Récemment par Renaud Lavillenie

Quand j'ai su que j'avais entre 5 et 7 semaines sans perche mais que je pouvais courir malgré tout, je savais que je pourrais quand même faire la saison en salle et que cela ne me retarderait pas trop dans ma préparation pour les Jeux. Cette préparation passe par des contretemps, mais j'avais une bonne avance avant l'accident, donc ça ne pose pas de problèmes. Il faut faire avec.
J’ai pu reprendre la perche le 25 janvier. Lors de ma première séance de sauts, tout s'est super bien passé. J'ai directement retrouvé mon niveau d'avant, comme si je ne m’étais pas arrêté 7 semaines. J'avais beaucoup d'envie car cela me démangeait de ne pas sauter... Aujourd’hui, à l'entraînement je suis déjà à des hauteurs de 5m60-5m70... Donc j'espère que lors de mes premières compétitions, tout va se mettre en place et que je franchirais au moins 5m72, les minima pour les Mondiaux en salle. Aujourd’hui, je pense que j'ai récupéré à plus de 95% sur ma main. Je sens encore qu'il me manque un peu de force et que c'est sensible lors de chocs dans la vie de tous les jours. Mais sportivement, ça ne devrait pas poser de problèmes même si j'aurais le verdict en compétition.
Après le meeting Pole Vault Star à Donetsk samedi, j’enchaînerai mardi avec le meeting du Nord Pas-de-Calais à Liévin puis samedi 18 la finale du Perche Elite Tour à Nevers. Ensuite, j'aurai les championnats de France à domicile le 25 avant les championnats du monde d’Istanbul (9-10 mars). Un programme qui devrait me permettre de vite retrouver le rythme des compétitions.
Mes deux dernières compétitions de la saison n'ont pas été si faciles car en plus de la fatigue physique, les conditions n'étaient une fois de plus pas les meilleures, notamment à Bruxelles où le vent n'aidait pas du tout. L'important à ce meeting était de terminer dans les trois premiers pour remporter la Diamond League, le contrat fut rempli (Ndlr : 2e avec 5,72m).
C'est la récompense d'un travail de régularité qui paye et j'en suis fier car mon but est d'être présent au plus haut niveau régulièrement chaque année, à chaque compétition. C’est le plus dur… Et j'y arrive.
Après ma médaille de bronze de Daegu, à chaud il y avait de la déception légitime, mais maintenant, je me suis rendu compte que c'est une seconde médaille mondiale (Ndlr : après le bronze déjà à Berlin en 2009) et ce n'est pas rien, surtout dans une discipline comme le saut à la perche où tout peux arriver, le meilleur comme le pire et des fois pour pas grand chose. Si le concours avait lieu demain, la seule chose que je changerai, c'est à mon premier essai à 5,90m, je resterai calme sans vouloir trop en mettre pour reproduire le même saut qu'à 5,85m… Mais cet enseignement, je le garde pour les prochains championnats maintenant.
Le bilan de l'année 2011 est plus que satisfaisant. Je remporte la Diamond League, une médaille de bronze à Daegu, un titre européen en salle à Paris et je signe la meilleure performance mondiale de la saison en indoor et en plein air. Et au final, j'ai remporté 15 concours sur 23 et terminé quatre autre fois parmi les trois premiers, c'est donc une très bonne chose. Un an avant les JO, je vois que je suis prêt et que je peux continuer sur ma lancée. Ce qui n’a pas marché cette année, c'est le programme des compétitions car j'ai eu des concours très tôt dans la saison mais au moment où je cherchais de bonnes compétitions et de bonnes conditions pour pouvoir faire tous les bons réglages, elles étaient rares. Donc mon but l’an prochain sera de mieux gérer le calendrier, de mieux gérer chaque compétition les unes après les autres… Depuis le DécaNation (Ndlr : 18 septembre), je me suis reposé, j’ai changé d'air et rechargé les batteries. La reprise est prévue pour le 10 octobre. Même si mon esprit est désormais un peu tourné vers les JO, je ne pense pas qu’à ça car avant j'ai une saison indoor à disputer et puis plusieurs concours avant les JO… Je serai à 100% une fois dans le village olympique.
A 5,90m, lors de mon premier essai, j'ai voulu trop en mettre au lieu de rester sur ce que je faisais. Du coup, la suite changea. J’ai peut-être mis trop d'envie lors de ce saut et la réussite n'était pas avec moi. Je suis tout de même satisfait de ma régularité au plus haut niveau mondial. C’est l'un des objectifs de ma carrière que je remplis pleinement. Et comme tout le monde ne cesse de me le répéter, c'est aux Jeux Olympiques que je serai capable de me servir de toutes ces expériences... Il n'y a plus qu'à attendre 11 mois pour arriver a Londres en pleine possession de mes moyens avec l'envie de vaincre.
Les Mondiaux sont là, la préparation est terminée. La mienne a été très bonne car je suis en forme au moment voulu. Lors des derniers Championnats de France, j'avais envie de tenter quelque chose de fort dans l'optique de sauter très haut. Le fait de ne pas franchir de barre m'a déçu un peu, du fait que je rate de peu mon deuxième essai, et aussi car j'ai eu le sentiment d'avoir gâché une occasion de sauter haut car les conditions n'étaient pas aussi catastrophiques que ce que j’ai connu cette saison. Mais c'est dans les échecs que l'on apprend le mieux... Après ces Championnats, je n’ai sauté qu’une fois, à Berlin, en ville. Sauter en pleine ville est particulier, car la piste est surélevée, l'ambiance est différente... C'est très loin des "vraies" conditions dans un stade, c'est plus le coté exhibition qui se fait sentir, mais c'est pour nous, athlètes, très agréable lorsque l'on saute.
Le concours de Berlin m'a permis de réussir ce que j'avais tenté et manqué à Albi : être capable de franchir une première barre élevée (Ndlr : 5,76m)… Cela m'a permis également de constater que ma préparation est très bonne car je suis en forme au moment voulu. Désormais, il ne reste plus rien à travailler avant la compétition. Tout le travail nécessaire a été fait, maintenant, c'est juste une question de maintenir l'état de forme voire de l'augmenter pour être le meilleur possible le jour J. Mon objectif sera de monter sur le podium car je sais que je ne suis pas seul à vouloir le titre et cela ne sera pas facile. Etre capable d'être chaque année sur un podium international est ce que je recherche en priorité. Je suis en tout cas très impatient d’entrer en piste (Ndlr : qualifications de la perche dès samedi).
Renaud Lavillenie évoque sa 3e victoire consécutive au Stade de France, après le meeting AREVA :
Ces dernières semaines, j’ai réalisé des sorties qui n’étaient pas à la hauteur des attentes et des performances que je faisais l’an dernier (Ndlr : 0 à New York, 5,50 m à Stockholm et 5,53 m à Nancy). Mais j’étais préparé à ça car ma préparation a été décalée par rapport à celle de l’an dernier en raison de la date des Mondiaux de Daegu (Ndlr : fin août alors que les Championnats d’Europe étaient fin juillet en 2010) et donc j’étais dans une phase de préparation physique plus importante que l’an dernier. D’autre part, je n’ai pas forcément eu des conditions climatiques et de saut très favorables, ce qui ne m’a pas aidé à sauter haut. Mais l’essentiel est d’être fort fin août et pas en juin.
Sur les compétitions, je sentais que les choses se mettaient en place petit à petit. Je ne sautais pas mal techniquement. Il ne me manquait pas grand-chose pour passer des barres d’un niveau correct mais à chaque fois, un concours de circonstances m’en empêchait (Ndlr : pluie et vent à New York, compétition délocalisée en indoor à Stockholm). J’attendais simplement la bonne compétition pour que les bons sauts reviennent. Je n’étais pas spécialement frustré, si ce n’est par le fait de manquer des séances d’entraînement pour partir en compétition et de ne pas pouvoir m’y exprimer pleinement.
Là, on arrive au Stade de France vendredi. Mais ce n’est pas pour cela que tout le monde va sauter 5,90 ou 6,00 m ! Tout dépend des conditions qui peuvent être très changeantes au Stade de France, où le vent peut être vraiment gênant. Pour gagner, il faudra sans doute être patient et bien gérer les conditions climatiques. Disputer une compétition dans un grand stade comme ça, c’est en tout cas une bonne répétition en vue des Championnats du Monde et j’espère bien valider ce que je suis capable de faire.
Lors de ma rentrée à Doha (Ndlr : 5,50 m), le contexte était un peu particulier car je sortais de mon premier stage au Portugal, et donc j’étais un peu fatigué, et il y avait pas mal de vent. Avec la fatigue et le vent, cela a été compliqué pour moi. Je n’ai pas pu sauter sur mon élan de compétition. Je n’ai pas pu être très performant mais je ne m’attendais pas non plus à sauter très haut. Quinze jours après, à Rome, j’avais un peu plus de fraîcheur physique, ce qui m’a permis de m’en sortir nettement plus facilement et de signer une performance très correcte au vu de la période de la saison (Ndlr : 5,82 m). Après un mois avec deux stages et deux tours d’Interclubs pour faire une bonne base de travail, je commence à lever le pied un peu à l’entraînement, à faire moins d’intensité et plus de qualité et d’explosivité. C’est pour ça que la forme arrive tout doucement.
En mai, j’ai disputé deux tours d’Interclubs en m’alignant sur 100 m, 4x100 m et au saut en longueur car j’étais encore dans une période où je travaillais dur physiquement, avec des séances longues. Le 100 m, c’est quand même le double de ma course d’élan, donc on peut parler de travail d’explosivité (sourire). Cela me permettait de faire deux grosses séances grandeur nature. J’ai même battu mon record personnel sur 100 m (Ndlr : 11’’04), même si c’est un peu anecdotique car je n’avais pas de réel record. J’attendais une course pour faire une performance. Mais je pense que je peux faire encore descendre le chrono si je fais un 100 m en juillet. Cela m’a rassuré de voir qu’entre le premier et le deuxième tour des Interclubs, je me suis amélioré physiquement. Et ça m’a fait plaisir de concourir dans d’autres disciplines et de voir d’autres personnes.
La saison s’annonce bien. On (Ndlr : les athlètes français) a des objectifs très élevés et pour les atteindre, il ne faut pas s’endormir ou attendre le dernier moment pour travailler. On a envie de continuer sur la vague de Barcelone et Bercy car on a encore dans la tête les images de ces deux dernières compétitions. On veut revivre des émotions comme ça et on sait qu’il n’y a que par des performances que l’on pourra revivre de tels moments.
Je suis rentré d’un stage de dix jours au Portugal lundi dernier. Tout s’est très bien passé là-bas. J’ai fait de très bonnes séances en mettant un peu plus d’intensité que dans les séances que je faisais avant de partir. Le matin j’allais faire du surf pour faire de la préparation foncière. En surf, on rame beaucoup, donc cela me fait travailler les épaules. C’est une manière un peu ludique de travailler tout en se faisant plaisir. Ensuite, l’après-midi, je faisais des séances de perche et des séances de courses ou de musculation pour compenser celles que je n’avais pas faites le matin en quelque sorte. On a commencé à monter un peu le rythme.
J’ai disputé une petite compétition organisée chaque année par le club local, à qui cela fait plaisir que je participe. Cela a été l’occasion de prendre quelques repères pour préparer ma rentrée vendredi à Doha. Je suis assez content de ce que j’ai fait même si je me sens "moyennement" prêt à attaquer la saison car je ne peux pas dire que je sois vraiment prêt pour la compétition. J’estime cependant avoir les repères adéquats pour concourir et on verra si j’ai assez de fraîcheur physique pour faire quelque chose de bien.

Je ne me pose aucune question avant ce retour à la compétition. Je vais à Doha seulement pour me faire plaisir. Je ne m’attends pas à un "miracle". Je ne peux qu’avoir une bonne surprise. Même si la Diamond League est l’un des objectifs de ma saison, elle ne va pas se gagner sur le meeting de Doha. Je vais là-bas, je l’espère, pour marquer des points mais je n’espère pas faire une grosse performance le 6 mai car la saison est longue… Dès dimanche, j’enchaîne avec les Interclubs. Cela ne me pose pas de problème d’enchaîner aussi rapidement, cela ne me fait pas peur. Mais je ne ferai pas la perche, je ferai le 100 m, la longueur et le 4x100 m avec pour seul objectif de marquer des points pour mon club. C’est une période où je peux me permettre de faire cela car je suis en pleine préparation et cela me fait une sorte d’entraînement grandeur nature.
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