Récemment par Grégory Baugé

Je ne peux pas dire que le maillot arc-en-ciel m’ait manqué parce que pour moi, je reste le champion du monde 2011. Je suis néanmoins heureux de ramener un nouveau titre mondial. Comme je le répète souvent, l’objectif, ce sont les Jeux. Je suis toujours dans mon cheminement. Il y a des étapes à passer et les Championnats du monde en faisaient partie. Ceux de Melbourne particulièrement parce que tous les concurrents jouaient leur place pour les Jeux.

baugé arc-en-ciel.jpgSincèrement, je ne m’attendais à rien sur ces Mondiaux. Je savais que ça allait bien aux entraînements. Et je reste un compétiteur. Même s’il y a des petits pépins de santé, des soucis personnels, une fois que la compétition est lancée, tout ça sort de ma tête. Je suis sur la piste pour m’exprimer au mieux. J’ai quand même été étonné de marcher si fort que ça à Melbourne. Avec mes blessures, je n’ai pas pu m’entraîner convenablement, comme d’autres ont pu le faire. J’ai été arrêté, coupé, j’ai fait plus de soins. Je sais que je peux être encore plus fort. Mon coach aussi. Avec le début d’année que j’ai connu, tout laisse à penser que je serai meilleur à Londres. C’est bien. Maintenant, on me demande ce qui pourrait m’empêcher de devenir champion olympique. Moi, je ne me pose pas cette question. Je travaille pour un objectif depuis quatre ans. Dans quelques mois, on va arriver au terme de cet objectif. Il faut continuer à s’entraîner, à se préparer sérieusement, sereinement, en évitant les blessures. Je pense que les autres concurrents me craignent. C’est un avantage mais je ne me repose pas là-dessus. Tous les pistards s’entraînent pour être champion du monde ou champion olympique. Depuis quelques temps, je maîtrise ma discipline. Tant mieux pour moi.

Après, si je n’ai pas laissé exprimer ma joie sur le moment, c’est parce que je ne peux pas me contenter de gagner en raison du déclassement de mon adversaire. Ce n’est pas comme ça que je suis. Tout simplement. Je préfère gagner à la pédale. J’étais frustré d’avoir eu cette crampe lors de la deuxième manche contre Jason Kenny en finale. On s’attendait avec Florian (Rousseau) à ce qu’il attaque dès le premier tour. Je n’ai donc pas été surpris. Cela montre aussi qu’il n’avait plus que cette carte-là à jouer. Sans la crampe, je pense que je gagnais cette manche. Ensuite, je vois que les gens se tournent vers moi, mais moi je suis concentré sur la troisième manche, j’essaye de récupérer au maximum. Je ne suis pas blasé d’être champion du monde. Simplement, j’aurai préféré gagner autrement.

baugé duel.jpgDu coup, cette victoire a un goût amer, tout comme notre médaille d’argent en vitesse par équipes. Quand je vois le chrono s’afficher, je rigole. Qu’est-ce que c’est un millième de seconde ? Un centimètre ! Un millième, on peut le chercher partout. Je l’ai digéré, je ne dirai pas facilement, mais ce n’est qu’un Championnat du monde. L’objectif reste les Jeux.

Depuis mon retour en France, j’ai beaucoup de sollicitations médiatiques. Plus encore que l’année dernière. Cette année, j’ai une agence de communication qui s’occupe de gérer les médias et c’est beaucoup mieux organisé. On regroupe les interviews sur une journée ou une demi-journée. Parfois, c’est long mais au moins, je sais que deux ou trois jours après, je n’aurai pas à recommencer. On est aussi dans une période plus cool au niveau du sport. A l’approche des Jeux Olympiques, on va diminuer tout ça. Cela me laisse le temps de reprendre progressivement l’entraînement. J’ai commencé à rouler sur route lundi matin. Ce mercredi, je reprends la musculation. Ensuite, on reprendra un rythme plus soutenu.

baugé doigt.jpgIl y a encore du travail jusque Londres. Il faut tout travailler. Travailler ses qualités, travailler physiquement, mentalement, travailler la tactique. On va re-visionner certains de mes matches à Melbourne. Cela fait quatre ans qu’on a pris ce rythme-là avec Florian, on ne va rien chambouler. J’avais discuté il y a un an ou deux avec Laurent Gané, pour avoir des conseils dans ma préparation pour les Jeux Olympiques. Il me disait justement de ne rien changer. Bien sûr, parfois, on aimerait changer des choses. Mais ce n’est pas à quelques mois de l’objectif qu’on va changer notre façon de faire. Quand tu as un objectif en tête, que chaque année tu cibles les choses au niveau de la préparation, tu ne peux pas perdre tout ça en quelques mois.


Grégory Baugé explique comment il aborde la vitesse individuelle, à la veille du début du tournoi aux Championnats du monde de Melbourne.

Nous sommes partis à Melbourne dès le 23 mars pour bien nous remettre du décalage horaire et nous entraîner une dernière fois avant les Championnats du monde qui débutent mercredi. La dernière fois que j’ai couru ici, c’était en 2004 pour mes premiers Championnats du monde seniors. J’avais 19 ans. Pour l’anecdote, j’avais été battu par Laurent Gané puis j’avais perdu en repêchages contre Florian Rousseau, qui est aujourd’hui mon coach.

Pour une fois, les conditions de vol étaient bonnes (nous avons voyagé en classe business) et c’est toujours moins de fatigue à évacuer. Nous avons eu ensuite un stage de trois jours avec l’équipe de France sur place où nous avons notamment travaillé la vitesse par équipes qui sera notre première épreuve dès mercredi. Nous n’avons couru qu’une seule fois ensemble cette saison, lors de la manche de Coupe du monde à Londres. Cela s’était bien passé (2e). Chaque coureur est assez grand et intelligent pour savoir où mettre ses forces et nous serons en plus grande condition donc je pars confiant.

baugé départ.jpgCes dernières semaines, à l’entraînement, on est plus dans le qualitatif. On travaille moins en quantité, on est dans l’affûtage. Ces derniers moments avant une compétition sont toujours un peu particuliers. Pour m’occuper en Australie et me mettre en condition, j’ai mon ordinateur avec ma musique, du rap US, du rap français, de la musique des Antilles. J’aime bien également regarder des combats de boxe, ceux de Jean-Marc Mormeck par exemple, ou des DVD. En ce moment, je regarde «Fighter», un film dans l’univers de la boxe qui est sorti il y a deux ans. Je visionne aussi des vidéos de mes compétitions précédentes, celles de mes adversaires.

Pour revenir sur la préparation globale, elle ne s’est pas forcément passée comme on l’aurait voulu. On avait prévu de disputer deux manches de Coupe du monde, à Cali et Londres, mais pour les raisons que l’on sait, je n’ai pas pu me rendre en Colombie. Il y a aussi eu cette blessure au quadriceps qui a traîné jusque mi-janvier puis à Bordeaux, pour ma rentrée, je n’ai pas trouvé les conditions qui m’auraient permis de m’exprimer. A Londres, j’ai quand même montré que je n’étais pas loin des tout meilleurs. Je n’ai pas perdu mes repères, je me suis vite senti à l’aise même si je n’avais pas la même condition que mes adversaires. C’est positif. Cette étape-là nous a remis dans le bon chemin. Je pense que cela a aussi libéré mon coach parce que ce qui m’est arrivé, bien sûr c’est mon histoire, mais cela a aussi touché notre milieu.

hoy-baugé.jpgAvant de partir en Australie, j’ai participé à un dernier Grand Prix à Apeldoorn, aux Pays-Bas. Après Londres, on s’est posé la question avec Florian de courir encore une fois parce que notre piste à l’INSEP n’est pas aux distances homologuées. C’est bien, ce n’était pas loin, j’ai pu me mettre en mode compétition avec des sprints assez durs et trouver des conditions de course. Aujourd’hui, je suis là, je suis prêt pour le champ de bataille. De toute façon, je suis quelqu’un qui aime les challenges, la compétition. Le jour J, je ne serai pas à me demander : que se serait-il passé s’il n’y avait pas eu la blessure, ou l’affaire ? Je serai là en piste, j’aurai une meilleure condition qu’à Londres et ceux qui auront affaire à moi, il faudra qu’ils se donnent, qu’ils poussent fort sur les pédales.

Par rapport à l’affaire, je n’ai aucune revanche à prendre. Je ne reste pas là-dessus. Il n’y a que les médias qui parlent de revanche. Que ce soit moi, Florian ou Michaël d’Almeida, avec qui je m’entraîne et participe à la vitesse par équipes, on ne parle pas de ça, on a tourné la page. Je ne me pose pas de questions, comme je ne me dis pas que tout est remis à zéro pour les JO ou que je pars avec un avantage pour la qualification en vitesse individuelle. Je ne me prends pas la tête avec ça. J’ai confiance en moi, je vais faire ce que je sais faire. Les Championnats du monde sont une étape importante parce que cela permettra de dire untel est qualifié mais il y a encore plus important que de récupérer un maillot qu’on a perdu. Le projet, il est de devenir champion olympique à Londres.


J’ai effectué ma «vraie» rentrée ce week-end à Londres, lors de la dernière manche de Coupe du monde. Contrairement à Bordeaux il y a deux semaines où je n’ai pas pu m’exprimer à cause du froid, j’ai pris un réel plaisir du début à la fin. De toute façon, je ne me faisais pas de doute là-dessus. Ce n’est pas comme j’ai pu lire dans la presse, que mes soucis pouvaient influencer. Moi, je laisse ça à mon avocat, ça ne pèse pas sur moi. Chaque année à Bordeaux, il fait froid et là il faisait très froid ! Pour moi, je n’ai rien fait là-bas. J’attendais donc Londres et dès la vitesse par équipes, je me suis bien senti. J’ai commencé à retrouver des sensations sur le départ. Je ne réalise pas mes meilleurs temps, mais ce sont des chronos que j’ai l’habitude de faire sur mes courses de rentrée internationale. De plus, cela faisait depuis les derniers Championnats du monde que l’on n’avait pas couru avec cette configuration d’équipe. Par rapport aux autres nations qui ont bien travaillé, nous, on n’en est qu’au début. Dans ce contexte, faire 2e, c’est bien. On va continuer à monter en pression. L’objectif reste les Jeux. Logiquement, on n’est pas encore prêt.

vitesse équipes.jpgC’est la même chose en vitesse individuelle. Cela a été une longue journée, réveillé à 5h40 (!). Je signe le 8e temps du 200 mètres lancé, un temps que je fais sur mes reprises, ce qui fait qu’ensuite je tombe sur Chris Hoy en quarts. J’ai fait trois beaux matches. Je gagne la première manche, je perds les deux suivantes mais ça ne se joue à rien. C’est ce que j’attendais : me faire plaisir, faire de belles courses. Bien sûr, je suis un peu déçu de ne pas être allé au bout du tournoi mais ce qu’il faut savoir, c’est que tous les concurrents au-dessus de moi étaient dans leur forme des Championnats du monde. Il n’y a qu’à voir les temps réalisés sur 200 mètres. De mon côté, je suis à ma place du moment.

baugé.jpgAujourd’hui, il me manque encore un peu de condition. Mais chaque année, cela se passe ainsi. L’année dernière, je n’avais pas non plus remporté de Coupe du monde avant les Championnats du monde. Je monte petit à petit. L’évolution va se faire naturellement. Comme je le dis, j’ai confiance en moi, dans le travail que je fais avec mon coach. Ces prochaines semaines, on va continuer cette préparation. On va regarder à la vidéo mes adversaires, les courses que j’ai pu faire. Je vais également continuer les soins. Sur le vélo, je n’ai pas de douleur mais je dois encore soigner mon quadriceps.

L’autre objectif de ce week-end était de prendre ses marques sur le futur anneau olympique. On a vu que la piste était très rapide. Ça ira encore plus vite dans quelques mois. C’était important de prendre des repères pour les Jeux Olympiques. On a aussi eu une belle ambiance, avec le public anglais qui soutenait ses coureurs, notamment Chris Hoy contre moi ! Mais j’étais aussi encouragé. Une ambiance comme ça, c’est quelque chose qui te porte. La prochaine compétition, ce sont les Championnats du monde à Melbourne (4-8 avril). Départ pour l'Australie prévu le 23 mars !

Quelques jours après l'annonce du retrait de ses titres mondiaux obtenus en 2011, Grégory Baugé revient longuement sur cette affaire. Reconnaissant ses torts, le pistard remet cependant en cause l’efficacité du système ADAMS et l’attitude de l’UCI.

Grégory Baugé

Grégory, on a appris que vous avez été suspendu un an rétroactivement (du 23 décembre 2010 au 22 décembre 2011) par la commission disciplinaire de la Fédération Française de Cyclisme. Que vous est-il reproché ?

Grégory Baugé :On me reproche par deux fois de ne pas avoir rempli correctement le logiciel ADAMS (Ndlr : le système de géolocalisation des athlètes), et un manquement à un contrôle avant décembre 2010.La première fois, je n’avais pas rempli à temps mon planning dans le programme. J’ai alors eu un rappel de ma Fédération que j’ai bien entendu fait dans l’immédiat, donc pour moi il n’y avait pas de manquement. La deuxième fois, j’avais oublié de remplir trois dates dans les trois mois donnés. En ce qui concerne le contrôle manqué, un contrôleur est venu un jour où je n’étais pas là. J’étais malade, c’est l’époque où j’avais la dengue.

Reconnaissez-vous ces torts ?
Grégory Baugé
 : Oui, c’est une faute professionnelle. Je suis sportif de haut niveau. Avec mon statut, j’aurais dû faire plus attention, c’est clair. Je ne le nie pas du tout. C’est une erreur de ma part. Maintenant, c’est arrivé à moi, cela aurait pu arriver à d’autres. Cela me servira de leçon pour l’avenir et je pense que cela servira aussi d’exemple pour d’autres sportifs.

Vous dites que cela aurait pu arriver d’autres, qu’entendez-vous par là ?
Grégory Baugé
 : Moi, je me demande combien de sportifs remplissent exactement ADAMS ? C’est un outil extrêmement compliqué. On doit renseigner dans un logiciel informatique son emploi du temps sur les trois mois à venir. Ce qui se passait, et ce que je ne fais plus maintenant bien sûr, c’est que, par exemple, si je décidais d’aller manger chez un ami, dormir chez lui ou aller voir ma famille, je n’avais pas le réflexe de faire le changement, ou bien en compétition, j’oubliais de mettre l’adresse de l’hôtel. Il suffit que les contrôleurs passent à ce moment-là et voilà.On est sous liberté surveillée, on est presque comme des prisonniers Maintenant, je me pose une question : avec ce logiciel-là, a-t-on pu attraper un athlète qui se dopait ?

De plus, l’UCI a décidé le 6 janvier de vous retirer vos titres mondiaux (Ndlr : vitesse individuelle, vitesse par équipes) obtenus durant cette période…
Grégory Baugé
 : Ce qu’il s’est passé, c’est que je suis passé devant la commission de discipline de la Fédération en novembre 2011. Une décision a été rendue, où je conservais mes titres, dans la mesure où lorsque j’ai couru les Championnats du monde à Apeldoorn en mars 2011, je n’étais pas au courant de cette histoire et surtout, il n’y a pas de cas de dopage. L’UCI avait ensuite un mois pour faire appel. Elle ne l’a pas fait. Puis, le 6 janvier, elle annonce de façon arrêtée qu’elle retire mes titres. Je ne comprends pas. Bien sûr, c’est une décision qui m’embête pour moi, mais aussi pour mes coéquipiers de la vitesse par équipes. Ils n’ont rien à voir avec ça.

Comment comptez-vous vous défendre ?
Grégory Baugé
 : Dans un premier temps, je vais m’entraîner parce que j’ai un objectif au bout de cette année 2012 : briller pour la France aux JO de Londres. Ensuite, oui, nous allons demander avec mon avocat une explication à l’UCI. Je pense également que la Fédération Française de Cyclisme ne doit pas être contente d’être remise en cause par l’UCI. On va s’unir, que ce soit la Fédération et mes avocats, pour obtenir justice.

Cette affaire ne tombe pas au meilleur des moments, à six mois des Jeux Olympiques…
Grégory Baugé
 : L’UCI aurait dû lancer une procédure contre moi dès l’instant où elle avait reconnu que j’avais trois manquements. Si elle l’avait fait (Ndlr : elle a transmis le dossier à la Fédération Française de Cyclisme le 30 septembre 2011), on n’en serait pas là aujourd’hui. Maintenant, le plus dur est derrière moi. En fin d’année dernière, j’étais dans le trou. Il y avait cette affaire, ma blessure, il y a eu deux décès dans ma famille. Tout est tombé en même temps.Je dois bien m’entraîner pour être performant sur les rendez-vous. Je sais qu’on m’attend aux Jeux, et c’est un des objectifs de ma carrière. Rien ne va m’empêcher d’aller au bout.Grâce à Dieu, je vais réussir à surmonter cette étape.

 

«Je reprends tout doucement le chemin du vélo. Ma tendinite au quadriceps est en cours de cicatrisation. J’ai repris l’entraînement en fin de semaine dernière. Pour l’instant, on essaie de voir quel est mon ressenti par rapport aux séances que l’on fait. Je roule, je fais des séances de train, avec quelques sprints à la fin. Ce ne sont pas de gros efforts, je ne mets pas de gros braquets. J’ai encore mal mais comme le médecin me l’a expliqué, la sensation de douleur n’est pas la bonne. Il faut plutôt se dire que c’est en train de guérir.

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C’est la première fois dans ma carrière que j’ai une telle blessure aux jambes. Il y a deux ans, après une chute, j’avais été gêné au niveau de l’épaule, mais au moins je pouvais appuyer sur les pédales ! Je savais au mois de septembre, quand j’ai commencé à avoir mal, que ce serait long mais je ne pensais pas qu’à l’aube du mois de décembre, ce serait encore là. Jusque-là, je n’avais jamais été perturbé plus de deux semaines. Je dois dire que ce n’est pas une situation facile. J’ai vu les autres partir pour Cali. J’aurais dû y faire ma rentrée le week-end prochain. Là, je me tâte. Je ne suis pas à terre mais c’est un peu chiant.

panoramic365_0045032_000001.jpgJ’essaie de gérer ça au mieux en me disant que les Jeux sont dans dix mois, qu’il vaut mieux que ça arrive maintenant que plus tard. Certainement que j’aurais dû couper totalement après le mois de septembre. Mais dès que j’ai senti des douleurs, Florian (Rousseau) m’a fait arrêter cinq, six jours. Ensuite, à l’entraînement, j’évitais de trop donner. Malgré tout, cela n’a pas voulu partir. Du coup, pendant une quinzaine de jours, j’ai lâché le vélo. Pour autant, je n’étais pas au repos complet puisque j’étais en soins quotidiens à l’INSEP, à faire de la mésothérapie, de la cryothérapie (plongé 2 minutes 30 dans une température à -110 °C !), des séances d’étirement, du travail excentrique.

Maintenant, je ne sais pas quand je vais reprendre. On part dimanche pour un stage à Miami avec le groupe de l’INSEP. Histoire de s’habituer à la chaleur, et quitter la météo difficile à Paris à cette période de l’année. On pourra ainsi discuter avec Florian de la suite du programme, puisqu’on n’a pas pu faire certaines choses qui étaient prévues. Peut-être que j’irai à Pékin avant Londres. On a vu à Astana que beaucoup d’athlètes étaient en forme. On ne peut pas être étonné dans une année de Jeux Olympiques. Tout le monde joue sa qualification. Ce qui est sûr, c’est que pour ma reprise, je ne serai pas au top.  Mais ce n’est pas le plus important. Aujourd’hui, le plus important, c’est de me soigner.»

panoramic365_0007601_002893.jpgLa préparation de la saison est déjà bien entamée. J’ai repris l’entraînement environ deux semaines après les Championnats de France, fin juillet. J’ai d’abord repris pendant dix jours en Guadeloupe, en faisant de la route et de la piste. Puis, je suis rentré à Paris et à l’INSEP. Comme je n’ai pas coupé trop longtemps après les Championnats de France, je n’ai pas eu besoin de refaire énormément de travail foncier. J’ai repris par un schéma classique, à raison de deux entraînements par jour et de trois séances de musculation de deux heures chacune par semaine. Sur la piste, les entraînements sont très variés. Chaque jour, on travaille quelque chose de différent : le départ arrêté, la vitesse, des simulations de course…

Je suis également parti en stage à Hyères mi-septembre avec des collègues de l’équipe de France. On a ainsi pu travailler la vitesse par équipes avec Kevin Sireau. Puis, nous étions en stage toute cette semaine à Bordeaux avec le groupe de l’INSEP. L’avantage de ce stage, que nous avons conclu samedi par le Grand Prix de l'Humanité, c’est que nous avons pu travailler certains points que l’on ne peut pas faire à l’INSEP à cause de la piste. Ici à Bordeaux, par exemple, nous avons pu mettre du braquet. Malheureusement, depuis Hyères, je traîne une tendinite plus ou moins importante qui m’empêchera de disputer les Championnats d’Europe la semaine prochaine (21-23 octobre) aux Pays-Bas.

Ces bobos m’ont gêné dans la préparation, j’ai été obligé de couper un peu. Le médecin de l’équipe de France m’a dit qu’il fallait attendre plusieurs semaines pour que ça disparaisse complètement. Aujourd’hui, ça va mieux mais je ressens encore des douleurs. On a donc regardé quels étaient les objectifs de l’année et on a décidé de ne pas faire les Championnats d’Europe, dans la mesure où je suis qualifié d’office pour les Championnats du monde. Je les regarderai à la télé, comme l’année dernière ! Se confronter aux autres, c’est évidemment ce qui fait qu’on est des compétiteurs mais je ne m’impatiente pas. Je ne suis pas pressé, je ne suis pas dans l’attente.

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Malgré la douleur, j’estime même que je suis en avance comparé aux années précédentes. L’année dernière, je n’avais pas pu reprendre aussi tôt à cause de la dengue que j’avais attrapée. L’important, c’est de se soigner, de continuer à s’entraîner en vue des grands objectifs de la saison. J’effectuerai ma rentrée internationale lors de la manche de Coupe du monde de Cali en décembre (1-3 décembre) puis je ferai celle de Londres en février. A Cali, il s’agira de retrouver des repères, des sensations, de me faire plaisir. Et puis, c’est une destination que j’aime bien. La Colombie est un pays féru de vélo et on ne peut pas rester insensible à l’accueil qu’on reçoit là-bas.

panoramic365_0045238_000001.jpgEn attendant, je me félicite des résultats de mon équipe de foot préférée, le PSG ! Je suis allé au Parc plusieurs fois cette saison, on est là ! Pastore, c’est une pépite ce joueur ! Qu’ils soient en haut ou en bas, je fais partie de ceux qui sont toujours derrière eux. On peut clairement gagner le titre cette année, après ce sera la Ligue des Champions ! J’ai bien sûr également suivi les Championnats du monde d’athlétisme. Ce qu’a fait Christophe Lemaitre, décrocher sa première médaille mondiale, c’est très bien. J’ai été marqué aussi par le faux départ d’Usain Bolt sur 100 mètres. C’était fou, personne ne pouvait l’imaginer. Cela rappelle que dans tout sport, il y a des règles et qu’il faut les respecter.

A quelques jours des Mondiaux d'athlétisme, Grégory Baugé revient sur son parcours et nous explique pourquoi il a choisi le défi des tartans après les JO 2012 :

«Bonjour à tous,

Les Championnats de France avaient lieu la semaine dernière. Cela s’est bien passé puisque j’ai remporté le titre en vitesse individuelle. C’est vrai que l’année dernière, je n’avais pas pu défendre mon titre à cause de ma chute, mais je n’avais pas de revanche par rapport à ça. Ça fait toujours plaisir de gagner. Ma dernière victoire remontait aux Championnats du Monde. C’est un maillot bleu-blanc-rouge de plus même si je ne cherchais pas forcément de résultat sur cette compétition-là. Florian (Rousseau), mon entraîneur, m’avait fait lever le pied à l’entraînement deux jours plus tôt. J’ai ressenti que je n’avais pas les mêmes «cannes» que lors des précédentes compétitions. Je n’étais qu’à 75 % de mes possibilités. D’ailleurs, je ne fais que 5e du 200m lancé mais j’ai remporté mes matches au métier, à l’expérience. Je ne suis pas champion du monde pour rien.

 

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                                        Crédit Photo : FFC - Patrick Pichon

Ce qui est bien, c’est que j’ai affronté des adversaires totalement différents. Certains ont essayé de faire un sprint arrêté, d’autres ont voulu lancer de loin ou sont venus me frotter. C’est bien de voir que même en n’étant pas à 100 %, je m’en suis sorti. J’ai montré que j’étais là même si je n’étais pas à mon meilleur niveau, contrairement à d’autres. On est en route pour les Jeux. Certains étaient là pour prendre position. Les Championnats sont là pour ça. Je suis content. Et puis, j’avais des supporters avec moi. Une partie de ma famille est venue m’encourager. Ça m’a poussé à donner le meilleur, sans stress, sans pression. C’est parfait.

Les prochaines échéances sont loin. Les Championnats d’Europe n’auront lieu qu’en octobre, puis la Coupe du Monde reprendra à partir de novembre. Je vais en profiter pour couper pendant deux semaines, me reposer et partir un peu avant d’entamer la préparation de l’année la plus importante. Je vais suivre aussi le Tour de France. J’aime bien ça et puis je le regarde également parce que cette année, nous avons le premier Guadeloupéen à faire le Tour (Yohann Gène, Europcar). On a déjà eu l’occasion de se côtoyer en Guadeloupe. J’espère qu’il va finir le Tour de France. Le plus dur commence pour lui. Si tout se passe bien, j’irai le saluer sur les Champs-Elysées !»

Me voilà de retour ! Je rentre tout juste de Guadeloupe. J’ai été choisi cette année pour être le parrain du meeting international d’athlétisme de Baie-Mahault. J’ai tout de suite dit oui. Voir les gamins puis les athlètes courir, échanger avec eux, c’était très excitant ! Je n’étais pas revenu en Guadeloupe depuis le mois de janvier et j’ai pu constater que ma popularité avait encore grandi. Chaque année, c’est le même accueil mais j’ai l’impression que mon troisième titre de champion du monde a eu plus d’impact encore. J’ai reçu beaucoup de messages d’encouragement, de remerciement parce que les gens là-haut se voient à travers moi. C’est super de faire plaisir à toutes ces personnes, de voir qu’ils sont fiers de moi. Ils sont loin parce que je m’entraîne en métropole et quand je cours, c’est souvent à l’étranger, mais je sais que je suis suivi et encouragé en Guadeloupe. Dommage que ce fut trop court !

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Mon après-titre a été pas mal chargé médiatiquement. Presse écrite, tv, radio... Encore aujourd’hui, je reçois des sollicitations. C’est la première fois que je suis autant sollicité. C’est à la fois gratifiant et un peu fatigant. C’est la rançon de la gloire. Mais ça n’arrive pas souvent. Alors quand j’ai l’opportunité de le faire, je réponds à ces propositions parce que je sais que c’est bien aussi pour mon sport d’être mis en avant de la sorte. J’ai aussi fait trois, quatre choses pour la bonne cause. J’ai participé à une action pour Haïti, une autre pour les handicapés… C’est la première fois également que j’étais sollicité pour ça. Ça m’a plu parce que ce sont des actions qui m’ont touché. Et en tant que citoyen, je pense que c’est normal de donner un peu de son temps à autre chose que du sport. Du coup, je n’ai pas vraiment pu partir en vacances. J’aurais bien aimé couper un peu parce que ces choses-là, ça pompe aussi pas mal d’énergie mentalement. J’ai discuté avec Florian (Rousseau), qui m’a très bien conseillé. On est dans une période où on peut aussi se permettre ce genre de sollicitations mais à un moment, il faudra dire non parce que mon objectif, c’est d’aller chercher la plus belle des médailles aux Jeux Olympiques.

bauge 1.jpgÇa fait environ deux semaines que j’ai repris l’entraînement. Cela n’a pas été facile de s’y remettre tout de suite, parce que j’étais encore un peu dans l’euphorie des Championnats du Monde. Après, tu vois les jeunes, les moins jeunes qui n’ont qu’une envie, c’est de prendre ta place donc tu retombes vite les pieds sur terre pour travailler. Il me reste les deux dernières manches de Coupe de France, le 22 mai à Lyon puis début juin à Hyères, avant les Championnats de France en juillet. J’y vais pour le public qui n’a pas toujours l’occasion de nous voir et parce que c’est toujours bien de courir mais je n’ai rien à prouver en France. Au fond de la ligne horizontale que je vois, avec Florian, il y a les Jeux Olympiques. La pression de la sélection existe parce qu’il n’y aura qu’un seul athlète français  par discipline aux Jeux mais battre Grégory Baugé sur une manche de Coupe de France, ça ne vaut rien. Cela fait trois ans que je suis le numéro un sur le sprint. Les résultats parlent pour moi. Je suis rassuré de ce côté-là.

Greg «Tiger»

À propos de ce blog

Ils sont champions olympiques, ou rêvent de le devenir. Ils vont goûter à leurs premiers Jeux, ou vivre leurs dernières émotions. Une seule et même volonté les anime : briller à Londres aux JO 2012. Dans un monde sportif parfois en perte de repères, il existe une «famille» où les valeurs chères au Baron Pierre de Coubertin signifient encore quelque chose. Cette famille, c’est celle des «sports olympiques». Une existence tournée vers un match, un assaut, une course de deux heures ou dix secondes, où tout se joue. Parce que le rendez-vous d’une vie se prépare, nous vous proposons de suivre le quotidien de Julien Absalon, Renaud Lavillenie, Maureen Nisima, Sébastien Rouault, Grégory Baugé, Gévrise Emane, William Accambray, Alexis Vastine et Jimmy Vicaut. Neuf champions, neuf sports, neuf destins, neufs histoires à découvrir en toute intimité jusqu’aux Jeux Olympiques de Londres, jour de gloire ou de désespoir.

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