Le Gourcuff physique n'était pas au top, dit-on aujourd'hui pour expliquer cette éviction. On s'en doutait un peu après avoir vu France-Islande. Mais cet élément ne peut expliquer à lui seul le destin gourcuffien. Après tout, Platini a disputé deux Coupes du monde (en 1982 et 1986) en souffrant de handicaps divers, cela ne l'a pas empêché d'y être performant, se sublimant et sublimant ses partenaires. Et c'est là, semble-t-il, que l'on touche à la particularité du problème Gourcuff.
Si l'on en croit tous les échos qui paraissent, ici et là, le Gourcuff social pose un problème. Depuis son arrivée dans le groupe France, il y a cinq jours, le Lyonnais semblait isolé, esseulé, coupé du monde et de ses coéquipiers, trainant une sorte de spleen inexplicable. N'allant pas vers les autres, et les autres n'allant pas vers lui en retour, poids du passé et des histoires, des rancœurs et des malheurs, cela s'est traduit lors du match contre l'Islande par des comportements vis-à-vis de Gourcuff qui ne trompaient pas : certaines passes qui devaient lui être adressé ne lui étaient pas adressées. Dans ce contexte, à quelques jours de l'Euro, faute de pouvoir mener en un temps record un travail sur le joueur et sur l'équipe qui n'a pu être fait depuis 2010, Laurent Blanc, professionnellement, donc froidement, n'avait d'autre solution que de se séparer du joueur. L'auteur de ces lignes le confesse : il a été de ceux qui ont cru jusqu'au dernier moment que Blanc, obstiné et tenace, ne lâcherait pas Gourcuff. Et bien qu'admiratif du jeu de Gourcuff, de son potentiel, de son sens tactique et technique, il ne peut que constater l'évidence : quoi qu'il en coûte, c'est une bonne décision.
"Toute situation est porteuse de son contraire" disait un ancien président de la République. L'axiome vaut désormais pour Gourcuff et l'équipe de France, aujourd'hui livrés à des destins différents. Autrement dit, de ce mal peut-il sortir un bien ?
Pour l'équipe de France, animée désormais par la fameuse génération 87, l'hypothèque Gourcuff est désormais levée. Tous ceux qui estimaient, à tort ou à raison, justement ou injustement, que Yoann Gourcuff leur posait un problème, sportif, tactique et personnel, n'auront plus désormais d'alibi à invoquer pour justifier l'ensemble de ce qui ne va pas chez les Bleus. En retour, la responsabilité qui pèse désormais sur leurs épaules est immense. On verra, avec impatience, ce que cela donnera à l'Euro.
Pour Gourcuff, l'alternative est simple : ou bien cette affaire se traduira par une plongée aggravée dans un spleen étonnant, vertigineux, et qui se terminera par une sortie de carrière anticipée, ou bien ce sort contraire réveillera l'instinct de conservation "drogbaien" qui sommeille en tout joueur professionnel de football. De ce point de vue, il sera utile de se pencher sur le comment du pourquoi de la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui plongé ce joueur. Pourquoi ce splendide isolement ?
On aimerait croire au miracle, car on aime le merveilleux, mais aujourd'hui, la lucidité autant que la franchise imposent de le reconnaitre : on redoute le pire pour Gourcuff. Face à ce drame shakespearien, on est ce jour tenté de saluer Gourcuff de la même façon qu'Hamlet salue la dépouille de son comédien favori, Yorick : "Hélas! pauvre Yoann ! Je l'ai connu Horatio, c'était un garçon d'une verve prodigieuse, d'une fantaisie infinie..."
Evra est passé à côté de son match et de son poste. Nul doute qu'à force de parler de lui il a la troisième personne, il s'est perdu de vue, et cela s'est vu. Méxès est apparu bien plus fort qu'avant, affichant un physique avantageux, bien loin de l'élancé défenseur qu'il fut à Auxerre, ce qui explique dans doute qu'il va beaucoup moins vite qu'auparavant. Quant à Rami, bien qu'auteur d'un but, c'est bien simple, il n'affiche aucune sérénité et n'inspire aucune confiance. Seul Debuchy fut à son affaire sur la droite, ce qui est bien, très bien même, mais trop peu.
Le problème, c'est que Laurent Blanc a peu de solutions de rechange. Là encore, l'Histoire plaide contre lui. Qui se hasarde, à quelques semaines d'une compétition, à changer une charnière centrale, pivot tactique numéro 1, pierre angulaire des grandes équipes, prend trop de risques. On comprend dès lors sa prudence d'après match, refusant d'accabler le seul malheureux Méxès. "Je ne pense pas que Philippe a plus souffert que les autres" a déclaré l'entraineur, ce qui est paradoxalement le signe que quelque chose ne va pas à ses yeux. Si le seul Méxès était en cause, il suffirait de le remplacer, mais le problème c'est que ce n'est pas le cas.
C'est le grand mérite de l'ouvrage que consacre l'excellent Arnaud Ramsay au sélectionneur actuel de l'équipe de France. Dans "La Face cachée du président", le journaliste chevronné, rompu depuis longtemps à l'art difficile de la biographie, passant allégrement de Jean d'Ormesson à Nicolas Anelka (pas le même niveau de langage, on en conviendra), le journaliste chevronné donc, nous montre Laurent Blanc tel qu'en lui même. On peut ainsi résumer le personnage en quelques mots : taiseux, secret, calculateur, obstiné et renfermé.
En fait, tout se passe comme si les autorités parisiennes impliquées dans le dossier souhaitaient amener les dirigeants du PSG, en mal de grandeur à leur yeux, à se contenter du Parc rénové en vue de l'Euro 2016. Il y aura là 50000 places, une soixantaine de loges VIP, et cela devrait suffire au bonheur d'un club qui vise les sommets européens. De ce point de vue, l'exemple de Chelsea plaide en faveur de cette solution : le vénérable Stamford Bridge compte 43 000 places, et cela n'a pas empêché Chelsea de conquérir trois titres de Champion, quatre Cup, trois Carling Cup et une Ligue des Champions en neuf ans. Si l'on veut bien se placer dans cette perspective, les dirigeants actuels du PSG, quel que soit leur rêve de prestige et de grandeur, devraient parvenir à se contenter du Parc des Princes relooké, sauf à passer pour des enfants capricieux.
Ne brisons pas le rêve français : Montpellier Champion de France ? C'est formidable, c'est extraordinaire, c'est la victoire du David sur le Goliath, c'est la France d'avant, c'est le truculent Loulou et ses saillies drolatiques, c'est la province qui fleure bon le terroir et les buts "à la saucisse", c'est une aventure humaine, c'est le triomphe d'un René Girard taiseux viré de la DTN par Domenech et Houllier, c'est une juste récompense pour des joueurs de talent, Giroud, Belhanda, Bocaly, Estrada... C'est tout ce que l'on voudra que cela soit. Mais c'est, aussi, un accident.
Ce titre de Montpellier n'est pas sans rappeler le titre conquis par Auxerre en 1996, une sorte d'accident bienveillant de l'Histoire, fruit de la conjonction de deux facteurs principaux : d'une part l'aboutissement d'une politique de formation efficace, d'autre part une période de mutation au sein des clubs à gros moyens de l'élite nationale (en 1996 : PSG, Monaco, Nantes et Bordeaux). Il y a du Auxerre 96 dans le Montpellier 2012 Champion de France, c'est une évidence.
Tout cela pour conclure que le triomphe de Montpellier est probablement un épiphénomène, le dernier spasme du football français de patronage à la mode des entrepreneurs à la papa, la dernière bataille remportée un modèle économique et sportif qui a su faire ses preuves à l'échelle de l'hexagone, des années 60 à aujourd'hui, de Tapie à Bez en passant par Rocher, Aulas et Nicollin, mais un modèle daté, obsolète et dépassé, qui doit mourir pour que vive le football français à l'ère de la mondialisation.
Didier Drogba embrasse Arjen Robben, l'homme qui a raté le penalty de la prolongation. Il le serre dans ses bras, le console. Puis il s'en va répéter le geste envers Bastian Schweinsteiger, et Ivica Olic, les hommes qui ont raté les tirs aux buts de la séance finale, et ainsi de suite. Il salue un à un les joueurs du Bayern vaincu, les étreint et leur prodigue quelques mots. Au passage, il n'oublie pas de serrer la main, respectueusement, de l'entraineur du club bavarois, Jupp Heynckes... Drogba est en cet instant l'homme le plus classe du monde, et le couronnement de Chelsea, arraché au bout d'une séance de tirs aux buts pour l'histoire, c'est d’abord et avant tout le sien (1-1, 4-3 t-a-b).
On associera à Drogba Franck Lampard, encore une fois courageux, même s'il n'a plus le rayonnement d’antan, mais aussi et surtout Petr Cech, le gardien de Chelsea. Le géant tchèque, tout de blanc vêtu, a non seulement arrêté le penalty de Robben, à un moment crucial de la prolongation, mais aussi deux tirs aux buts de la séance finale, après avoir frôlé trois fois l'exploit sur les trois premières tentatives réussies du Bayern. Et si l'on veut bien se souvenir qu'en demi-finale, il avait aussi impressionné Messi au point que celui-ci en avait raté un penalty, on mesure à quel point, presqu'autant que Drogba, le portier des Blues est le second élément clé de la victoire de Chelsea dans cette Ligue des champions 2012.
Répétons-le sans se lasser, le football se distingue de tous les autres sports parce que celui qui est présenté comme le meilleur n'y triomphe pas à tous les coups. Et c'est tant mieux. Robben, Neuer, Muller, Gomez et les joueurs du Bayern ont dominé Chelsea, c'est vrai. Ils auraient pu gagner, c'est vrai. Ils ont eu toutes les occasions de s'imposer, c'est vrai. Mais ils ne l'ont pas fait. Il leur manquait de supplément d'âme qui fait la force des équipes de légende, ce supplément d'âme que possèdent Drogba, Cech, et Lampard, et Obi Mikel, et Cahill, et Cole et tous ces joueurs de Chelsea qui opposèrent aux coups de boutoir du Bayern, leur courage, leur détermination, opposant systématiquement un genou, une fesse ou un pied, chaque fois que les Rouges tiraient au but. Vu des tribunes, tant d'abnégation et de dévouement forçait l'admiration.
Après Ben Arfa, Yoann Gourcuff. Ainsi en a décidé Laurent Blanc, l'homme de tous les courages retrouvés. Le Lyonnais, dont la saison ne restera pas dans les annales (même s'il a quand même gagné la Coupe de France) disputera, selon toutes vraisemblances, l'Euro 2012, sélectionné qu'il est par le "Président". Une telle décision, dans un tel contexte, après le choix de Ben Arfa, ne pouvait que provoquer des débats comme les amateurs de football les aiment : interminables.
Comme le souligne Laurent Blanc, Gourcuff n'est pas génial avec Lyon, mais il n'a jamais failli en équipe de France, marquant même quelques buts décisifs pour la qualification française à l'Euro 2012. Gourcuff est un joueur doté d'une psychologie particulière, qui a besoin de se sentir en confiance partout où il évolue, quel que soit le contexte. A Bordeaux, Laurent Blanc avait su créer autour de Gourcuff l'ambiance nécessaire à son épanouissement, contexte que ni Puel ni Garde (pour le moment) à Lyon n'ont réussi à recréer. Cette constatation revient à considérer que Laurent Blanc fait le pari qu'il pourra, en quelques semaines, redonner l'énergie et le souffle nécessaire à un joueur qui en a bien besoin. Ne nous voilons pas la face : ce n'est pas gagné d'avance, mais c'est possible.
Nous sommes tous des "Citizens". Puisqu'il subsiste encore un peu de suspense dans le championnat de Ligue 1 et qu'il nous reste encore un peu de temps pour l'évoquer, oui, parlons de ce qui s'est passé, dimanche, sur la pelouse de Manchester City en Angleterre. Oui, souvenons-nous encore de ce merveilleux de moment de football, de ce sacre arraché au bout du bout de la saison, au bout du bout de la dernière journée, au bout du bout du bout des arrêts de jeu de l'ultime rencontre, qu'il leur fallait gagner à tout prix pour ne pas être coiffé au poteau par le frère ennemi Manchester United. Et surtout, souvenons-nous des supporters de City.
Magie de la télévision, empathie et proximité, voilà qu'en trois images, nous étions tous devenus des supporters de Manchester City. Cette détresse totale, c'était la notre. Ce désarroi terrible, c'était le notre. Cette peine infinie, c'était la notre. Ce chagrin immense, c'était le notre. Ces femmes, ces hommes et ces enfants, ces supporters de City étaient nos amis, nos semblables, nos frères. Madeleine de Proust footballistique aidant, on pensait à Séville 82 ou Glasgow 1976 et on partageait le fardeau, à deux mille kilomètres de là, comme si on y était. Envie de dire à ces supporters, si loin et si proches à la fois : "Nous sommes tous des citizens de Manchester !"
Fort heureusement, Lille n'est ni Marseille, ni Rennes, les radeaux de la Méduse de la Ligue 1 qui affrontèrent Montpellier dans la pire des configurations : celle des équipes qui n'ont plus rien à perdre ou gagner. Faut-il rappeler que l'OM joua l'équipe héraultaise à trois jours de la finale de la Coupe de la Ligue ? Les joueurs de Rudy Garcia, eux, joueront pour tenter d'accrocher la deuxième place du classement final, position qui leur permettrait d'éviter de disputer un toujours aléatoire tour préliminaire de Ligue des champions à la mi-aout. C'est une donnée importante. Il faut donc espérer que l'entraineur du LOSC ne plaisante pas lorqu'il déclare : "Nous, on va là-bas pour gagner, c’est clair. On a des forces à faire
valoir. On veut gagner là-bas, marquer un but de plus que Montpellier".
S'il n'est pas sacré Champion, le PSG entrainé par Ancelotti finira sur une drôle de note. Des joueurs de haut niveau comme le Parc des Princes n'en voyait plus depuis dix ans (Pastore, Sirigu, Alex etc) un coach de renommée mondiale, des moyens financiers quasi-divins, tout cela pour finir deuxième du Championnat, sans titre en Coupe pour compenser, ça la fiche mal. Contempler, in fine, un PSG battu par un Montpellier courageux mais de faible envergure à l'échelle européenne, et avoir assisté aux petits triomphes de Lyon et Marseille, si décevants, chacun dans leur genre, en Coupe de France et Coupe de la Ligue, après des finales indigentes, ce serait terrible pour le PSG, ses supporters, et tous les amoureux du football français. Et pour tout dire, on se demande comment le prendront les nouveaux actionnaires du club, qui ont tant donné depuis un an. Se faire coiffer au poteau par un club dont chacun connait les limites, ce ne doit pas être un sentiment très agréable.
Les habitués de ce blog le savent. Ici, l'on a souvent défendu Ben Arfa, pour ses qualités de footballeur, exceptionnelles, mais aussi pour ce que l'on devine de son potentiel encore non complètement exploité de qualités humaines. A l'heure où l'on se félicite de la décision de Laurent Blanc (enfin des risques ! Enfin de l'aventure !) on ne peut pas ne pas saluer l'exploit accompli par Ben Arfa pour en arriver là aujourd'hui.
Comme l'aurait dit Thierry Roland, Chelsea est revenu du diable Vauvert. Qui aurait pu croire, il y a deux mois à peine, que cette équipe à la traine en Premier league se qualifierait pour la finale de la Ligue des champions et remporterait la Coupe d'Angleterre, la Cup ? Qui aurait misé sa "petite pièce" sur un tel retournement de situation ? C'est un peu comme si une fraise des bois avait survécu à un hiver plus que rude pour s'épanouir au printemps.
Cette équipe vieillissante, bien moins brillante qu'elle ne le fut sous Mourinho ou sous Ancelotti, n'en est pas moins fascinante. Depuis deux mois, elle joue chaque rencontre comme si la vie de chacun de ses membres en dépendait, démontrant toute la valeur des mots solidarité, courage et ténacité appliqués au football de haut niveau. De ce point de vue, l'incroyable arrêt de Cech, sur une tête de Carroll, sauvant son équipe de l'égalisation, véritable remake de la célèbre action Pelé-Banks de 1970, en est une démonstration éclatante. Il en faut de la force mentale pour mobiliser au plus profond de soi, en un éclair, les ressources physiques nécessaires. C'en est même bouleversant. 
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