Sincèrement, je ne m’attendais à rien sur ces Mondiaux. Je savais que ça allait bien aux entraînements. Et je reste un compétiteur. Même s’il y a des petits pépins de santé, des soucis personnels, une fois que la compétition est lancée, tout ça sort de ma tête. Je suis sur la piste pour m’exprimer au mieux. J’ai quand même été étonné de marcher si fort que ça à Melbourne. Avec mes blessures, je n’ai pas pu m’entraîner convenablement, comme d’autres ont pu le faire. J’ai été arrêté, coupé, j’ai fait plus de soins. Je sais que je peux être encore plus fort. Mon coach aussi. Avec le début d’année que j’ai connu, tout laisse à penser que je serai meilleur à Londres. C’est bien.
Maintenant, on me demande ce qui pourrait m’empêcher de devenir champion olympique. Moi, je ne me pose pas cette question. Je travaille pour un objectif depuis quatre ans. Dans quelques mois, on va arriver au terme de cet objectif. Il faut continuer à s’entraîner, à se préparer sérieusement, sereinement, en évitant les blessures. Je pense que les autres concurrents me craignent. C’est un avantage mais je ne me repose pas là-dessus. Tous les pistards s’entraînent pour être champion du monde ou champion olympique. Depuis quelques temps, je maîtrise ma discipline. Tant mieux pour moi.
Après, si je n’ai pas laissé exprimer ma joie sur le moment, c’est parce que je ne peux pas me contenter de gagner en raison du déclassement de mon adversaire. Ce n’est pas comme ça que je suis. Tout simplement. Je préfère gagner à la pédale. J’étais frustré d’avoir eu cette crampe lors de la deuxième manche contre Jason Kenny en finale. On s’attendait avec Florian (Rousseau) à ce qu’il attaque dès le premier tour. Je n’ai donc pas été surpris. Cela montre aussi qu’il n’avait plus que cette carte-là à jouer. Sans la crampe, je pense que je gagnais cette manche. Ensuite, je vois que les gens se tournent vers moi, mais moi je suis concentré sur la troisième manche, j’essaye de récupérer au maximum. Je ne suis pas blasé d’être champion du monde. Simplement, j’aurai préféré gagner autrement.
Du coup, cette victoire a un goût amer, tout comme notre médaille d’argent en vitesse par équipes. Quand je vois le chrono s’afficher, je rigole. Qu’est-ce que c’est un millième de seconde ? Un centimètre ! Un millième, on peut le chercher partout. Je l’ai digéré, je ne dirai pas facilement, mais ce n’est qu’un Championnat du monde. L’objectif reste les Jeux.
Depuis mon retour en France, j’ai beaucoup de sollicitations médiatiques. Plus encore que l’année dernière. Cette année, j’ai une agence de communication qui s’occupe de gérer les médias et c’est beaucoup mieux organisé. On regroupe les interviews sur une journée ou une demi-journée. Parfois, c’est long mais au moins, je sais que deux ou trois jours après, je n’aurai pas à recommencer. On est aussi dans une période plus cool au niveau du sport. A l’approche des Jeux Olympiques, on va diminuer tout ça. Cela me laisse le temps de reprendre progressivement l’entraînement. J’ai commencé à rouler sur route lundi matin. Ce mercredi, je reprends la musculation. Ensuite, on reprendra un rythme plus soutenu.
Il y a encore du travail jusque Londres. Il faut tout travailler. Travailler ses qualités, travailler physiquement, mentalement, travailler la tactique. On va re-visionner certains de mes matches à Melbourne. Cela fait quatre ans qu’on a pris ce rythme-là avec Florian, on ne va rien chambouler. J’avais discuté il y a un an ou deux avec Laurent Gané, pour avoir des conseils dans ma préparation pour les Jeux Olympiques. Il me disait justement de ne rien changer. Bien sûr, parfois, on aimerait changer des choses. Mais ce n’est pas à quelques mois de l’objectif qu’on va changer notre façon de faire. Quand tu as un objectif en tête, que chaque année tu cibles les choses au niveau de la préparation, tu ne peux pas perdre tout ça en quelques mois.
Ces dernières semaines, à l’entraînement, on est plus dans le qualitatif. On travaille moins en quantité, on est dans l’affûtage. Ces derniers moments avant une compétition sont toujours un peu particuliers. Pour m’occuper en Australie et me mettre en condition, j’ai mon ordinateur avec ma musique, du rap US, du rap français, de la musique des Antilles. J’aime bien également regarder des combats de boxe, ceux de Jean-Marc Mormeck par exemple, ou des DVD. En ce moment, je regarde «Fighter», un film dans l’univers de la boxe qui est sorti il y a deux ans. Je visionne aussi des vidéos de mes compétitions précédentes, celles de mes adversaires.
Avant de partir en Australie, j’ai participé à un dernier Grand Prix à Apeldoorn, aux Pays-Bas. Après Londres, on s’est posé la question avec Florian de courir encore une fois parce que notre piste à l’INSEP n’est pas aux distances homologuées. C’est bien, ce n’était pas loin, j’ai pu me mettre en mode compétition avec des sprints assez durs et trouver des conditions de course. Aujourd’hui, je suis là, je suis prêt pour le champ de bataille. De toute façon, je suis quelqu’un qui aime les challenges, la compétition. Le jour J, je ne serai pas à me demander : que se serait-il passé s’il n’y avait pas eu la blessure, ou l’affaire ? Je serai là en piste, j’aurai une meilleure condition qu’à Londres et ceux qui auront affaire à moi, il faudra qu’ils se donnent, qu’ils poussent fort sur les pédales.
C’est la même chose en vitesse individuelle. Cela a été une longue journée, réveillé à 5h40 (!). Je signe le 8e temps du 200 mètres lancé, un temps que je fais sur mes reprises, ce qui fait qu’ensuite je tombe sur Chris Hoy en quarts. J’ai fait trois beaux matches. Je gagne la première manche, je perds les deux suivantes mais ça ne se joue à rien. C’est ce que j’attendais : me faire plaisir, faire de belles courses. Bien sûr, je suis un peu déçu de ne pas être allé au bout du tournoi mais ce qu’il faut savoir, c’est que tous les concurrents au-dessus de moi étaient dans leur forme des Championnats du monde. Il n’y a qu’à voir les temps réalisés sur 200 mètres. De mon côté, je suis à ma place du moment.
Aujourd’hui, il me manque encore un peu de condition. Mais chaque année, cela se passe ainsi. L’année dernière, je n’avais pas non plus remporté de Coupe du monde avant les Championnats du monde. Je monte petit à petit. L’évolution va se faire naturellement. Comme je le dis, j’ai confiance en moi, dans le travail que je fais avec mon coach. Ces prochaines semaines, on va continuer cette préparation. On va regarder à la vidéo mes adversaires, les courses que j’ai pu faire. Je vais également continuer les soins. Sur le vélo, je n’ai pas de douleur mais je dois encore soigner mon quadriceps.


J’essaie de gérer ça au mieux en me disant que les Jeux sont dans dix mois, qu’il vaut mieux que ça arrive maintenant que plus tard. Certainement que j’aurais dû couper totalement après le mois de septembre. Mais dès que j’ai senti des douleurs, Florian (Rousseau) m’a fait arrêter cinq, six jours. Ensuite, à l’entraînement, j’évitais de trop donner. Malgré tout, cela n’a pas voulu partir. Du coup, pendant une quinzaine de jours, j’ai lâché le vélo. Pour autant, je n’étais pas au repos complet puisque j’étais en soins quotidiens à l’INSEP, à faire de la mésothérapie, de la cryothérapie (plongé 2 minutes 30 dans une température à -110 °C !), des séances d’étirement, du travail excentrique.
La préparation de la saison est déjà bien entamée. J’ai repris
l’entraînement environ deux semaines après les Championnats de France, fin
juillet. J’ai d’abord repris pendant dix jours en Guadeloupe, en faisant de la
route et de la piste. Puis, je suis rentré à Paris et à l’INSEP. Comme je n’ai
pas coupé trop longtemps après les Championnats de France, je n’ai pas eu
besoin de refaire énormément de travail foncier. J’ai repris par un schéma
classique, à raison de deux entraînements par jour et de trois séances de
musculation de deux heures chacune par semaine. Sur la piste, les entraînements
sont très variés. Chaque jour, on travaille quelque chose de différent :
le départ arrêté, la vitesse, des simulations de course…
En attendant, je me félicite des résultats de mon équipe de
foot préférée, le PSG ! Je suis allé au Parc plusieurs fois cette saison,
on est là ! Pastore, c’est une pépite ce joueur 

Ça fait environ deux semaines que j’ai repris l’entraînement. Cela n’a pas été facile de s’y remettre tout de suite, parce que j’étais encore un peu dans l’euphorie des Championnats du Monde. Après, tu vois les jeunes, les moins jeunes qui n’ont qu’une envie, c’est de prendre ta place donc tu retombes vite les pieds sur terre pour travailler. Il me reste les deux dernières manches de Coupe de France, le 22 mai à Lyon puis début juin à Hyères, avant les Championnats de France en juillet. J’y vais pour le public qui n’a pas toujours l’occasion de nous voir et parce que c’est toujours bien de courir mais je n’ai rien à prouver en France. Au fond de la ligne horizontale que je vois, avec Florian, il y a les Jeux Olympiques. La pression de la sélection existe parce qu’il n’y aura qu’un seul athlète français par discipline aux Jeux mais battre Grégory Baugé sur une manche de Coupe de France, ça ne vaut rien. Cela fait trois ans que je suis le numéro un sur le sprint. Les résultats parlent pour moi. Je suis rassuré de ce côté-là.
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