pour reprendre le mot de Bernanos ? Est-il encore lui-même parfois ? To be Beckham, or not to be Beckham ?
Dans dix ans, personne ne se souviendra des Ultras du PSG. Dans dix ans, le stade du PSG, le Parc des princes rénové, agrandi ou reconstruit accueillera un public aujourd'hui semblable à celui de Manchester, Arsenal, Chelsea... Dans dix ans, la politique menée par les pouvoirs publics et les directions du PSG depuis 2010 aura porté ses fruits. Le phénomène Ultra (et son virus dérivé, le hooliganisme, lui même victime du virus casseur) ne sera plus qu'un souvenir. Le processus de substitution du public du PSG sera parvenu à terme. Une génération suffira.

casseurs1.jpgLes incidents de lundi soir, au Trocadéro et certains quartiers de Paris ont achevé les derniers espoirs des Ultras. Ce n'est pas demain qu'ils pourront revenir au stade. En organisant une petite manif parallèle, entre anciens de la tribune d'Auteuil d'avant le plan Leproux, à ce qui devait être la fête du Trocadéro, en offrant aux casseurs de tous horizons l'occasion de s'engouffrer dans la brèche qu'ils ont eux-mêmes ouvertes, en laissant certains d'entre eux participer aux affrontements, ils ont participé à la mise à mort définitive de leur mouvement (lire ICI). On ne discute pas avec des gens qui prennent des initiatives irresponsables.

Les dirigeants du PSG (et les pouvoirs publics) ont désormais beau jeu d'opposer une fin de non-recevoir définitive à la demande perpétuelle de concertation formulée par le dernier carré des Ultras canal historique. Et tant pis pour les Ultras pacifiques et honnêtes, car il en existe, ceux-là seront victimes de leurs petits camarades. C'était inévitable. Nasser El-Khelaïtfi, le représentant du Qatar qui tient le PSG, ne laissera pas passer l'occasion.

En vérité, les Ultras n'ont plus leur place dans le modèle économique, culturel, social et sociologique du football d'aujourd'hui. Le football, spectacle sportif généraliste, n'a pas besoin de leurs abonnements (trop faibles) et de l'ambiance qu'ils étaient si heureux de mettre dans le stade (trop anxiogène, agressive et excluante). Le stade du 21e siècle est un théâtre, ce n'est plus une arène. C'est un endroit ou vont naitre des générations de supporters bon enfant, qui se transmettront, à l'anglaise d'aujourd'hui, la culture club, mais de manière apaisée et tranquille. En outre, ce nouveau public, plus bourgeois et CSP+ est susceptible de consommer davantage football en produits dérivés de la même façon qu'il est prêt à débourser davantage pour une place ou un abonnement. L'ultra des tribunes populaires rapporte peu et dissuade des supporters plus rentables de venir au stade : il est condamné à terme, au PSG comme en France, comme partout où l'économie du football se développe.

casseurs2.jpgIl n'y a plus que les Ultras (et une certaine presse à la fois nostalgique et complaisante, tels nos amis de So Foot ou de Rue89 sport-ICI-) pour pleurer sur la disparition des Ultras, de leurs fumigènes, de leurs banderoles et de leurs cris. Le système les a condamnés depuis longtemps, et pour tout dire, le nouveau public du Parc des princes s'en fout complètement de leurs états d'âme. Le nouveau public du Parc préfère venir assister à un match tranquille, sans risquer d'assister, à la sortie du stade, à une bagarre ultra violente entre membres d'Auteuil et de Boulogne pouvant se terminer par une mort d'homme. Le nouveau public du Parc ne veut plus aller dans un stade transformé en camp retranché et comme assiégé par des milliers de CRS. Le nouveau public du Parc veut être comme devant sa télé, et peu lui importe que l'ambiance du stade ait perdu quelques décibels.

Les Ultras vont mourir parce qu'ils n'ont pas d'avenir et ne seront pas remplacés. Ils incarnent le monde d'avant, et leur refus de toute adaptation aux exigences de la planète football les condamne. La pureté sans compromis, c'est très joli, c'est très noble, mais c'est la fin assurée. Le monde du football, au PSG comme ailleurs, n'a plus besoin d'eux.

Les Ultras n'ont pas d'avenir parce qu'ils n'ont pas compris qu'ils sont économiquement, socialement, sociologiquement et culturellement inadaptés au football d'aujourd'hui.
psg15.jpgA peine sacré Champion de France, le PSG doit déjà songer à l'avenir. Ainsi va la vie dans le football moderne. La fête ne dure que quelques heures, les supputations sur l'avenir des semaines. Le PSG, en dépit du titre, de la joie, du bonheur, est entré dans la tourmente à l'instant même où il devenait, à 23h05 ce dimanche 12 mai 2013, après une victoire à Lyon (0-1) Champion de France.

Du reste, les premières questions posées par Olivier Tallaron, sur Canal plus, préposé à la rude tâche d'interpeller les personnes concernées, le montraient bien : "Alors Carlo, vous allez rester ?", "Alors Nasser, Carlo, il va rester ?" et le reste à l'avenant. On était dans la joie, l'ivresse, mais on pensait déjà à l'avenir. Inévitable. Et l'avenir, dans un premier temps, c'est le destin de Carlo Ancelotti, l'actuel entraineur.

On connait le scénario de ces derniers mois. En novembre dernier, agacés par la lenteur de l'ascension du PSG vers le titre, les actionnaires du club considéraient que Leonardo et Ancelotti n'étaient pas à la hauteur de leurs ambitions. A ce moment là, nous disait-on à la une, les deux dirigeants étaient plus prêts de la porte que de l'augmentation et Mourinho ne pouvait pas ne pas céder aux propositions du PSG. Depuis, tout a changé. Le PSG est devenu champion, a manqué d'éliminer le Barça en Ligue des champions, Mourinho a joué double jeu mais se prépare à revenir en Premier league... Bref, le rapport de force n'est plus le même. Ancelotti, courtisé par le Real, d'esclave que l'on s'apprête à virer, est devenu maitre que l'on doit courtiser.

carlo9.jpgEn vérité, le président El-Khelaïfi et le prince Al-Thani se sont piégés eux-mêmes. Pire encore, leur comportement, pour le moins capricieux dit-on, effraye désormais bien des prétendants possibles. Ce sont eux qui, du fait de leur façon de faire, ont créé cette situation étrange où le PSG champion, si fort d'apparence, est sans doute plus faible qu'il n'y parait. Si Ancelotti part au Real, si Mourinho, Wenger, Benitez et les autres ne veulent pas venir, si le PSG est contraint de se rabattre sur ce qui sera perçu comme un choix de second rang (genre Laurent Blanc) en mode pape de transition, le colosse affichera plus ses pieds d'argile que ses mains de fer.

L'argent pour l'argent ne peut pas tout. Il peut permettre de faire venir, un temps, de grands joueurs, encore faut-il savoir les agréger entre eux, en faire une équipe, les guider... C'est un long travail humain. Force est de constater qu'aujourd'hui, Ancelotti est l'un des artisans fondateurs de la réussite. Et ce qui est arrivé cette saison à Manchester City, dans un schéma comparable, incline à la modestie en la matière. Le football est humanité avant d'être financier.

Pour le moment, les stars du PSG, à commencer par Ibrahimovic protestent de leur attachement au PSG : "Je suis très content. Mes débuts ici à Paris sont parfaits. Je ne pouvais pas rêver mieux. Désormais, je vais faire de mon mieux pour défendre le titre. J’ai encore deux ans de contrat. Je suis un professionnel et je respecte les contrats". Ces propos sont rassurants, y compris sur l'état d'esprit d'Ibra, et démontrent que dans l'épreuve, un groupe s'est constitué, il suffisait de voir les joueurs célébrer leur victoire hier, mais si Ancelotti s'en va, qu'en sera-t-il ?

"Toute situation est porteuse de son contraire" disait un ancien président de la République. Le PSG en fait démonstration aujourd'hui. Carlo Ancelotti est le premier domino sur lequel repose l'avenir radieux promis au PSG. S'il venait à tomber, l'effet pourrait en être des plus problématiques. Beau sujet de dissertation : "Apparence et réalité du PSG à l'heure du triomphe". A traiter en quatre heures.
callum1.jpgIl s'appelle Callum Mac Manaman. Ce n'est pas le patronyme d'un héros du film Braveheart, mais celui d'un joueur du club anglais de Wigan. Hier, une heure et demi durant, sur la pelouse de Wembley, tout au long de la finale de Cup opposant Manchester City à Wigan, ce Callum Mac Manaman fut l'égal de Garrincha, ou de Robben. Ou de Ginola. Ou de Jairzinho. Comme eux, il est capable d'enchainer dix fois, vingt fois, cent fois le même dribble dans un match, sans que ses adversaires ne trouvent la parade. Comme eux, il est rapide, vif, insaisissable, inspiré. Comme eux, il va de l'avant, provoque toujours et ne renonce jamais. Comme eux, il semble être l'ontologie du dribble, de l'esquive et de la feinte.

De la finale de la FA Cup, hier, opposant Wigan au monstre Manchester City (1-0), Callum Mac Manaman fut le héros.

Callum Mac Manaman, ailier et enfant perdu, a imposé aux plus terribles défenseurs de Manchester City une humiliation que l'on pressent inoubliable. Clichy, déboussolé. Company agacé. Zabaleta expulsé. Le spectacle fut permanent. Cela relève de l'état de grâce. Tout ce qu'un attaquant, à lui seul, peut infliger de tourments à des défenseurs réputés, Callum Mac Manaman l'a infligé à l'arrière-garde des Citizens. Et si Callum Mac Manaman n'a pas marqué, c'est lui qui a adressé, sur corner, la passe décisive qui offrit à la tête de Watson l'opportunité d'inscrire le but de la victoire à la dernière minute de jeu.

On aime cet imprévu du football. On aime s'asseoir, devant sa télévision, un samedi après midi, en se disant que l'on va assister au triomphe attendu de la "grosse" équipe, City, carburant grâce au pétro-dollars des actionnaires du golfe, sur la "petite", Wigan, survivant par la grâce du mécénat de son propriétaire. On aime l'histoire du "gros" dévoré par le "petit". On aime, comme ça, d'un coup, découvrir un joueur qui dispute, peut être, le match de sa vie. On aime cette fulgurance là du football, cette joie de la surprise. On aime le football pour ses moments étonnants, surprenants et déconcertants, parce qu'il est le seul jeu où le plus fort ne triomphe pas toujours.

Donc, on a aimé, on aime, on aimera le souvenir de Callum Mac Manaman, héros de la finale de la FA Cup 2013.

Wigan qui terrasse Manchester City, voilà de quoi inspirer le PSG en cette fin de championnat compliquée. La victoire des Latics sur les Citizens en finale de la F.A Cup est venue rappeler ce qu'est l'essence du jeu de football aux yeux du monde sportif : "Il n'y a qu'une seule vérité, celle du tableau d'affichage", et ce qui, pour un championnat, en découle, le classement final.

callum2.jpgEn vérité, Wigan-City est LE match de ce week end de la mi mai 2013. L'histoire de cette rencontre, l'épopée de Callum Mac Mananam, valent plus que le sacre de Barcelone en Espagne ou que la victoire de Marseille empêchant le sacre du PSG, encore. Nous sommes dans une autre dimension, au cœur de l'essence du jeu de football. La victoire du Wigan de Mac Manaman incarne tant le football que l'on se demande pourquoi, en ce dimanche matin, à l'heure où ces lignes sont écrites, elle n'est pas à la une de tous les sites d'informations sportives.

Quel est le secret de la victoire de Mac Manaman et de Wigan ? L'absence de peur. Ceux qui paraissaient hier, sur la pelouse de Wembley, prisonniers de la peur de vaincre, de cette peur qui paralyse parfois, ceux à qui ne doivent pas perdre parce qu'ils sont les plus forts, ce n'était pas les Latics, mais les Citizens. Nouvelle version de la fable du Maitre et de l'Esclave, les joueurs de City étaient à ce point prisonniers de leur image, du budget de leur club, de l'impossibilité de perdre, que cela a fini par les empêtrer, les gêner et les paralyser. Du côté de Wigan, 18e de la Premier league, on jouait libre, parce que l'on avait rien à perdre.

La leçon vaut pour le PSG qui, à l'exemple de City, peine à s'imposer en cette fin de championnat de France et s'apprête à affronter Lyon, Brest et Lorient. Sortir de la peur, donc de la torpeur. Ne pas se laisser enfermer dans le rôle de celui qui ne peut que gagner, parce que c'est une obligation. Se libérer. Si le PSG, in fine, veut être couronné Champion, ce n'est pas du côté de Manchester City que se trouve le secret, mais du côté de Wigan. Si Ibrahimovic veut être sacré, il doit laisser parler le Callum Mac Manaman qui est en lui.
Face à la tournure des événements prise par ce qu'il faut bien nommer l'affaire Casto, on hésite. Hier soir, la commission de discipline de la LFP a décidé de sanctionner Thiago Silva d'une suspension de deux matchs fermes et de suspendre Leonardo, le directeur sportif du PSG à titre conservatoire, en attendant que "l'instruction" au sujet de ce qui lui est reproché, d'avoir bousculé l'arbitre Castro, soit bouclée.

Commençons évoquer le cas Leonardo. Le directeur sportif du PSG, en bousculant l'arbitre Castro dans les minutes qui ont suivi la fin de la rencontre avec Valenciennes s'est clairement mis dans un mauvais pas. Son comportement est doublement fautif. D'une part, parce qu'il n'avais pas à se comporter ainsi, par principe. D'autre part, parce que les adversaires du PSG, et cette affaire révèle qu'ils sont nombreux, à tous les niveaux de la hiérarchie du football français) privilégient désormais le cas Leonardo au cas Silva. Ce qui a déclenché l'affaire Castro, à savoir une prise de décision aberrante d'un arbitre à l'encontre d'un joueur, passe désormais au second plan.

En bousculant l'arbitre Castro, certes sans que l'intégrité physique de ce dernier soit menacée, Leonardo a malgré tout commis une faute politique, exploitée comme il convient par tous les ennemis du PSG. Il en paie et en paiera le prix, première victime de ce qui présente toutes les apparences d'une Tartufferie. 

silva1.jpgThiago Silva est lui suspendu deux matchs. Une lourde sanction qui présente toutes les apparences d'une injustice sans nom. Car enfin, qui peut dire, sans mentir, avec une absolue certitude, que le joueur brésilien a volontairement bousculé l'arbitre Castro pendant le match contre Valenciennes, le rejetant des deux mains, comme l'homme en jaune l'a expliqué aux joueurs du PSG à la mi-temps ? Qui peut affirmer avec certitude, au vu des images fournies hier par Canal Plus, que le comportement de l'arbitre n'est pas étrange quand on le découvre fonçant vers Silva, sans chercher le moins du monde à l'éviter (à voir ICI) ? Qui peut proclamer qu'il s'agit d'une agression quand ces mêmes images montrent par ailleurs que si le joueur du PSG a bien touché l'arbitre, à aucun moment, en aucune façon, il ne commet le geste que lui reproche l'arbitre pour le sanctionner ?

Depuis quelques jours, on entend une nouvelle ritournelle : "il ne faut pas toucher l'arbitre, qui est sacré", et l'on sourit en écoutant ce prêchi prêcha, pensant à toutes ces images, diffusées chaque week end à la télé, où l'on voit des joueurs toucher l'arbitre pour l'interpeller, lui taper sur l'épaule, le prendre par le bras pour attirer son attention sur une contestation... Dans 99,99 % des cas, cela ne donne lieu à aucune sanction, sauf gros mots ou bousculade avérée. Or, répétons-le, si l'on considère comme "bousculade" les gestes de Silva à l'encontre de l'arbitre Castro, il est urgent de revoir la définition qu'en donne les dictionnaires.

Plus on avance dans le temps, plus les éléments accablent l'arbitre Castro. Non seulement il a commis une grave erreur d'interprétation, mais il est désormais suspect de ne pas avoir eu un comportement adéquat vis-à-vis de Silva et des joueurs du PSG. En atteste encore son comportement face à Ibrahimovic en fin de rencontre.

Les images de Canal Plus sont, encore une fois, accablantes.

silva2.jpgL'attaquant suédois vient vers l'arbitre pour lui signifier ce qu'il pense de son arbitrage, et il est accueilli par un sourire narquois et provocateur, agrémenté d'un "chut !" qui ne laisse pas de doute sur la volonté de ne pas écouter, de ne pas dialoguer et de moquer le joueur du PSG. Dans un tel contexte, à ce moment là des événements, Ibrahimovic, de tempérament fougueux, ne peut que s'en agacer davantage. Et c'est alors que l'arbitre Castro, se reculant (geste assez révélateur, convenons-en) décide de sanctionner d'un carton jaune le joueur du PSG (séquence visible ICI). Or, à tout le moins, c'est lui qui, de par son comportement provocateur, est à l'origine de l''emportement d'Ibra. Compte tenu des événements qui précèdent, il est légitime de se demander si ce n'est pas délibéré même si nous savons tous que nous n'aurons jamais de réponse à cette question, incapable de sonder les arrières pensées de l'arbitre Castro.

Ce qui est certain, c'est que l'arbitrage de Castro fut catastrophique, tant sur les plans technique que psychologique.

A l'injustice de l'arbitre Castro s'ajoute l'injustice de la commission de discipline de la LFP. Cette dernière aurait voulu donner l'image d'une institution désireuse de protéger le système qui a abouti à faire de l'arbitre Castro un arbitre de haut niveau officiant en Ligue 1, alors que cette affaire démontre qu'il en est techniquement, psychologiquement et humainement inapte, qu'elle ne s'y serait pas prise autrement.

Sauver Castro, c'est sauver l'honneur d'un système en faillite nommé l'arbitrage français de haut niveau, qu'il faut préserver à tout prix, tel est la conclusion que bon nombre d'observateurs tireront de cette situation. La montée au créneau de tous les institutionnels de la corporation arbitrale française, c'est à dire les créateurs de Castro, n'est pas de nature à démentir ce sentiment.

Il y a quelques semaines de cela, la même commission de discipline avait refusé de qualifier "d'homophobes" les propos de Joey Barton qui avait comparé le même Thiago Silva à un "ladyboy en surpoids". C'était "déplacé", mais pas "homophobe" avait décidé la commission, sanctionnant pour cela le joueur de Marseille d'une suspension avec sursis de deux matchs, autant dire rien. Drôle de jurisprudence quand même...

Il doit s'en poser des questions, à l'arrivée, Thiago Silva, sur le fonctionnement de la justice du football professionnel français. Et ses réponses ne doivent pas être à l'honneur de la commission de discipline. Justice n'a pas été rendue dans l'affaire Barton, et il est désormais victime d'une injustice dans l'affaire Castro. Le football français a-t-il de quoi être fier de cette séquence ?
rouge4.jpgGrande est la lassitude de l'amateur de football ayant assisté hier, sur place, au match entre le PSG et Valenciennes (1-1). Avec regret et tristesse, il est contraint, comme tous ceux qui possèdent encore un peu d'intelligence dans ce pays, qu'une fois de plus, une fois encore, une fois de trop, ce qui promettait d'être un beau match de football pour de bonnes raisons fut gâché par une décision arbitrale où, une fois de plus, une fois encore, une fois de trop, un homme au sifflet a préféré privilégier son narcissisme sublimé au respect d'une rencontre sportive, des joueurs, du public et du football.

Car il s'agit bien de cela. Le carton rouge stupide, insensé, hallucinant dont Thiago Silva fut la victime innocente met une fois encore en vedette le problème d'un certain type d'arbitrage à la française, ce fléau que l'on voit se développer depuis plusieurs années. Et comment ne pas comprendre l'agacement de Leonardo, en fin de rencontre, accostant virilement M. Castro pour lui signifier sa façon de penser.

Les faits sont accablants. En fin de première période, le PSG est mené 1-0 par Valenciennes. La tension dans le stade est extrême, que ce soit sur la pelouse, sur le banc de touche ou dans les tribunes. On se dit, à ce moment là, que la seconde période promet d'être passionnante, entre un PSG mené chez lui, piqué au vif, et un VAFC appliqué, sérieux et rigoureux, porté notamment par un Penneteau des grands soirs. Et là, parce que Silva se met en travers de son chemin pour l'interpeller suite à une décision litigieuse, parce que dans son élan il effleure l'épaule de l'arbitre, M. Castro, celui-ci, réagissant de manière aussi inquiétante qu'impulsive, se décide à expulser le capitaine courageux. Atterrant.

Entendons-nous bien : loin de nous ici l'idée de nous en prendre à l'arbitre façon supporter déçu et revanchard. Nous ne sommes pas dans un film de Mocky. Mais qui a vu le match entre le PSG et Valenciennes, qui a vu cette expulsion incroyable, ne peut que se dire que l'arbitre, M. Castro, a volé un match à tous ses acteurs, à commencer par les joueurs du PSG. Et qui avait vu, dans l'après midi, le choc entre Manchester United et Chelsea, arbitré avec tact et pédagogie par M. Webb, ne pouvait qu'être confondu par le gouffre qui sépare un arbitre formé à l'école britannique d'un arbitre formé à l'école française.

Qu'aurait fait Howard Webb face à Silva ? Rien de plus simple : il aurait engagé le dialogue avec lui, l'aurait écouté, lui aurait rappelé leurs responsabilités réciproques, lui aurait enjoint de se maitriser, et peut être que si Silva avait persisté en usant d'un comportement inapproprié, lui aurait-il sorti un carton jaune. Ni plus, ni moins. Webb se serait arrangé pour calmer les esprits et faire en sorte que la rencontre puisse se poursuivre en toute équanimité. Or, au lieu de cela, le narcissisme sensible de M. Costa l'a conduit à prendre une décision démesurée, flinguant un match de football au scénario prometteur. M. Costa s'est mis au-dessus du jeu, des joueurs, du public

rouge5.jpgPosons donc, puisque nous y sommes contraints, la question récurrente : comment se fait-il que depuis quelques années, la France du football soit contrainte de subir sur les terrains de Ligue 1 une escouade d'arbitre théâtraux, mégalos, égotiques et enivrés d'eux-mêmes au point qu'ils en viennent, de par leurs décisions, de par leurs attitudes, à se placer aux yeux de tous, comme étant plus haut que le football lui-même ? Inconnu du grand public jusqu'à hier soir, M. Castro est venu prendre sa place dans la galerie des arbitres que l'on n'oublie pas, aux côtés des Chapron, Thual et autres Duhamel. La persistance de cette tragédie laisse pantois. Et que dire du choix d'un tel arbitre pour arbitrer un match de cette importance, vital pour l'attribution du titre, lorsque l'on sait qu'en dix rencontres de Ligue 1, il avait déjà distribué la bagatelle de 48 cartons jaunes et 5 cartons rouges ?

Pourquoi ces arbitres psycho-rigides et égotiques donnant le sentiment de flirter avec la mégalomanie ?

A la fin des fins, c'est bien la formation et le recrutement de ces arbitres là qui est en cause. Comment sont-il recrutés ? Quel enseignement leur est-il dispensé ? qui les forme ? Pourquoi, en une génération de football, sommes nous passés de Michel Vautrot et Robert Wurtz à Duhamel, Chapron, M. Castro et compagnie ? Est-ce si compliqué que cela de former des arbitres intelligents avec un peu d'intelligence ?
chute3.jpgCrépuscule des Dieux. "Pendant cinq ans on a dit que c'était la meilleure équipe du monde, et là on dit qu'ils font ce qu'ils peuvent". Le mot est signé de Paul Le Guen. Il a été prononcé sur le plateau de Canal Plus, sous les yeux vif acier, acérés et mutins, de Nathalie Iannetta lors la mi-temps du match retour opposant le Bayern de Munich à Barcelone. A elle seule, cette formule le tragique de la soirée. Et encore, à ce moment là, dans l'entre deux de la bataille, le score était encore de 0-0. Certes, le Barça était quasi-éliminé, mais il était légitime de penser que le sauvetage de l'essentiel, l'orgueil, que ce club préfère à la l'honneur, était encore possible.

Il n'en fut rien. Un exploit de Robben, une erreur de Pique, une tête de Müller. Et aux 4-0 de l'aller, s'ajouta le 3-0 du retour. 7-0 sur l'ensemble des deux rencontres. Un score de 1/16e de finale façon années 70, quand les grands clubs affrontaient au premier tour de la Coupe des clubs champions européens des équipes maltaises ou chypriotes courageuses mais peu compétitives.

chute4.jpgUn coup de tonnerre sur l'Europe, dont on n'a pas fini de mesurer les conséquences. Et des images qui se gravent pour longtemps dans les mémoires. Messi, inutile sur son banc de touche. Victor Valdes qui soupire après chaque but. Pique au bord des larmes après sa traitrise involontaire. Iniesta qui roule des yeux d'impuissance. Xavi que l'on ne voit plus. Fabregas, qui prend l'air absent de celui qui voudrait être ailleurs. Et ce public, accablé et silencieux, ce public qui, en prélude à la bataille, brandissait osait un Tifo affichant le mot "orgueil" en lettres d'or dans le Camp Nou. Ce public qui assistait à cette chute vertigineuse comme le dernier acte d'un opéra wagnerien. Ce public qui fut tout et n'était plus rien. Ce public vaincu. Abattu. Déchu.

Et nous, spectateurs hébétés devant notre écran. Nous, qui contemplions ce désastre. Nous qui n'en éprouvions finalement nul plaisir, nulle joie, nulle ivresse.

Longtemps, nous souhaitâmes la défaite de Barcelone... Longtemps, nous fûmes exaspérés de cette domination, de ce règne sans partage... Longtemps, nous refusâmes le "footballistiquement correct", qui imposait de chanter la geste de Messi, la gloire du Barça, le règne de Guardiola... Longtemps, nous niâmes que Barcelone fut l'essence du jeu de football, une sorte de perfection supérieure à toutes les antiques perfections, le Real de Di Stefano, l'Ajax de Cruyff, le Bayern de Beckenbauer, Le Liverpool de Keegan et Dalglish, le Milan de Maldini... Longtemps, nous supportâmes Mourinho, Chelsea, l'Inter, le Real... Longtemps, chaque faux-pas du Barça nous combla de joie.

"Enfin ! Que le règne maudit s'achève !" s'exclamait-on quand l'Inter ou Chelsea terrassait, pour un temps, le monstre conçu en Catalogne.

Barcelone était trop haut. C'en était insupportable d'inhumanité. Barcelone paraissait en passe de tuer le football à force de perfection. A la question : "pourra-t-on jamais inventer un système plus parfait que celui du Barça ?" il était d'usage, de la part de tous les commentateurs extasiés de répondre "Non". Le Barça serait l'indépassable équipe qui condamnerait le football à l'unique, à l'uniforme, à l'ennui, car il était dit que le Barça était la beauté. Le football s'incarnait, de manière subtilement lacanienne, en cette équipe, guidée par un nommé Messi. N'était-ce pas le signe attendu ? Et malheur à ceux qui aimaient le football autrement. Malheur à ceux qui aimaient Mourinho, Chelsea, l'Inter, le football de combat et de boue, le football de tacle et de virilité. Ceux-là, et l'auteur de ces lignes en fut l'une des victimes, ceux-là étaient hors le football, hors le beau et le vrai. Des parias. Des maudits.

chute6.jpgEt pourtant. Pourtant hier, contemplant le spectacle de ce crépuscule footballistique, assistant à cette chute pathétique, l'on éprouva nulle joie, nulle satisfaction. En vérité, la part de bonté et de justice qui réside en chacun de nous ne put se résoudre à la jouissance qu'aurait dû engendrer la vision de ce chaos, aussi ahurissant fut-il, et la représentation de cette chute, aussi vertigineuse fut-elle.

La compassion, seule la compassion s'imposa. L'inévitable compassion. Puis vint la pitié. La pitié vertueuse. La pitié que l'on doit aux chênes que l'on abat. La pitié admirative. Avoir été si haut, si longtemps et tomber bas, si vite, oui, c'était pitié. La pitié que l'on doit à ceux dont la domination fut souvent injuste (souvenons de la "Fucking disgrace" de Drogba, en 2009) et dont la chute l'est tout autant.

De bout en bout, du début à la fin, de haut en bas, l'histoire du Barça de ces dernières années n'aura été, aussi, qu'une longue suite d'injustices. Combien d'équipes en ont-elles été victimes, d'Arsenal à Chelsea ? Combien ? Il est donc juste que la précipitation du divin Barça dans l'enfer de la défaite soit aussi injuste que sa montée au firmament des palmarès. Comme il est juste, aussi, de manifester compassion et pitié pour ce Messi, redevenu enfin humain, si humain. Sic transit gloria Messi. 
Qui est le héros de la bataille ? Du Real-Dormund match retour de la Ligue des champions 2013, la mémoire collective ne retiendra que les dix dernières minutes. Dix minutes de folie, dix minutes d'ivresse, dix minutes durant lesquelles le Real sembla en passe de réaliser l'irréalisable : marquer trois buts au BVB venu de la Rhur et obtenir, in extremis, une place en finale de la plus belle des épreuves de clubs. Las... Ce ne fut pas le cas. Et tous de de dire qu'avec un peu de chance, un petit signe du destin, le sort de l'équipe madrilène, le destin de Ronaldo, Ramos et les autres, le karma de Mourinho auraient pu être différents.

wein1.jpgAinsi s'écrivent les légendes, souvent. La mémoire collective est sélective. Voilà trente-sept ans bientôt que la France s'est persuadée que les poteaux carrés de Glasgow ont empêché les Verts de devenir Champions d'Europe face au Bayern Munich, oubliant au passage qu'avant le tir de Bathenay et la tête de Santini, le club bavarois avait inscrit, en début de match, un but valable refusé pour cause de hors jeu (imaginaire) à Gerd Müller. En vérité, si victime d'un injustice il y avait, c'était le Bayern. Mais les poteaux étaient carrés... De même, l'écriture mémorielle de ce Real-Dortmund risque d'être empreinte du même travers. C'est le syndrome de l'homme qui tua Liberty Valance. Quand la légende est plus belle que la réalité...

Si l'on veut bien se remémorer le scénario de ce match retour, si l'on veut bien considérer les faits du match avec recul et hauteur, si l'on veut bien oublier un instant les péripéties intenses des dernières minutes, alors on se rend compte que ce match était joué depuis bien longtemps, depuis le début en fait, depuis la 4e minute. Depuis que le gardien Allemand, Weidenfeller avait accompli un petit exploit en arrêtant un tir à bout portant d'Higuain. Oui, ce fut làà en cet instant précis, que se scella le destin de cette bataille, si tôt, si vite.

Si Higuain, le mauvais choix de Mourinho hier, avait inscrit ce premier but, l'histoire aurait pu s'écrire autrement, c'est une évidence. Mais en stoppant net cette première attaque du Real, en l'empêchant d'aboutir, Weidenfeller désamorça la mèche madrilène qui menaçait d'exploser à la face des joueurs de Dortmund. Higuain en fut atteint au point de s'éteindre, minute après minute, seconde après seconde, ratant son match avec une obstination qui force le respect. Et le Real, en dépit de la motivation impulsée par Mourinho ne parvint jamais à renverser le cours des choses. Oui, l'arrêt de Weidenfeller fut déterminant en ce qu'il figea le temps et le destin pour 79 minutes, une éternité dans un match de football, ne laissant plus au Real que la grâce de faire illusion, à la façon du commissaire Bourrel, durant les cinq dernières minutes.

karim-benzema-007.jpgWeidenfeller est le seul vrai héros de ce match. Ce n'est pas Ronaldo, qui n'a rien fait. Ce n'est pas Higuain, qui a tout raté. Ce n'est pas Mourinho, encore éliminé en demi finale. Ce n'est pas Lewandowski, qui a peu brillé. Et surtout, surtout, ce n'est pas Benzema, entré en cours de jeu, et auteur d'un but et d'une passe décisive. Il faut être doté d'un prisme français particulièrement trompeur et falsificateur pour penser cela. Non. Benzema n'est pas le héros du match. Il n'a rien fait qui puisse mériter d'être consacré, encensé, béatifié. Il n'incarne pas l'épopée et la tragédie de ce match. Il n'en est qu'un épisode, un accessoire, un accident et un faire-valoir. C'est parce que son but, sa passe décisive déclenchèrent, au bord du baisser de rideau, l'espoir vain et insensé du Real que l'exploit initial de Weidenfeller prend tout son sens et que l'on en mesure l'incroyable portée.

Hier soir, sur la pelouse de Bernabeu, Benzema voulait gagner, mais il ne l'a pu. C'est Weidenfeller qui l'a emporté. En toute modestie. En toute sérénité. Weidenfeller est bien le héros célébré par Albert Camus, qui aimait tant le football : "Le héros est celui qui fait non ce qu'il veut, mais ce qu'il peut".

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A propos de ce blog

Inépuisable feuilleton d’actualité, le sport est omniprésent sur le petit écran. Bruno Roger-Petit possède l’œil haute définition du téléspectateur averti. Ex-présentateur des journaux de France Télévisions, BRP – son surnom - sait capter en direct puis partager ici la mesure subliminale des événements sportifs. Sa « langue de sport » est aujourd’hui reconnue comme une référence dans la blogosphère.

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  • gadagniar : Je ne savais pas que vous étiez le psychanalyste de lire la suite
  • gadagniar : Moi aussi je vais vous apporter davantage de précisions sur lire la suite
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  • Le Yaourt du Sport : Plus de mesure, c'est exactement ce qu'on aimerait avoir sur lire la suite
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  • benchebiba : chonger des argents a dinare algerie est verser a compte lire la suite
  • baudouin : tres bon article !!!tout y est felicitations lire la suite
  • gadagniar : Merci de vos précisions, mais cela ne change rien à lire la suite
  • steph ger : Ancelotti le saint et Mourinho le démon... titre très drôle. lire la suite
  • steph ger : gadagniar en réponse au commentaire de steph ger | lire la suite

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