Quelques jours après l'annonce du retrait de ses titres mondiaux obtenus en 2011, Grégory Baugé revient longuement sur cette affaire. Reconnaissant ses torts, le pistard remet cependant en cause l’efficacité du système ADAMS et l’attitude de l’UCI.

Grégory, on a appris
que vous avez été suspendu un an rétroactivement (du 23 décembre 2010 au 22 décembre 2011) par la commission
disciplinaire de la Fédération Française de Cyclisme. Que vous est-il
reproché ?
Grégory Baugé :On me reproche par deux fois de
ne pas avoir rempli correctement le logiciel ADAMS (Ndlr : le système de
géolocalisation des athlètes), et un manquement à un contrôle avant décembre
2010.La première fois, je n’avais pas rempli à temps mon planning dans le
programme. J’ai alors eu un rappel de ma Fédération que j’ai bien entendu fait
dans l’immédiat, donc pour moi il n’y avait pas de manquement. La deuxième
fois, j’avais oublié de remplir trois dates dans les trois mois donnés. En ce
qui concerne le contrôle manqué, un contrôleur est venu un jour où je n’étais
pas là. J’étais malade, c’est l’époque où j’avais la dengue.
Reconnaissez-vous
ces torts ?
Grégory Baugé : Oui, c’est une faute professionnelle. Je
suis sportif de haut niveau. Avec mon statut, j’aurais dû faire plus attention,
c’est clair. Je ne le nie pas du tout. C’est une erreur de ma part. Maintenant,
c’est arrivé à moi, cela aurait pu arriver à d’autres. Cela me servira de leçon
pour l’avenir et je pense que cela servira aussi d’exemple pour d’autres
sportifs.
Vous
dites que cela aurait pu arriver d’autres, qu’entendez-vous par là ?
Grégory Baugé : Moi, je me demande combien de sportifs
remplissent exactement ADAMS ? C’est un outil extrêmement compliqué. On doit
renseigner dans un logiciel informatique son emploi du temps sur les trois mois
à venir. Ce qui se passait, et ce que je ne fais plus maintenant bien sûr,
c’est que, par exemple, si je décidais d’aller manger chez un ami, dormir chez lui ou aller voir ma famille, je n’avais pas
le réflexe de faire le changement, ou bien en compétition, j’oubliais de mettre
l’adresse de l’hôtel. Il suffit que les contrôleurs passent à ce moment-là et
voilà.On est sous liberté surveillée,
on est presque comme des prisonniers Maintenant, je me pose une question :
avec ce logiciel-là, a-t-on pu attraper un athlète qui se dopait ?
De
plus, l’UCI a décidé le 6 janvier de vous retirer vos titres mondiaux
(Ndlr : vitesse individuelle, vitesse par équipes) obtenus durant cette
période…
Grégory Baugé : Ce qu’il s’est passé, c’est que je suis
passé devant la commission de discipline de la Fédération en novembre 2011. Une
décision a été rendue, où je conservais mes titres, dans la mesure où lorsque
j’ai couru les Championnats du monde à Apeldoorn en mars 2011, je n’étais pas
au courant de cette histoire et surtout, il n’y a pas de cas de dopage. L’UCI
avait ensuite un mois pour faire appel. Elle ne l’a pas fait. Puis, le 6
janvier, elle annonce de façon arrêtée qu’elle retire mes titres. Je ne
comprends pas. Bien sûr, c’est une décision qui m’embête pour moi, mais aussi
pour mes coéquipiers de la vitesse par équipes. Ils n’ont rien à voir avec ça.
Comment
comptez-vous vous défendre ?
Grégory Baugé : Dans un premier temps, je vais m’entraîner
parce que j’ai un objectif au bout de cette année 2012 : briller pour la France
aux JO de Londres. Ensuite, oui, nous allons demander avec mon avocat une explication
à l’UCI. Je pense également que la Fédération Française de Cyclisme ne doit pas
être contente d’être remise en cause par l’UCI. On va s’unir, que ce soit la
Fédération et mes avocats, pour obtenir justice.
Cette
affaire ne tombe pas au meilleur des moments, à six mois des Jeux Olympiques…
Grégory Baugé : L’UCI aurait dû lancer une procédure contre
moi dès l’instant où elle avait reconnu que j’avais trois manquements. Si elle
l’avait fait (Ndlr : elle a transmis le dossier à la Fédération Française de
Cyclisme le 30 septembre 2011), on n’en serait pas là aujourd’hui. Maintenant,
le plus dur est derrière moi. En fin d’année dernière, j’étais dans le trou. Il
y avait cette affaire, ma blessure, il y a eu deux décès dans ma famille. Tout
est tombé en même temps.Je dois bien m’entraîner pour être performant sur les
rendez-vous. Je sais qu’on m’attend aux Jeux, et c’est un des objectifs de ma
carrière. Rien ne va m’empêcher d’aller au bout.Grâce à Dieu, je vais réussir à
surmonter cette étape.
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