Miniature de l'image pour guy-roux-jean-claude-hamel-et-gerard-bourgoin-photo-archives_617450.jpegLes banquiers ont finalement pris le pas sur les hommes d'action. Vendredi 19 avril, 11h15: scène historique à Auxerre. Depuis cette heure précise, Gérard Bourgoin n'est plus Duc de Bourgogne. La SAOS AJ Auxerre, réunie en assemblée générale, vient d'entériner l'abdication de celui qui présidait le club bourguignon depuis deux ans, après en avoir été le sponsor principal durant vingt-cinq ans, et le vice-président plus longtemps encore.

L'air de rien, c'est une véritable révolution que connait le vénérable club icaunais, fondé en 1905 et actuel 9e en Ligue 2. Les cinquante dernières années ont été marquées, en clair comme dans l'ombre, par le règne de l'incontournable troïka Bourgoin-Hamel-Roux. Auxerre et son doublé Coupe-Championnat en 1996, son centre de formation légendaire (Cantona, Ferreri, les frères Boli, Djibril Cissé, pour ne citer que les plus connus), ses trois participations à la Ligue des Champions (la dernière en 2010-11). Ses trente-deux saisons consécutives dans l'élite du football français. Sa brutale dégringolade en Ligue 2, il y a un an... L'AJ Auxerre, dont le passif dépasserait les 5 millions d'euros, était de fait menacée de rétrogradation administrative, donc de mort sportive.

Un changement de pouvoir était non seulement souhaitable, mais vital. N'en déplaise à Lénine, la révolution de l'AJA se fera à la mode auxerroise: tranquille et sans bain de sang. Comme attendu, le successeur de Gérard Bourgoin se nomme Guy Cotret, qui fut président du Paris Football Club (National) jusqu'en juin 2012. A 63 ans, Guy Cotret est plus connu pour son efficace discrétion que pour la romanesque flamboyance de Bourgoin, son aîné de dix ans. Il ne pilote pas son avion personnel comme ce dernier, n'a jamais entrepris de forages pétroliers offshore, n'a pas bâti puis ruiné un empire de l'agro-alimentaire, ni même dirigé la Ligue de Football Professionnelle.

Jusque-là, Guy Cotret n'était pas homme à incarner les révolutions: cotret.jpegil préférait les financer. Ce banquier de formation, naguère membre des Directoires de la Caisse Nationale des Caisses d’Épargne puis du Crédit Foncier, a siégé à la direction générale du géant de l'immobilier Nexity, jusqu'à son départ en retraite en mars 2011. C'est un homme de réseaux et d'influence, qui aime à se présenter comme un "provincial", lui, le natif de Reims familialement enraciné dans les Ardennes.

Après avoir échoué à reprendre le CS Sedan-Ardennes, à l'automne 2012, c'est lui qui a convaincu le maire d'Auxerre (PS) Guy Ferez de valider le plan de reprise de l'AJA via un premier investissement de 5 millions d'euros contre 60% du capital du club. Cotret s'est pour cela allié à un autre banquier, Emmanuel Limido, 54 ans, patron et fondateur de la société luxembourgeoise PLP (Paris Luxembourg Participations). PLP s'autodéfinit comme "une holding européenne d'investissement citoyenne et socialement responsable" et figure aujourd'hui au capital de dix-sept sociétés aux domaines d'activités allant de l’ingénierie financière aux partenariats stratégiques via la production cinématographique.

En prenant le contrôle de l'AJ Auxerre, l'un de ces monuments en péril dont le football français s'est fait une spécialité (Strasbourg, Metz, Monaco...) le tandem Cotret-Limido, qui s'appuiera au quotidien sur Fabrice Herrault, directeur administratif du Paris FC jusqu'à l'automne dernier et futur DG de l'AJA, entend s'inscrire dans la durée à partir d'un plan de rigueur dont voici les grandes lignes:
_ Un budget de 16 à 18 millions d'euros pour la saison prochaine, dans la continuité de 2012-13. 
_ Stabilisation en Ligue 2, sans échéance définie pour une éventuelle remontée.
_ Retour aux fondamentaux historiques du club, basés sur l'excellence de la formation.
_ Recrutement de jeunes joueurs majoritairement issus des régions Bourgogne et Ile de France.
_ Fédérer le tissu économique local pour dynamiser le sponsoring du club.
_ Continuer à s'appuyer sur les réseaux politiques locaux, départementaux et régionaux.
_ Convaincre les supporters de l'Yonne et de la Bourgogne de revenir au stade, l'affluence moyenne ayant été divisée par deux avec la relégation, passant de 12000 à 6000.

Concernant ce dernier point, ce n'est pas gagné d'avance. L'ambition sportive n'est pas le point culminant d'un programme clair mais froidement réaliste. La formation n'est plus ce qu'elle était. AJ Auxerre Dortmund 1993.jpgBref, ce n'est pas demain que l'on reverra l'AJA en Coupe d'Europe, vingt ans (à un jour près) après sa mémorable élimination en demi-finale de Coupe de l'Uefa face aux Allemands du Borussia Dortmund (0-2, 2-0, 5-6 tab). De 1974 à 1980, l'AJA avait passé six années à patienter en D2 (l'époque du cultissime "Coup de Tête" de Jean-Jacques Annaud, avec Patrick Dewaere). Il faudra bien cela pour inverser le cycle négatif entamé à l'été 2005, après une ultime victoire en Coupe de France du club face à Sedan (2-1), la quatrième en douze ans.

Si la spirale décliniste ajaïste a coïncidé avec le départ de l'emblématique Guy Roux, le retour de ce dernier comme conseiller technique et délégué général à la formation à la suite du rocambolesque "Putsch des Dinosaures" du 19 mai 2011, ne l'a de bonne source pas enrayé, loin s'en faut. Et si Gérard Bourgoin devrait guider Guy Cotret lors de ses premiers pas présidentiels, le "Dossier" Guy Roux, dont l'influence _réelle ou supposée_ reste importante, ne serait pas des plus aisés à traiter... 

Au moins, l'AJ Auxerre a-t-elle gagné aujourd'hui l'essentiel: le retour de l'espérance. Certaines révolutions commencent modestement. Comme toujours, l'Histoire jugera.

L'argent fait-il le bonheur? Sous le soleil de la Moneyleague, le rapport annuel réalisé par le cabinet Deloitte sur les clubs de football les plus riches, rien de nouveau en 2013: comme l'année dernière, le Real Madrid fait la course en tête. Enfin si, il y a du neuf: pour la première fois dans l'histoire du foot-business, un club dépasse les 500 millions d'euros de recettes. 512,6, pour être exact.

Miniature de l'image pour deloitte_money_league_2013_real_madrid_barcelona_560_2.jpg.jpgL'affaire est d'importance et aurait pu inspirer à Brassens les paroles suivantes: "C'était un grand cheval blanc, tous derrière et lui, devant". A en croire la presse espagnole, le Real Madrid serait pourtant au bord de l'implosion sociale. "En juin, c'est lui ou nous": l'ultimatum lancé au président Florentino Perez par les cadres de la Maison Blanche (Casillas, Ramos, Alonso) contre leur entraineur José Mourinho barrait jeudi la "Une" du célèbre quotidien sportif Marca dont l'essentiel des ventes repose sur les péripéties, glorieuses ou non, du grand club merengue.

Il faut dire qu'après une saison 2011-12 de tous les records en championnat (100 points et 121 buts au compteur), le ciel s'est obscurci au-dessus d'une institution qui fut sacrée par la FIFA "Meilleur club du XXe siècle" mais éclipsée régulièrement par l'ennemi séculaire: ce Barça qu'"El Madrid" affronte dans quatre jours en demi-finale aller de la Coupe du Roi et qui le distance actuellement de quinze points en championnat, après seulement vingt journées!

L'histoire du Real Madrid n'est pas sans rappeler le débat récurrent autour d'Arsenal, media_l_5498905.jpgen Angleterre: membre émérite du Top10 de la Moneyleague (6e cette saison avec 290,3 millions de revenus), le club londonien n'a plus remporté le moindre titre depuis 2005, ce qui exaspère ses fans. Mais le board du club, dominé par l'Américain Stan Kroenke (62,9% des actions) et le Russe Alicher Ousmanov (29%), semble s'en contenter, considérant une quinzième participation consécutive à la Ligue des Champions comme l'aboutissement d'une gestion rigoureuse.   

Idem au Real: la dernière victoire madridiste en Ligue des Champions remonte à la saison 2001-02, du temps de Zidane, Raul et Figo. Dans l'intervalle, le FC Barcelone s'est imposé comme la référence sportive de l'époque, glanant 3 C1 (2006, 2009 et 2011) et marquant les consciences sous la géniale influence de Pep Guardiola et Lionel Messi.

En revanche, financièrement, tout va bien; surtout quand on se remémore que le club était exsangue au tournant des années 2000, lorsque Florentino Perez en prit les commandes. Depuis huit saisons, à l'aune de cette Moneyleague qui préfigure le futur championnat d'Europe des clubs, la Maison Blanche gouverne le monde, le Barça (483 millions) sur son porte-bagage. Et tous les autres derrière, Manchester United et autres Bayern Munich...

projetsbernabeu.jpgEt contrairement au Barça, dont le projet de rénovation du Camp Nou par l'architecte Norman Foster a été repoussé, le Real Madrid tient son bon plan, le plan B comme Bernabeu, qui connaitra d'ici 2016 un lifting révolutionnaire destiné à le porter à 95000 places avec loges ultra-modernes, centre commercial et hôtels de luxe... De quoi faire bondir plus encore la valeur du club merengue, estimée en 2012 à 1,435 milliard d'euros...

A ce compte-là, les états d'âmes de Casillas et consorts ne peuvent qu'être des facteurs négatifs pour l'avenir du club; c'est ainsi qu'il faut comprendre l'intervention, rarissime, du président Perez contre Marca, accusé de porter atteinte à l'institution. Message: votre tirage ne vaut pas d'abîmer notre image...

La 10e Ligue des Champions du club, dans tout ça? Quelques jours de bonheur dans un océan d'argent. Autant dire une broutille...


La mondialisation avance, les temps changent, les règlements évoluent... La tradition demeure: le meilleur footballeur du monde reste en Europe. Lionel Messi, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a beau être argentin de nationalité, être considéré comme un Dieu du Guatemala au Bangladesh, c'est au FC Barcelone, Catalogne, Espagne, qu'il joue, enchante et s'épanouit.

C'est la nature du foot qui veut ça. 1740050722_messi-le-taiseux-fait-resonner-son-nom-464792.jpgSi les Dieux y entrent dans l'Histoire de leur vivant, jeunes de surcroît, les Panthéons s'y localisent dans les métropoles d'un Vieux Continent qui semble sur le point de sortir de cette même Histoire: Barcelone donc, Manchester, Milan, Madrid, Turin souvent, Liverpool ou Marseille parfois. Phares du monde d'hier, pour emprunter à Stefan Zweig une grille de lecture qui nous est chère.

L'Europe... Ses contempteurs, en son sein-même, sont plus nombreux que ses défenseurs, plus nombreux à donner de la voix en tout cas, selon l'inexplicable principe de l'ignorance arrogante. Or, via le Ballon d'Or, à travers le football dont Lionel Messi est l'incarnation la plus proche de ce que pourrait être la perfection, l'Europe offre le meilleur d'elle-même et mieux, elle l'offre au monde entier.

Offre donnée, avec certes quelques dérives marchandes à combattre sans relâche, aux jeunesses de tous les pays, à commencer par les moins favorisées, d'y voyager, grandir et s'y enrichir; de porter en elles les valeurs sans frontières de rêve, de volonté, d'exemplarité. Je pense au Portugais de Madère Cristiano Ronaldo, au Camerounais Samuel Eto'o, aux Ivoiriens Yaya Touré ou Didier Drogba, tous impliqués dans les victoires en Ligue des Champions de Manchester United (2008), du FC Barcelone (2009 et 2011), de l'Inter Milan (2010) et de Chelsea (2012). Aux Argentins Javier Mascherano et Lionel Messi. Surtout Messi.

Que serait-elle aujourd'hui, la "pulga" de Rosario, sans la solidité financière et la vision humaine des dirigeants du Barça? Sans le coûteux traitement aux hormones de croissance, que sa famille ne pouvait supporter et pris en charge, cinq années durant, par le grand club catalan? Sans doute un petit, bien trop petit homme, bourré de talent mais d'amertume d'avoir vu s'ajouter au poids du handicap métabolique celui de l'injustice sociale.

C'est la force et l'honneur de Barcelone, de l'Europe, d'avoir permis pareil accomplissement, ce que d'autre jadis auraient nommé miracle. A sa façon, loin d'être cette prétendue injustice née de stériles obsessions polémistes, le quadruple couronnement de Messi au Ballon d'Or (2009, 2010, 2011 et 2012) doit être lu comme une canonisation, compris comme une action de grâce.

L'Europe de 2013 est à l'étroit dans ses frontières nationales issues d'un autre temps, en mal de compétitivité dans un monde multipolaire où son niveau de vie et ses standards sociaux la handicapent, telle un insupportable paradoxe. Cette Europe d'essence occidentale garde en revanche un considérable pouvoir d'attraction de par l'éclat et la valeur de son patrimoine: patrimoine commercial d'origine architecturale et artistique, mélange de savoir-faire et d'art de vivre où le football, plus précisément ses clubs de football, désormais au carrefour de tout ou presque, occupent une place essentielle.

En Angleterre, bon an mal an, 40% à 50% des clubs évoluant en Premier League sont sous pavillon non-européen. En France, c'est déjà le cas du PSG, de l'OM et de Monaco, trois des plus prestigieux clubs du pays. En Italie, la Roma est sous pavillon états-unien depuis 2011, l'Inter Milan a ouvert en 2012 son capital aux Chemins de fer chinois; l'Espagne suit le même chemin. Investisseurs nord-américains, mexicains, brésiliens, russes, moyen-orientaux, chinois, malaisiens ont pris, prennent, prendront positions dans l'actionnariat des Oligarques du football de notre vieille Europe.

Le scepticisme, voire le rejet qui en découlent doivent se dissiper, car l'enjeu est énorme. Pour paraphraser le légendaire coach de Liverpool, Bill Shankly, ce n'est pas une question de vie ou de mort pour les clubs en question, mais beaucoup plus que cela: pour l'Europe toute entière. Accepter aujourd'hui que le monde soit intéressé à la destinée de nos clubs, c'est se dessiner un destin majeur dans le monde de demain: le seul qui m'intéresse, celui de nos enfants. C'est retrouver un souffle puissant dans le chantier de la construction européenne. C'est s'accepter soi-même dans toute sa dimension géographique, de Lisbonne à Saint-Pétersbourg et de Glasgow à Istanbul.

C'est se regarder jouer et s'épanouir dans toutes ses facettes: culturelles, politiques, populaires. Et religieuse, aussi. Je ne veux là pas parler d'église; seulement louer, vénérer même, la dimension religieuse du football au sens littéral: ce qui relie les hommes. A Barcelone comme à Milan, à Manchester comme à Paris.

messi2.jpgC'est pour finir s'assurer que demain, dans dix ans, dans cinquante ans, les petits Messi de tous les pays continueront à rêver, grandir et enchanter en sachant qu'un jour, en costume à pois ou veste de velours, ils seront peut-être un Dieu vivant ou mieux, le temps d'une cérémonie, le centre du monde.

Cette cause, celle du football européen au service de tout l'univers, vaut le coup qu'on se batte pour elle.

Non?
Lorsqu'en juin 2003, Roman Abramovitch fit main basse sur l'actionnariat du Chelsea FC, l'Oligarque russe avait deux ambitions avouées: à long terme, faire de son club une marque mondiale, à l'égal de Manchester United ou du Real Madrid; et gagner la Ligue des Champions. Le plus tôt serait le mieux. Probablement pas neuf ans.

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Abramovitch avait juste oublié un facteur: thésauriser les milliards dans la Russie post-soviétique serait un jeu d'enfant, comparé à la conquête de la Coupe aux Grandes Oreilles, ce Graal du XXIe siècle. Il suffit de le revoir, la mine déconfite, l’œil vitreux comme au sortir d'une vodka party, dans sa loge du Loujniki après la défaite aux tirs-aux-buts des Blues face à Man U, le 21 mai 2008.

Redevenir champion d'Angleterre après un demi-siècle de privation, c'était facile: il suffisait de dépenser (un milliard au total sur ses fonds propres), d'investir comme gourou un José Mourinho sacré de frais avec Porto, d'enrôler Didier Drogba, Petr Cech et Ricardo Carvalho; l'affaire était dans le sac, record de points en Premier League à la clé (2005). Rebelote en 2006 (record de points à mi-parcours) et 2010 (record de buts en Premier League).

Empiler les Coupes insulaires relevait de la même recette: deux Coupes de la Ligue (2005, 2007), quatre FA Cups, la plus vieille compétition inter-clubs du monde (2007, 2009, 2010 et 2012) et deux Community Shield (2005, 2009) en passant. Soit, en neuf saisons, 30,6% des trophées distribués en Angleterre sur la période (11/36), juste derrière le monstre Manchester United (33,3%).

La Ligue des Champions? Une autre paire de manches. Ranieri, Mourinho, Grant, Scolari, Hiddinck et Ancelotti, brochette de managers aguerris, tissèrent pourtant la plus terrifiante fresque d'échecs sur le fil du foot européen depuis le grand Leeds des années 70: finale en 2008, demi-finale en 2004, 2005, 2007 et 2009 (quarts en 2011, huitièmes en 2006 et 2010). Dans 66,7% des cas, l'équipe qui élimine les Blues remporte l'épreuve. Avec le scandale parfois en filigrane, du but fantôme de Luis Garcia à Anfield en 2005 à la "fucking disgrace" hurlée par Didier Drogba à Stamford Bridge en 2009, un soir d'élimination face au Barça.

Jusqu'à Chelsea, jamais un club n'avait été sorti deux années de suite aux tirs-aux-buts en ligue des Champions (2007, 2008). De son côté, Didier Drogba, mi-finisseur épique, mi-héros tragique, subissait avec la Côte d'Ivoire deux défaites en finale de la Coupe d'Afrique, toujours aux tirs-aux-buts (2006, 2012).

Succès: n.m., somme de tous les échecs (Michael Jordan).

Cela ne pouvait pas, ne devait pas durer. A contre-courant, alors que le favori des pronostics de la 57e finale de Ligue des Champions, 4bayern-chelsea-670.jpgle Bayern, s'apprêtait à connaître son cinquième sacre en terrain conquis, l'Allianz Arena de Munich, j'étais convaincu que l'heure des Blues était sur le point de sonner.

Car voyez-vous la victoire en Ligue des Champions n'est pas une question de talent. Sinon, le Barça serait sacré tous les ans. Ce n'est pas une question de budget (le Real serait imbattable), de palmarès (idem), ni même de favoris ou d'entraineur à succès, mais la somme de tous ces paramètres multipliée par un facteur non maitrisable: le moment.

Le 19 mai 2012, Chelsea s'apprêtait, avec une équipe vieillissante, à terminer la saison de Premier League à la 6e place, son plus mauvais classement depuis dix ans. Elle ne disputerait la prochaine édition de la Ligue des Champions qu'à la condition de gagner la finale, against the odds.

Sur le banc, une fois chassé le Special Two portugais Villas-Boas, figurait un entraineur inexpérimenté mais portant en lui l'ADN du club: Roberto Di Matteo. 119 matches en bleu, deux Cups, il était de la finale de Coupe des Coupes remportée en 1998 face au Vfb Stuttgart (1-0, Zola 71e). Di Matteo était là pour une mission temporaire façon Manpower: emmener la génération Abramovitch au bout de son histoire, au bout du rêve de leur tycoon.

Jamais depuis l'an 2000 et un Barça - Chelsea en quarts de la Ligue des Champions (1-3, 5-1 a.p.) une équipe battue 3-1 à l'aller d'une rencontre à élimination directe ne s'était qualifiée au retour. Jusqu'à ce huitième Chelsea - Naples (1-3, 4-1 a.p.) qui prouve que la roue finit par tourner. Suffit d'attendre le moment.

Jamais, depuis 1956, une équipe ayant ouvert le score en finale de C1 au-delà de la 80e minute dans le temps réglementaire n'avait laissé échapper la victoire. Qui plus est en ayant bénéficié d'un pénalty en prolongations puis mené 3-1 lors de la séance des tirs-aux-buts.

Ce soir-là, pour son 331e match en huit saisons sous le maillot des Blues, ce fut enfin le moment de grâce, "fucking grace", de Didier Drogba: égalisation à la 88e (son 159e but pour Chelsea), pénalty provoqué sur Ribéry en prolongations et raté par Robben et pour finir, cet ultime tir-au-but inscrit, ce jouissif contre-pied sur Neuer, pour rappeler que les portes du paradis peuvent s'ouvrir... Suffit juste d'y frapper au bon moment.
 
Miniature de l'image pour 4010254.image.jpgP.S. Drogba et la Côte d'Ivoire seront les grands favoris de la 29e Coupe d'Afrique des Nations en Afrique du Sud (20 janvier au 10 février). Jusque là, seul le Cameroun, en 1988, a remporté la CAN après avoir perdu aux tirs-aux-buts la finale de l'édition précédente. Sera-ce enfin le moment des Éléphants? A méditer...
       

Avant, on se serait juste extasié sur ses prouesses balle au pied. Avant, on se serait focalisé sur l'essentiel: avec dix-huit buts marqués au mitan de la saison 2012-13, Zlatan Ibrahimovic (PSG) est le meilleur buteur de Ligue 1 depuis Vahid Halilhodzic (Nantes) en 1984-85. Avant, on aurait ignoré tout le reste.

Mais ça, c'était avant.

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Avant, on aurait glosé sur les chances de Zlatan Ibrahimovic de figurer sur le podium du ballon d'Or, on se serait interrogé quant à la capacité du Paris Saint-Germain de conserver son joyau une saison de plus, tout en se glorifiant du prestige des acquéreurs potentiels (FC Barcelone, Juventus Turin, Inter Milan...).

Mais ça aussi, c'était avant. Avant que on, pour opinion publique, ne se métamorphose en ON, pour obsession onomastique. Tellement avant que je me demande parfois à quelle date, même approximative, s'est arrêté le calendrier de l'avant. Chute du mur de Berlin? Éclipse solaire de l'été 1999? 11 septembre 2001? Rachat du PSG par l'état du Qatar? Quelle que soit la réponse en tout cas, une chose est sûre: la fin du monde d'hier est survenue avant, bien avant le 21 décembre 2012, le jour de la prétendue apocalypse telle qu'isolée par le calendrier maya.

Résumons: le jour de la fin du monde, à Brest, fin de la terre, Zlatan Ibrahimovic a marqué son dix-huitième but de la saison en L1 et l'essentiel fut traité en 140 signes via twitter, ce nouveau viatique de l'anecdote érigée en tout. Il serait dès lors aisé, en suivant le chemin tracé par cette étrange inversion des valeurs, d'en tirer au moins dix-huit leçons sur Z.I., le footballeur devenu lui-même TOUT.

En réalité, quatre leçons suffiront.

1/Leçon politique: lorsqu'un micro-état producteur d'énergie décide d'affirmer sa nouvelle puissance sur la scène internationale, il s'offre un club de football comme on ouvrait jadis une mission diplomatique. Déjà actionnaire par chez nous, à degrés divers, de Lagardère, LVMH, Suez, Total, Vinci ou Vivendi, le Qatar Investment Authority, via sa filiale Qatar Sport Investments, s'est offert le PSG comme ambassade d'image, avec sa Tour Eiffel en logo mondialisé sur coeur instrumentalisé. Et comme ambassadeur, Zlatan Ibrahimovic, Suédois d'adoption, musulman bosnien d'origine, star décennale du foot européen, tatoué de pied en cap et maître en arts martiaux, ferait parfaitement l'affaire.

2/Leçon historique: d'un côté, une vieille nation productrice d'idées, entrée dans l'Histoire depuis la nuit des temps, qui s'interroge sur la pérennité de sa devise (conflit sur la notion d'égalité) sur fond de sortie imminente de cette même Histoire; de l'autre, le micro-état cité plus haut, qui rémunère son ambassadeur à des hauteurs dignes de la Tour Eiffel. Alors la vieille nation se recroqueville autour de ses valeurs menacées et fait front contre l'envahisseur. Quitte à choisir pour champion le chantre de ses caricatures, le pot-pourri de ses travers, docteur ès gauloiserie, expert en franchouillardise: j'ai nommé Louis Nicollin, l'Abraracourcix de Montpellier la Paillarde.

3/Leçon sociétale: quand deux antithèses s'affrontent, il faut un vainqueur. Devant l'indécence présupposée et stigmatisée du salaire de Zlatan Ibrahimovic, face au privilège d'un parachute fiscal garanti par l'actionnaire, la classe dominante a répondu par un opprobre unanime. Avant que l'exil tonitruant de ses membres emblématiques _l'entrepreneur Bernard Arnault, l'acteur Gérard Depardieu, le chanteur Johnny Halliday_ ne lui fasse un discordant écho. Et si l'ennemi brocardé sous ses traits vulgaires, l'adversaire rétro-colonisateur rampant, n'était qu'un tardif miroir de nos évolutions masqués, de nos révolutions honteuses? Et si le Qatar était l'avenir de la France?

4/Leçon journalistique: les "Guignols de l'Info", avatar de feue la "grand-messe du 20 heures" ont fait de "Zlatan" leur marionnette chérie, leur homme à défaire nos valeurs vermoulues. A réduire en miettes nos clichés éculés. A démontrer la vacuité du monde, les Guignols étant devenus l'Info. Leur statut réel, ou prêté, de faiseurs de Rois depuis l'élection de Jacques Chirac à l'Elysée en 1995, a pris une dimension supplémentaire après le 18 juillet 2012. Avec la mise en scène au Trocadéro, Tour Eiffel en arrière-plan, de l'agrément de Son Excellence Zlatan, puis la révélation de ses lettres de créances virtuelles, il semble que le paradigme des médias de ce pays ne se résume plus qu'à ce mot/concept/déchéance: zlatanisation. Icône ultime d'une époque pas vraiment épique, Z a désormais sa religion, le Zlatanisme; ses gardiens du seuil, les arbitres; ses serviteurs, ses partenaires; ses souffre-douleurs, les défenseurs; ses zélateurs, les amateurs.... Ses griots, nous. Les ZlatanFacts donnent le pouls de la twittosphère. Au mépris de toute distance, de toute réflexion, de toute quête de sens.

De tout cela, Zlatan Ibrahimovic n'est absolument pas responsable. Sans doute se moque-t-il royalement, en star à sens unique, de savoir comment, au coeur de la Ville-Lumière du pays des Lumières, un footballeur venu d'ailleurs, même pas le meilleur du monde pour finir, a-t-il pu devenir phare? Le phare, au point d'être évoqué pour le Goncourt? Si "la culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié" (Édouard Herriot in Notes et Maximes), si le football nous tient lieu de culture, c'est peut-être que nous ne savions pas grand-chose, au fond. Ou que ce que nous savions, croyions savoir, est de l'ordre, révolu, du monde d'hier.

Avant, on s'interrogeait sur le sens. Le sens de la vie, le sens de l'histoire, le sens des rêves et des symboles. Aujourd'hui, la réponse tient en un mot: Zlatan. Tel un nouveau Big Brother, Zlatan is watching you.

Mais peut-être que le sens, c'était avant.

Valence - PSG, au rayon France. Milan - Barcelone et Real - Manchester, voire Arsenal - Bayern en guise de chocs telluriques. Celtic - Juventus, rayon nostalgie, Galatasaray - Schalke 04, Porto - Malaga et Donetsk - Dortmund pour compléter le tableau des huitièmes de finale de la Ligue des Champions.

Bon tirage? Mauvais sort? C'est d'abord, surtout, une question de perspective. Ce n'est donc pas dans ces colonnes que vous aurez la réponse, les amis. Les jugements de valeur, justement, n'en ont aucune à mes yeux. Il n'est ici de place que pour les faits et les chiffres. Et les analyses qui en découlent.

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Au terme de celles-ci, la seule question à laquelle il m'intéresse (nous intéresse) de répondre est: qui va gagner? Qui va gagner la Ligue des Champions, 58e du nom, connaissant les affiches issues du tirage au sort effectué hier à Nyon, au siège de l'UEFA?

Huit semaines nous séparant des rendez-vous du Top 16, nous ne livrerons ici qu'un teaser footballogique en présentant quatre hypothèses majeures, rassemblant les typologies d'analyse que l'histoire et ses développements les plus récents nous indiquent.

Hypothèse 1: victoire du FC Barcelone. Depuis 2008, le décryptage des compétitions internationales majeures (clubs et sélections) est édifiant. Chaque été des années paires, l'équipe d'Espagne remporte un tournoi majeur: Euro 2008, Mondial 2010, Euro 2012.

Au printemps de ces mêmes années, le FC Barcelone échoue en demi-finale de la Ligue des Champions: contre Manchester United en 2008, l'Inter Milan en 2010 et Chelsea en 2012. A chaque fois, le vainqueur du Barça remporte l'épreuve. Et pour ce qui concerne 2010 et 2012, l'Atletico de Madrid triomphait en Ligue Europa.

Étrange ordonnancement systémique! Passons maintenant aux années impaires: elles voient la victoire finale des Blaugranas. En 2009 à Rome contre Manchester United (2-0), rebelote à Wembley en 2011 face aux Red Devils (3-1). Les deux fois avec le titre de champion national à la clé. Dès lors, comment ne pas faire de Lionel Messi et son commando atomique les immenses favoris d'une édition dont la finale aura lieu à Wembley, théâtre de 50% des victoires catalanes dans l'épreuve: la première (1992) et la dernière (2011)? Le Barça égalerait ainsi la performance du Real de Raul, triple vainqueur en 1998, 2000 et 2002. Les années paires, du temps où l'équipe d'Espagne, elle, ne gagnait rien.     

Hypothèse 2: victoire d'un club italien. Si l'on recule la perspective historique de trois ans, à partir de 2005, un autre élément saute aux yeux: la domination tripartite et tournante d'un consulat Angleterre/Espagne/Italie. L'Angleterre: Liverpool 2005, ManU 2008 et Chelsea 2012. L'Espagne: Barcelone 2006, 2009 et 2011. L'Italie: Milan 2007 et Inter 2010. La rotation du carrousel impérial ayant été modifiée en 2011 et 2012, avec l'inversion des sacres du Barça et de Chelsea, peut-être pour les motifs hispanistes évoqués à l'H1.

Dès lors, 2013 serait vouée au retour de l'Italie. Une huitième victoire de l'AC Milan, qui se rapprocherait à une unité du record du Real? Le club de Silvio Berlusconi est certes en voie de réhabilitation domestique: de 0,875 points lors des huit premières journées, juste après les départs estivaux de Thiago Silva et Zlatan Ibrahimovic pour le PSG, la moyenne de points des Rossoneri est passée à 2,22 sur les neuf dernières. Mais sur le plan européen, la perte d'expertise a entraîné un vide encore béant: l'équipe entrainée par Massimiliano Allegri n'a gagné aucun de ses trois matches du groupe C à San Siro. Face au Barça en 1/8e, cela devrait d'autant plus être rédhibitoire que les Lombards n'ont jamais éliminé les Catalans en duel aller-retour à élimination directe, en trois précédents depuis 1959...

A ce scénario, préférons donc un troisième triomphe de la Juventus (après ceux de 1985 et 1996), laquelle reviendrait à hauteur de ManU et de l'Inter au palmarès. Les atouts principaux des Bianconeri? L'immense expérience de Gianluigi Buffon, leur gardien, qui a tout gagné sauf la LDC, et de leur maître à jouer Andrea Pirlo, qui a lui tout gagné dont la LDC, en double exemplaire, pendant les riches heures milanaises d'un certain Carlo Ancelotti. Leur considérable solidité (trois défaites en soixante-huit matches) basée sur le diktat de la possession de balle. Le retour de suspension de leur guide Antonio Conte, thuriféraire de l'ADN clair-obscur du club et survivant de la Juve victorieuse de l'Ajax à Rome en 1996...

Hypothèse 3: victoire de José Mourinho. Cette fameuse CGO (Coupe aux Grandes Oreilles), ils sont trois hommes à l'avoir gagnée avec deux clubs différents: l'Autrichien Ernst Happel (Feyenoord 1970 et Hambourg 1983), le Suisse Ottmar Hitzfeld (Dortmund 1997, Bayern 2001) et le Portugais José Mourinho (Porto 2004 et Inter 2010). Cette année, deux hommes sont en mesure de les rejoindre: l'entraineur allemand du Bayern Jupp Heynckes, déjà vainqueur en 1998 avec le Real Madrid, et le Mister italien du Paris Saint-Germain Carlo Ancelotti (2003 et 2007 avec l'AC Milan).

Heynckes? Si l'un des trois clubs allemands devait remporter le septième titre en C1 du pivot de l'Union Européenne, je ne miserais pas sur le Bayern, finaliste 2012. Il est rarissime qu'un club s'étant incliné en finale de l'épreuve remporte la suivante: depuis l'origine (1956), seul l'AC Milan, finaliste en 1993 puis vainqueur en 1994, a accompli semblable performance, du temps du club unique par pays représenté.

Ancelotti? Le PSG n'apparait pas au palmarès de l'épreuve. Il faut un début à tout? Sauf que voir deux clubs inédits sacrés de manière consécutive repousse encore plus loin la perspective historique. Vingt ans en arrière, exactement, du temps de la première du Barça (1992) et de celle de l'OM (1993). Même en considérant le Parigi San Germano de Carlo, Leonardo, Blanc, Sirigu, Silva, Sissoko, Motta, Verratti, Menez, Lavezzi, Pastore et Ibrahimovic comme un club italien (cf H2), l'obstacle reste malaisé à contourner.    

Reste, au rayon récidive, à évoquer le scénario Mourinho, en quête d'absolu sous la forme d'une troisième victoire sur trois bancs différents; un cas de figure qui verrait le palmarès du Portugais rejoindre sa légende: Special One pour l'éternité...   
    
Hypothèse 4: victoire d'un club allemand. C'est le championnat le plus prospère, le plus puissant d'Europe, voire du monde; la Bundesliga n'a pourtant plus engendré de vainqueur européen depuis la saison 2000-01 et le quatrième titre du Bayern dans l'épreuve face à Valence! Les Bavarois, après Leverkusen en 2002, ont par la suite échoué deux fois en finale (2010, 2012), tout comme Dortmund (2002) et Brême (2009) en finale de la Ligue Europa. Dans le même temps, rappelons que la nationalmannschaft est à la diète depuis l'Euro 1996... Réunification allemande, excès de concurrence au niveau des clubs à l'inverse de la situation anglo-hispano-italienne: les raisons existent, même si la série noire s'arrêtera forcément.

L'hypothèse Bayern ayant été écartée (cf H3), les chances de Schalke 04 souffrant des mêmes handicaps que celles du PSG, reste le Borussia Dortmund qui, dans la cinquième année du magistère Jürgen Klopp, semble le mieux armé des trois. Et ce, bien que le pédigrée "LDC" de l'effectif des champions d'Allemagne soit largement en-deçà de la barre des cinq cents matches atteinte par l'Inter, le Barça et Chelsea, ces trois dernières saisons.

La fameuse perspective historique nous ramène aux années 1996/1997. En 1996, le Borussia venait de remporter son deuxième titre consécutif en Bundesliga; le deuxième, devant le Bayern, Schalke et Mönchengladbach. L'année suivante, le Bayern avait pris sa revanche sur le plan domestique pendant que Dortmund coiffait sa première couronne européenne. Cela ne vous rappelle rien? Vérifiez le classement 2012 du championnat allemand...

Résumons. Et le vainqueur de la 58e Ligue des Champions sera... Par ordre footballogique décroissant:

1/Le FC Barcelone.
2/La Juventus Turin.
3/Le Real Madrid.
4/Le Borussia Dortmund.

Rendez-vous en février pour affiner les analyses, voire les contredire.

D'ici là, Noël et/ou les fêtes et/ou la fin d'année et/ou les vacances incarnent tout ce que je vous souhaite de bon. Cela n'entre pas dans le champ de l'analyse mais vous ne m'en voudrez pas...
Certains d'entre vous m'en font le reproche: trop d'espace, dans ces colonnes, serait consacré au PSG. Tant pis pour les breaking news accrochées aux crampons de Zlatan Ibrahimovic, lesquelles n'éclipsent celles dédiées au faux départ de Carlo Ancelotti que pour mieux s'effacer devant le vrai clash entre Leonardo et Jean-Michel Aulas. PSG, PSG, PSG... Il faudrait donc que je me voile la face, que je me détourne de l'information-spectacle pour me vouer au football, le vrai.

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Je pourrais me contenter de vous parler du transit intestinal de la Ligue 1, dont le système digestif un brin capricieux vient d'installer Lorient à la 4e place, sur le trône de son fameux ventre mou: un point pris et seize buts encaissés entre les 9e et 12e journée, cinq victoires façon "clean sheet" lors des six dernières. Je pourrais vous parler de Saint-Étienne, qui n'avance plus depuis qu'on a conclu au énième retour des Verts; de Nice, qu'on arrête plus depuis que Claude Puel en a pris les commandes; de Brest, qui vient de remporter sa première victoire à l'extérieur de la saison, la première de son histoire à Sochaux...

Est-ce ma faute si Brest, au premier soir d'après la fin du monde, le vendredi 21/12/2012, reçoit le PSG? Est-ce ma faute si Nice se déplace à Lyon samedi et Saint-Étienne à Marseille, dimanche, lesquels disputent le titre de champion d'automne au... ah! zut, dois-je vraiment dire le mot?... PSG?

Est-ce ma faute si Noël tombe en avance, cette année, pour le football français? Si, plus de cinq ans après l'avoir commandé, Frédéric Thiriez, le président de la LFP, va enfin recevoir le cadeau dont il n'a jamais cessé de rêver, le "PLM"? Je préviens de suite les grincheux: PLM ne signifie pas "podium lentement muri". Dans PLM, la lettre P fait référence à Paris. PSG, quoi.  

Je continue? L'identité du futur champion d'automne n'est pas encore définie. L'essentiel, néanmoins, est déjà certain: l'axe PLM, longtemps chimérique comme le Godot de Beckett, passera la trêve hivernale sur le podium du championnat de France professionnel, soixante-quinzième du nom. C'est en soi un évènement: il aura fallu attendre la trentième saison conjointe parmi l'élite du PSG, de l'OL et de l'OM pour voir émerger pareil cas de figure.

Simple cas d'espèce ou première d'une série vouée à un développement durable? Les deux hypothèses extrêmes de la problématique tracent des futurs diamétralement opposés pour la Ligue 1, lesquels iraient en gros de plus sombre au plus radieux, d'où l'intérêt majeur de la question.

Retenons l'hypothèse favorable: celle d'une domination à long terme du fameux axe PLM. C'est un scénario dont j'ai déjà exploré l'intérêt footballogique pour l'hexagone en terme d'influence européenne. Pour résumer, tant que durera l'actuelle formule de la Ligue des Champions, le salut de la France passera par l'émergence d'une troïka forte.

Même sujets à variations saisonnières, les triomphes continentaux des trois entités majeures de l'Europe (Espagne, Angleterre et Italie) se sont forgés sur l'émergence et la consolidation de cet archétype systémique: Real/Barça/Valence par-delà des Pyrénées, ManU/Chelsea/Arsenal sur l'autre rive de la Manche, Milan/Inter/Juventus de l'autre côté des Alpes.

Deux pays se sont taillés une part du palmarès bien supérieure à leur potentiel géo-démographique en se calquant sur ce modèle, lequel leur permet de survivre dans un contexte économique défavorable: je pense évidemment au Portugal (Porto/Benfica/Sporting) et aux Pays-Bas (Ajax/PSV/Feyenoord).

A l'inverse, en Allemagne, la concurrence féroce entre clubs de la pourtant prospérissime Bundesliga, où le Bayern assure seul la continuité représentative en Ligue des champions, a pour le moins coïncidé avec l'incapacité du football d'outre-Rhin à nourrir le palmarès européen depuis la saison 2000-01!  

De même, les championnats russes et ukrainiens, dont l'ambition est de se hisser dans le Top 5 des ligues européennes, ne pourront pas faire l'économie d'une troïka stabilisée s'ils veulent voir leurs clubs décrocher enfin la Ligue des Champions. Eux qui, sur la décennie écoulée, ont remporté trois fois la Ligue Europa: CSKA Moscou en 2005, Zénith Saint-Pétersbourg en 2008 et Chakhtior Donetsk en 2009...

Or, les clubs français partagent la même ambition. Trois clubs français du moins: PSG, Lyon et Marseille, on l'aura deviné. Trois clubs qui incarnent à eux seuls le visage du football français en Europe. Sachant que:

_ L'OM (C1 1993) et le PSG (C2 1996) sont les seuls clubs français à avoir remporté une coupe européenne depuis l'origine des compétitions continentales, en 1955-56. Une large tranche d'histoire européenne dont la France occupe 1,33% de l'espace, contre 22% pour la seule Espagne.

_ L'OL est le quatrième club du Vieux Continent en terme de participations consécutives à la Ligue des Champions: douze entre 2000-01 et 2011-12. Autrement dit, le club de Jean-Michel Aulas a maintenu à bout de bras l'indice Uefa du championnat de France depuis la modification de 1999, ayant transformé la Ligue des Champions en superligue européenne (à peine) cryptée.

_ Le PSG, après huit ans d'absence dans l'épreuve, a inscrit le troisième meilleur total de points (15) d'un club français en phase de poule de la Ligue des Champions, en trente-neuf participations depuis la fameuse saison 1999-00.

_ Le tandem olympique Lyon (douze) et Marseille (sept) représente à lui seul la moitié (48,7%) des trente-neuf participations citées à l'alinéa précédent et plus des trois-quarts (76,5%) des présences françaises en huitièmes de finale de la LDC depuis 2003-04. Les deux clubs en question sont en outre les seuls de l'hexagone à s'être fait une place au soleil de la Moneyleague, celle des vingt clubs aux revenus les plus élevés d'Europe. 

_ Le PSG, avec son effectif à presque cinq cents matches de Ligue des Champions (dont deux anciens vainqueurs, Thiago Motta et Maxwell) et son entraineur spécialiste de la compétition (Carlo Ancelotti, double vainqueur sur le terrain puis sur le banc) est le seul club français crédible pour une victoire finale depuis l'OM de Bernard Tapie, vingt ans plus tôt.

Sachant tout cela et bien plus encore, et au risque (assumé) de déplaire à nouveau, j'affirme que la pertinence historique de l'axe PLM et sa place conjoncturelle sur le podium de Ligue 1 devraient, doivent se transformer en ticket permanent pour la Ligue des Champions.

On pourrait certes rétorquer, pour retoquer l'idée, que la moyenne de points par match de la troïka française dans son championnat national (1,94) n'est pour l'heure que la onzième du Top 12 des ligues européennes; la seule, avec celle de la Turquie, à enfoncer le plancher des 2 points de moyenne (2,42 pour l'Espagne, 2,40 pour le Portugal, 2,33 pour l'Ukraine).   

Mais nonobstant la glorification très française de l'incertitude du sport, le football français n'aurait rien à y perdre: renommée mondiale, renforcement de l'image, attractivité marketing, croissance des recettes... Voire, un jour, attrait d'investisseurs étrangers pour l'OL et l'OM, seule perspective à même de les intégrer au cadre futur d'une élite européenne redessinée...   

Et concernant le fumeux chapitre de l'incertitude du sport, la gloire qui lui est accolée n'est qu'un a priori généralement balayé par les faits: j'en veux pour preuve, une de plus, une de trop, la performance du duo Montpellier-Lille lors de la dernière phase de poules de la Ligue des Champions. Avec cinq points cumulés, les deux derniers champions de France (no comment) ont réalisé le pire total de l'histoire française dans la compétition, le pire d'un championnat majeur, aussi.

Et provoqué ainsi le naufrage de toute une nation: 1,11 points de moyenne pour les trois clubs français, plus mauvaise moyenne de points de la France dans l'épreuve depuis 1997. Avec les conséquences que l'on sait sur la fragilité de la position française dans la hiérarchie européenne, sans parler de l'intérêt du public et des diffuseurs.

Jeudi, à Nyon (Suisse), au siège de l'Uefa, quel club français sera concerné par le tirage au sort des huitièmes de finales de la Ligue des Champions?

Tout compte fait, je vais continuer à parler du PSG.
Résurgence particulière (et particulièrement attendue) du PSG; fiasco intégral (intégralement annoncé sur ce blog) de Lille et Montpellier: tel est le bilan français de la phase de poules de la Ligue des champions 2012-13.

Avant d'en faire la synthèse, quelques chiffres, pour commencer.

1/Avec 15 points (2,5 pts/m), le Paris Saint-Germain vient de réaliser la troisième meilleure performance d'un club français au premier tour de poule de la Ligue des Champions depuis 1999-00. De fait, des trente-neuf participants français à l'épreuve sur les quatorze dernières saisons, seuls Lyon en 2005-06 et Bordeaux en 2009-10 ont fait mieux (16).

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2/Montpellier (2 pts) et Lille (3) viennent de réaliser les deux plus mauvaises performances des mêmes trente-neuf participants français au premier tour de poule lors des quatorze dernières éditions de la Ligue des Champions. Si les Lillois ne font certes qu'égaler le parcours de l'AJ Auxerre en 2010-11, les Bourguignons avaient du se coltiner l'impitoyable concurrence du Real, du Milan et de l'Ajax. 0,42 pts par matches à eux deux: rappelons que le MHSC et le LOSC sont les deux derniers champions de France.

3/Avec 1,11 points par match en moyenne, la performance collective des représentants français en 2012-13 est la pire de l'histoire de la Ligue des Champions. La pire, oui. Pire encore que lors de la saison 2008-09 (1,22). Au bilan des huit premiers championnats européens à l'indice Uefa 2007/2012, seule la Russie fait moins bien cette saison (0,83).

Conséquence: pour la première fois depuis la saison 2008-09 (Bordeaux et Marseille éliminés en poule), la France ne comptera qu'un club en 1/8e de finale de la Compétition-Reine. Dix ans après l'heureuse suppression du deuxième tour de poules au profit de huitièmes de finales en matches aller-retour, pareil cas de figure se produit pour la quatrième fois seulement (40%).

Si la France a toujours compté au moins un club dans le Top 16 sur les quatorze dernières saisons, elle n'a jamais réussi le carton plein, preuve supplémentaire du manque de fiabilité de son élite. Éternelle quête d'un axe Paris-Lyon-Marseille...

Conclusion: merci le PSG. C'est grâce au club parisien, qui disputera son premier 1/8e de finale après huit ans d'absence dans l'épreuve, que la France...

1/... est en passe de reprendre au Portugal la cinquième place à l'indice Uefa 2008/2013, ce qui permettrait au troisième de la Ligue 1 cette saison de disputer un tour préliminaire en moins pour la Ligue des Champions 2014-15, la soixantième édition d'une l'épreuve née en 1955.

2/... voit l'un de ses clubs remporter son groupe de qualification pour la première fois depuis Bordeaux en 2009-10. Le détail a son importance: sur les neuf saisons précédentes, cinq des sept clubs français ayant terminé en tête de leur poule se sont hissés en quart-de-finale, soit 71%. La statistique recoupe la proportion tous pays confondus, sur la même période (68%).

3/... dispose d'un club ayant un effectif à plus de 500 matches de Ligue des Champions, condition sine qua non pour espérer la gagner, et que guide un entraineur crédible à ce niveau: Carlo Ancelotti thésaurise à lui seul 20% des victoires dans l'épreuve sur les dix dernières saisons, à égalité avec José Mourinho et Pep Guardiola. Les 40% restant se répartissent entre Rafael Benitez, Frank Rijkaard, Alex Ferguson et Roberto Di Matteo (Ndlr: il est savoureux de constater que quatre des sept managers cités ont entrainé, entrainent voire entraineront Chelsea, premier tenant du titre à être éliminé dès la phase de poule).

Où serait la France dans la hiérarchie européenne si QSI n'avait pas pris le contrôle du club au printemps 2011? Nulle part, probablement. Il faudra bien qu'un jour, ce pays commence à en prendre conscience. 


      

ancelotti-apres-ajaccio.jpgLe cuir italien est réputé de qualité supérieure, beau évidemment, souple et solide à la fois, surtout. Je ne vous ferai pas l'injure de vous rappeler le pedigree de Carlo Ancelotti. Son lieu de naissance suffira: Reggiolo, un gros bourg d'Émilie-Romagne, Italie. De part et d'autre de cette ligne Plaisance - Parme - Bologne - Ravenne, tout ce que la Péninsule compte de grands hommes tire son origine: Fellini, Bertolucci, Pasolini pour le cinéma; Ferrari, Lamborghini pour l'automobile; Verdi, Pavarotti, Toscanini pour les arts; Tomba, Pantani, Capirossi pour le sport; Sacchi, Vicini pour le foot...

Et Ancelotti, donc. L'un des plus grands managers de son temps. La cuirasse patinée dans les plus belles manufactures du continent. Rome, Parme, Londres, Turin, Milan... Lorsqu'il est arrivé à Paris, le 30 décembre 2011, Carlo connaissait la musique. Il avait succédé à Nevio Scala (1), à Parme; à Marcello Lippi (2), à la Juve, à Fatih Terim (3), au Milan, à Guus Hiddink (4), à Chelsea... Tous ces entraineurs à palmarès, vainqueurs d'une ou plusieurs coupes d'Europe, Carletto les a surpassés. Double champion d'Europe en tant que joueur (Milan 1989, 1990), il le devint en tant qu'entraineur (Milan 2003, 2007) pour rejoindre la légende du Real Madrid, Miguel Munoz.

A Paris, Ancelotti a succédé à Antoine Kombouaré. Antoine Who? Kombouaré. Dois-je vous faire l'injure de vous rappeler son pedigree? Allez, ce ne sera pas long. Vainqueur de la coupe de France 2010. Coupe d'Europe: néant.

Depuis près d'un an pourtant, Carlo Ancelotti est l'objet permanent d'un jeu étrange, celui de la comparaison avec Antoine Kombouaré, et étrangement réglé: l'Italien y est toujours perdant. Toujours. Pas un tweet, pas un avis émanant d'un éminent médiacrate qui ne remarque qu'il y a un an à la même époque, Paris comptait plus de points au classement de Ligue 1. Aux Spécialistes de Canal+, le 19 novembre, Jean-Michel Larqué, ancien entraineur du PSG pourtant (17 victoires en 48 matches sur le banc entre juillet 1977 et août 1978), y est allé de son jugement: "Ancelotti fait moins bien que Kombouaré".

Il faut avoir le cuir souple et solide pour résister à pareil déferlement de mauvaise foi. Car à l'épreuve des faits, le jugement de valeur conformiste et un brin franchouillard ne tient pas la route. Ne comparons que ce qui est comparable: les faits, rien que les faits.

1/Bilan provisoire en L1? Avantage Kombouaré. Après 14 journées de championnat, le PSG de l'homme de Nouméa comptait quatre points de plus que celui d'Ancelotti cette saison. So what? Dans une formule de championnat, le seul total qui importe se dévoile au soir de la dernière journée. antoine-kombouare-psg.jpgQue dire alors de Montpellier, qui comptait treize points (bien lire: treize) de plus il y a un an? Que René Girard a subitement perdu son art? Que dire de Marseille, dont le compteur affiche un flatteur +8? Deschamps n'était-il qu'un charlatan, quand Élie Baup serait pur génie? La cause principale de ces variations saisonnières tient en trois mots: Ligue des Champions. Elle affaiblit ceux qui la joue et, mécaniquement, renforce ceux qui la regardent. Concernant Paris, pourtant, la différence de buts se maintient (+13 contre +14 la saison dernière) et la colonne défaites indique un chiffre similaire: deux. 
 
2/Crise de novembre? Ancelotti égalise. Kombouaré 2011-12: un nul et deux défaites en trois matches de L1, soit une moyenne novembriste de 0,33 ppm, bien inférieure aux 1,12 relevés depuis la saison 2000-01. En comparaison, Ancelotti 2012-13 fait petit joueur: une victoire, un nul et deux défaites, soit 1 point par match.
 
3/Classico? Avantage Ancelotti. 2-2 en championnat le 7 octobre à Marseille, 2-0 en Coupe de la Ligue le 31 octobre à Paris. Il y a un an jour pour jour, le PSG version Kombouaré avait lourdement chuté au Vélodrome en L1 (0-3), perdant du même coup la tête du classement, trois points derrière Montpellier. Soit l'exact écart entre les deux clubs en fin de saison. Et là, le Kombouariste pur et dur rétorque: oui mais il était champion d'automne! 40 points, 12 victoires, 4 nuls et 3 défaites! Exactement comme Tomislav Ivic en 1988-89. Un point de moins que Luis Fernandez en 1995-96. Ni l'un ni l'autre ne furent champions en fin de saison.

4/Total de points sur l'année civile? Break Ancelotti. Là où en 2011, le PSG de Kombouaré avait cumulé 59 points en 33 matches, de la 20e journée de la saison 2010-11 à la 14e journée de la saison 2011-12 (57 buts pour, 37 contre), celui d'Ancelotti affiche 65 points un an plus tard (67 buts pour, 34 buts contre). Critère purement statistique, je le reconnais, mais totalement édifiant.
 
5/Europe? Ancelotti s'envole. Le 4 décembre prochain, le club parisien, déjà qualifié pour le Top 16 de la ligue des Champions pour la première fois depuis douze ans, terminera premier de sa poule (depuis 2003-04, les deux-tiers des quarts-de-finalistes l'étaient) en cas de victoire à domicile face au FC Porto. Il y a un an, le PSG s'inclinait 2-0 devant les 8304 spectateurs de la Red Bull Arena de Salzbourg et disait adieu à l'Europa League.

6/Coupe de la Ligue? Ancelotti enfonce le clou. Le 26 octobre 2011, le PSG était éliminé à Dijon (3-2) au premier tour de la Coupe de la Ligue. Ce mardi soir, le même PSG se déplace à Saint-Étienne en quarts de finale de l'épreuve. Même en cas d'élimination, c'est déjà mieux qu'un an plus tôt.

Les chiffres sont les seuls faits incontestables en football, cet univers relativiste s'il en est. La vérité en jaillit tout simplement, avec limpidité. 5-1: Ancelotti vainqueur par K.O.

43104.jpgReste à chasser définitivement l'ombre de Kombouaré. Pour décoller ce sparadrap tutélaire digne du capitaine Haddock, Carlo Ancelotti et ses joueurs ont une mission à accomplir: remporter leurs cinq matches de Ligue 1 en décembre. L'histoire du club ne recèle que trois performances similaires. Jamais sur une série de cinq matches.

Dans cette hypothèse, avec 41 points, le PSG 2012-13 serait probablement sacré champion d'automne. Comme celui de l'ancien champion d'Europe Artur Jorge en 1993-94 (5). L'année du deuxième et dernier titre du club. Bien que Portugais, Jorge était fait d'un cuir qui vous dure une saison entière. Une digne référence pour Carlo Ancelotti.

(1) Coupe des Coupes 1993 et coupe de l'Uefa 1995
(2) Ligue des Champions 1996
(3) Coupe de l'Uefa 2000
(4) Coupe des clubs champions 1988.
(5) Coupe des clubs champions 1987.

Attention: un match de Ligue 1 ordinaire peut cacher d'incroyables vérités. Un malaise naissant à la tête d'un bon club aspirant à être grand. Voire un complot arbitral pour empêcher ce club de le devenir. Quelle que soit la raison (le pluriel est admis), c'est au terme d'un match nul ordinaire du PSG à Montpellier (1-1), un dimanche soir d'armistice, que l'état-major parisien a ouvert les hostilités.

Leonardo-sur-Canal.jpgAu micro du Canal Football Club, Leonardo a fustigé l'arbitrage français, son manque de professionnalisme, son pointillisme (savoureux contre-sens au passage sur le mot italien fiscal, réminiscence du 75% Hollande) excessif à l'égard de son club. Dans le même temps, la conférence d'après-match de Carlo Ancelotti tournait au "one man in black show" envers la personne de l'homme en noir Clément Turpin, l'irrespectueux, le censeur-siffleur: exclusions de Lavezzi et Ancelotti à Ajaccio (2e journée) et de Sakho, donc, à Montpellier, en deux matches du PSG arbitrés cette saison.    

1,5 carton rouge de moyenne: cela fait beaucoup, il est vrai. Surtout pour le leader du championnat de France. L'un de ces seigneurs de la guerre, ces représentants de l'Oligarchie du foot qui partout en Europe, récoltent sans même la semer la mansuétude des arbitres, serviteurs zélés du Pouvoir. Partout sauf en France. Sauf en France, parce que c'est Paris?

Les statistiques intriguent, tant elles sont versatiles. Avec 23 points et huit buts encaissés en douze matches, le "PSG positif" est l'actuel premier des classements général et défensif de la Ligue 1. Avec vingt-huit cartons jaunes et trois rouges, le "PSG négatif" se situe juste derrière Bastia (33/3), à égalité avec Montpellier et devant Ajaccio (26/3), traditionnelles valeurs-étalons de la violence et de l’antijeu.

Examinons maintenant les mêmes valeurs "négatives" des clubs talonnant Paris en haut du tableau: Marseille (treize cartons jaunes, zéro rouge), Saint-Étienne et Lyon (15/1), Valenciennes (16/2), Bordeaux (21/1) et Lille (19/0). Etonnant, non? Encore plus si l'on précise que les trois cartons rouges (Lavezzi 2e journée, Ibrahimovic 11e, Sakho 12e) infligés aux joueurs du PSG cette saison l'ont été directement, sans passer par la case jaune. Reims, le promu, et Ajaccio, club de combat s'il en est, sont les seuls dans ce cas cette saison. 

Le PSG thésaurise donc 7,5% des exclusions prononcées cette saison en Ligue 1. Or, la saison dernière, le club n'a récolté que quatre (dont deux directs) des cent-huit cartons rouges sortis pour l'ensemble des vingt club. Soit... 3,7%. article_sakho.jpg4,9% la saison précédente, avant la prise de contrôle par le fonds Qatar Sports Investments.

J'aimerais en conclure qu'en doublant son budget, le navire Paris n'est pas devenu deux fois plus performant, mais deux fois plus agressif. Ce serait là une morale confortable dans ce pays qui n'aime pas plus le foot que le fric. Pour l'heure, faute de preuves, je me contente de noter un dysfonctionnement profond entre le PSG et l'écosystème du foot français.

Rejet de greffe? Pareil pronostic est prématuré. Soyons clairs: dans l'hypothèse où il aurait pris corps, un éventuel complot arbitral, et donc des instances dirigeantes du foot français, contre le PSG qatarisé serait improuvable. Si elles existent, les directives secrètes validant pareille réalité ne sont pas parvenues jusqu'à moi. Si des ordres allant dans ce sens ont été donnés, je n'en ai pas eu connaissance. Il faudrait pour cela une conscience en révolte, une taupe enregistrant les comploteurs à leur insu, comme dans l'affaire des quotas. Je n'y crois pas.

Ce que je crois, c'est que l'état-major du Paris Saint-Germain, et avec (par-dessus) lui, ses propriétaires qatariens, est en train de découvrir la vérité: ce sera moins facile que prévu. Le foot français fait, fera de la résistance. Sur le terrain et en dehors. Ok pour l'argent du PSG, puisqu'on a pas vraiment le choix. Ok pour ses stars, puisque leur simple notoriété désenclave, "définlandise" comme théorisait jadis Alain Minc, son produit-phare. Sa domination? On verra plus tard. Le plus tard possible.

Je l'ai déjà écrit dans ces colonnes, déjà dit sur les antennes du groupe Canal+ auxquelles je collabore: lorsque l'on veut devenir membre d'un cénacle, il faut montrer patte blanche en même temps que bourse garnie. La maitrise/élégance peuvent vite être traduites en mépris/suffisance. Quand le raffiné Leonardo stigmatise la formation des entraîneurs français après avoir viré Antoine Kombouaré, leader du championnat trois points devant Montpellier, ce n'est pas une corporation qu'il irrite, c'est une résistance qu'il suscite. Résistance consciente ou, plus inextricable encore, inconsciente. Une résistance dont les arbitres sont, toujours, le révélateur formel. Méditons l'exemplaire saga européenne du Chelski de Roman Abramovitch...

Que le PSG ait fini deuxième du dernier championnat, trois points derrière Montpellier, métaphore footballogique d'un village gaulois bien connu, doit se comprendre comme un effet-boomerang. Meilleur deuxième de l'histoire (depuis la victoire à trois points en L1) mais deuxième quand même. Cinq mois plus tard, le PSG est certes leader du même championnat. Un leader toutefois bien ordinaire, six points sous son total de la saison dernière après douze journées. Et même franchement médiocre vu d'une perspective européenne. Le classement virtuel des leaders actuels des douze principales ligues nationales à l'indice Uefa donne en effet ceci:

1
. Chakhtior Donetsk (Ukraine), 3 pts (bien lire: 3); 2. FC Barcelone (Espagne), 2,82; 3. Olympiakos Le Pirée (Grèce), 2,80; 4. Bayern Munich (Allemagne), 2,73; 5. Juventus Turin (Italie), 2,58; 6. FC Porto (Portugal) , 2,56; 7. PSV Eindhoven (Pays-Bas), 2,50; 8. Manchester United (Angleterre), 2,45; 9. CSKA Moscou (Russie), 2,40; 10. Anderlecht (Belgique), 2,07; 11. Galatasaray (Turquie), 2; 12. PSG (France), 1,92...

De cette cruelle hiérarchie, dans notre quête de vérités, nous déduisons:
 
Un: la L1 est le plus concurrentiel des championnats d'élite européens. Cinq champions différents lors des cinq dernières saisons. Quatre aux Pays-Bas et en Turquie, trois en Allemagne, Angleterre, Belgique et Italie, deux en Espagne, Grèce, Ukraine et Russie. Et si le PSG est amené à entamer un cycle de puissance, à la manière du septennat lyonnais 2001-2008, cela se fera dans la douleur. 

Deux: la L1 est le moins compétitif des mêmes championnats
. Instrument de mesure intéressant: le nombre de points séparant le premier du quatrième dans les douze ligues sus-mentionnées. Je l'ai démontré lors d'un post précédent, une troïka dominante est nécessaire à une dimension européenne. Cet écart, qui culmine à dix-huit points en Ukraine où le Chakhtior fait cavalier seul, oscille entre douze points en Espagne, onze en Allemagne (et en Grèce), neuf aux Pays-Bas et au Portugal, huit en Russie et sept en Angleterre et Italie. Il tombe ensuite à cinq points en Turquie, quatre en Belgique et... deux en France.

Trois: le PSG est le leader le plus faible d'Europe. C'est dans cour, citée plus haut, que jouent les Grands du Continent, ceux qui gagnent des titres. Dix d'entre eux disputent de fait la Ligue des Champions cette saison (seuls le CSKA et le PSV n'en sont pas); tous sont encore en position de se qualifier pour les huitièmes-de-finales. Sur le plan national, onze de nos douze leaders actuels figurent parmi les trois clubs les plus titrés de leurs championnats respectifs. Tous sauf un: le PSG. Le jeune PSG 1970, pénalisé par un faible poids dans son contexte national, que symbolisent seulement deux titres de champion de France.

Quatre: la L1 tire le PSG vers le bas.
Au départ, on imaginait plutôt l'inverse. Avec son budget annuel de 300 millions figurant dans le Top 5 européen. Son mercato estival de 107 millions ayant téléporté à Paris deux des meilleurs joueurs du monde à leur poste (Ibrahimovic, Thiago Silva). Son équipe dirigeante nourrie au sein du Calcio. Ses propriétaires assis sur des décennies de réserves énergétiques stratégiques. Avec, ou malgré? Prenez les douze leaders européens cités plus hauts et remplacez la moyenne de points par match par le nombre de cartons rouges reçus cette saison. Cela donne: 1. PSG, 3 (12 matches); 2. CSKA, 3 (15 m); 3. Chakhtior, 1; 4. Barcelone, Olympiakos, Bayern, Juventus, Porto, PSV, Manchester United, Anderlecht, Galatasaray, 0... Le même classement en Ligue des Champions? Tous à zéro sauf le Barça (un)...

410px-Patrice_de_Mac_Mahon.jpgComme les faits, les chiffres sont sacrés. Les commentaires sont libres.

Avant de gagner le moindre trophée, Leonardo devra s'expliquer pieusement, probablement faire amende honorable, devant les sages du Conseil National de l’Éthique.

Ensuite, il pourra transmettre à Hamad Ben Khalifa Al Thani, émir du Qatar, alias "La Prince", le vieil adage inspiré du Président Mac-Mahon (*): se soumettre ou se démettre.

Bienvenue en France.

(*) Patrice, Comte de Mac Mahon (1808-1893). Duc de Magenta. Maréchal de France. Président de la République (1873-1879).

L’auteur

A propos de ce blog

On peut toujours croire que le foot est un sport, a fortiori un sport démocratique. On peut toujours prétendre que le foot n’est qu’affaire de système de jeu et de culture tactique. Clamer, quand on n’y comprend plus rien, que « tout peut arriver dans le football », selon l’une des croyances les plus établies de la doxa médiatique.

Geoffroy Garétier nourrit depuis des années une pensée inverse. Consultant sur les antennes du groupe Canal Plus (les Spécimens sur Canal+ Sport, les Décodeurs sur Infosport+, 20h foot sur itélé), il fait partager avec ferveur sa conviction ultime : plus le niveau monte, plus « c'est joué d'avance ». Plus le nombre des participants augmente, plus l’audience progresse et plus le cercle des vainqueurs se réduit, en proportion comme en valeur absolue.

Le concept de Footballogie est né d’un triple constat. Un : il est temps d’admettre que le football est bien plus qu’un sport, voire probablement, pas un sport du tout. Deux : il est temps d’élargir le champ de l’analyse sportive, depuis trop longtemps confiné dans les limites chronométriques du match et les tromperies de son apparence. Trois : tout menant au foot et le foot menant à tout, il est temps de lui octroyer le label « fait social total » imaginé par Marcel Mauss, chercheur visionnaire et pionnier de l’anthropologie en France.

Bourdieu l’aurait dit : la Footballogie est un sport de combat. « Footballogie », le blog, s’adresse à tous ceux que le foot fascine et fait vibrer, tous ceux qui savent que passion et lucidité ne recèlent pas d’incompatibilité. Avec, pour seuls parti-pris, l’humour, l’imagination et la libre pensée…

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