Il y a cinq semaines, une construction du même ordre m'a soufflé le nom du finaliste de la Ligue des Champions (LDC) 2010: Bordeaux. Je le reconnais, ses fondations sont branlantes, ce matin. A Gerland, elle a subi une rude secousse sur l'échelle de Richter. Dans la version actuelle de l'épreuve, soit depuis 1999-2000, un seul club s'est qualifié après avoir été battu 3-1 à l'extérieur, au match aller: le FC Barcelone en quarts-de-finale face à Chelsea, il y a dix ans (1-3, 5-1 après prolongations). L'OL est en route pour son "exploit", celui qu'il attend depuis toujours.
Comme disait François Mitterrand après avoir vu Valéry Giscard d'Estaing quitter l'Élysée à pied, sous les huées, le 21 mai 1981, "l'Histoire jugera". Et je vais tenir mes promesses. "J'enlève le bas": je vous donne le nom du club qui
Lisez, ou relisez, ma note du 25 février. Tout ce qui suit en découle. Pour ceux qui n'ont pas le temps, je veux bien résumer l'idée. Au niveau des clubs, la Ligue des Champions est l'avant-dernier étage mondial, une scène de très haute altitude, presque un univers en soi: elle relève d'une mécanique systémique. Regardez le Lyon-Bordeaux d'hier soir: cent coudées au-dessus de la même affiche domestique. Un rythme inouï, des occasions à la pelle et la charnière bordelaise bricolée par Laurent Blanc, Ciani-Sané, totalement dépassée par l'événement.
Logiquement, la LDC décline ses finales selon une typologie claire et identifiée. Tous les deux ans depuis la saison 1999-2000, un club inédit se hisse en finale: Valence en 2000, Leverkusen en 2002, Monaco en 2004, Arsenal en 2006, Chelsea en 2008. Pourquoi ne pas remonter plus loin dans le passé d'une épreuve née en 1955? Parce que depuis cette année-là, les huit premiers pays à l'indice de performance UEFA y alignent trois, voire quatre clubs.
Sous le vernis démocratique, l'élite européenne s'est muée en oligarchie, verrouillant le palmarès. Une réalité difficile à admettre autant qu'à contester, renforcée par les mutations législatives (arrêts Bosman et Cotonou), économiques (généralisation du modèle libéral-capitaliste de gouvernance des clubs) et financières (fortes primes de résultats aux participants) du football lors des quinze dernières années.
La dernière édition ayant couronné un "vainqueur inédit", le Borussia Dortmund, date de 1997! Tous les deux ans donc, le club en question s'incline, invariablement. Ce rythme bisannuel n'est probablement que le résultat d'une loi de régularité, dénuée de marqueur génératif. En revanche, à chaque fois que la proportion d'anciens vainqueurs présents en huitièmes de finale (au deuxième tour de poule jusqu'en 2003) est inférieure à 50%, la compétition génère le fameux "finaliste inédit". C'est le cas cette saison. Selon cette hypothèse, Bordeaux (j'ai déjà écrit pourquoi je ne croyais pas à Lyon) ferait un "finaliste inédit" tout à fait acceptable.
Arsenal? Battus par le Barça en 2006 au Stade de France, les Gunners ne sont pas "inédits". Au nom de quoi le club d'Arsène Wenger échapperait-il à une règle fatale à Chelsea au tour précédent, sans parler de la Fiorentina, finaliste en 1957? La modification de 1999 n'a pas révolutionné l'épreuve: elle l'a figée.
Le CSKA Moscou? Aucun club issu de l'ex-URSS n'a jamais atteint la finale de la Coupe/Ligue des Champions. Le fait qu'ils n'aient intégré l'épreuve qu'en 1966 n'est sans doute pas étranger à l'affaire. En outre, le CSKA, vainqueur de la Coupe de l'UEFA en 2005, est l'un de ces nouveaux riches que déteste l'establishment européen. Jusque-là, tous les "finalistes inédits" en question eurent en commun d'avoir joué au moins une finale de Coupe d'Europe avant 1998. Bordeaux est dans ce cas (C3, 1996)... Pas le CSKA. Ni Lyon d'ailleurs.
Une demi-finale Arsenal-CSKA Moscou devient presque inconcevable, statistiquement. Il y a toujours une prime à l'Histoire, vous le savez désormais. Le précédent de 2004 en est la parfaite illustration. Porto-La Corogne et Monaco-Chelsea dans le dernier carré. Le plateau le moins relevé dans l'histoire récente de l'épreuve. Chelsea et La Corogne, les deux clubs novices à ce niveau, éliminés; la finale Porto-Monaco perdue par le club qui découvrait l'évènement.
Il n'y a pas d'équivalent possible en 2010. Ce qui s'en rapprocherait le plus? Une finale Arsenal-Bordeaux, perdue par les Girondins, sur le modèle du Barcelone-Sampdoria de 1992. Encore plus improbable: CSKA-Lyon. Il faut en effet remonter à l'Etoile Rouge - OM de 1991 pour trouver trace d'une finale entre deux "inédits". Mais je m'égare, là, tout ça pour donner du corps à vos contre-arguments. Pour paraphraser Brassens, autant mourir pour ses idées, et le faire de mort lente.
Les douze dernières finales de Ligue des Champions ont été gagnées par un club dont le nom était déjà gravé dans le marbre. Le vainqueur, alors? Le Bayern Munich et Manchester United sont dans la mauvaise partie du tableau: le survivant du duel municho-mancunien (2-1 hier à l'aller pour les Allemands) affrontera Bordeaux (ou Lyon) en demi-finale. Depuis la Juventus de Turin des années 1996-98, celle de Luciano Moggi et du docteur Agricola, aucun club n'a disputé trois finales d'affilée, ce qui exclut Manchester United.
Le Bayern? En cas de duel contre Bordeaux, sachez que les Allemands ne se qualifient jamais face à un club qu'ils ont déjà affronté en poule. Mais il n'y a que deux précédents, et je me garderai bien d'en faire une règle. Face à Lyon, le terrain est statistiquement vierge. Pour l'instant, en attendant le verdict du quart-de-finale entre Français, restons sur l'hypothèse du "finaliste inédit".
En face, il faut choisir entre le FC Barcelone et l'Inter Milan. A priori, le sens de l'Histoire va vers la Catalogne. La dernière victoire de l'Inter date de 1965, du temps de Jaïr, Mazzola, Suarez, Facchetti; du temps d'Helenio Herrera (l'homme sur la photo à droite, plus haut). Le chantre du contropiede, qui détestait qu'on parle de catenaccio à propos de son système de jeu.
Depuis l'origine de la compétition, aucune équipe n'a attendu quarante-cinq ans entre deux victoires (trente-deux pour le Real entre 1966 et 1998), ni même trente-huit, entre deux finales (trente-et-un pour Man. United entre 1968 et 1999). C'est comme si je vous disais que Giscard briguerait l'Élysée en 2012, trente-huit ans après son élection de 1974: vous ne me croiriez pas.
Et depuis la dernière finale intériste, le FC Barcelone en a disputé cinq, pour trois victoires, dont deux lors des quatre dernières saisons (2006, 2009). Lors des vingt dernières années, le Barça a changé de statut, passant de grand club des petites coupes à grand club tout court; l'Inter, lui, a fait le chemin inverse, disputant quatre finales de Coupe de l'UEFA pour trois victoires (record avec la Juventus et Liverpool) entre 1991 et 1998! Mais le double élargissement de la LDC, en 1997 puis 1999, lui a permis d'y reprendre pied. C'est cela, le vrai sens de l'Histoire.
A y regarder de plus près, plusieurs éléments jouent en effet en faveur du deuxième club milanais.
1/Une dynamique nationale exceptionnelle. Amorcée par l'arrivée de Roberto Mancini, en 2004, accélérée par l'"opération pieds propres" de 2006, qui a déclassé la Juventus, elle laisse le club de Massimo Moratti sur quatre scudetti consécutifs, série en cours. Ce genre de cycle dominant (au moins deux, voire trois titres nationaux d'affilée) se double régulièrement d'une victoire en LDC: le Barça, l'AC Milan, l'Ajax, Manchester United (deux fois), le Bayern et le FC Porto en ont apporté la preuve, ces vingt dernières années. Le critère n'est pas nécessaire, mais suffisant.
2/L'inversion de son rapport aux clubs anglais. Élimination en 2008 contre Liverpool, en 2009 contre Manchester United, qualification en 2010 contre Chelsea. Les deux premiers ont déjà gagné la LDC, pas le troisième. Comme Arsenal, adversaire possible en demi-finale. Et l'on sait pourquoi la présence de M.U. en finale est fortement improbable cette année.
3/Le départ de Patrick Vieira. Le capitaine de l'équipe de France est arrivé en 1995 à l'AC Milan, qui restait sur trois finales d'affilée. Le club n'y est retourné qu'en 2003. Vieira jouait alors à Arsenal, qu'il a quitté en 2005 pour la Juventus. Un an plus tard, Arsenal atteignait sa première finale de LDC et la Juventus s'effondrait dans le Moggigate cité plus haut. Le "chat noir" s'est rabattu sur l'Inter, qu'il vient de quitter pour rejoindre Mancini à Manchester City. Pas besoin d'être superstitieux pour y voir un signe...
4/Le syndrome du champion. Depuis le doublé de l'AC Milan en 1989 et 1990, aucun club n'a conservé son titre en C1. Les cycles de récidives se sont raccourcis avec le temps. Cinq titres pour le Real Madrid de 1956 à 1960, deux pour Benfica (61/62) et l'Inter (64/65), trois pour l'Ajax (71/73) et le Bayern (74/76), deux pour Liverpool (77/78), Nottingham Forest (79/80) et enfin le Milan. Étonnant non? La Ligue des Champions, très "oli-oli" (oligarchique-oligopolistique) par nature, n'a fait qu'accentuer la tendance. C'est l'immense défi du Barça: rester couronné en 2010 serait historique, bien plus que d'avoir tout raflé en 2009.
5/L'effet Mourinho. Le Special One est en lutte avec Louis Van Gaal (Bayern) pour intégrer un club très fermé: celui des entraineurs ayant gagné la C1 avec deux clubs différents. Seuls Ernst Happel et Ottmar Hitzfeld en sont membres, pour l'instant. Lire ou relire ma note d'hier.
6/L'"affaire" Eto'o. A l'été 2009, le FC Barcelone, désireux de se renouveler et d'alléger son vestiaire, a échangé le Camerounais et cinquante millions d'euros contre le seul Zlatan Ibrahimovic. Mauvaise pioche? Eto'o a marqué lors des deux dernières finales victorieuses du Barça; il est donc ce qu'on appelle un "attracteur formel". Il fut décisif avec l'Inter contre Chelsea, au tour précédent, et ce n'est pas fini...
7/Le savoir de Javier Zanetti. Le milieu-défenseur argentin n'a connu qu'un seul club en quinze ans de carrière en Europe. L'immense capitaine intériste a ainsi joué près de sept cents matches sous l'élégante tunique nerazzurra. Question expérience, seul "Zio" Bergomi a fait mieux! Pareille fidélité mérite la récompense suprême. Je sais, je ne suis pas objectif, là.
Tout est clair, non? La cathédrale est en place. La somme des statistiques et dynamiques, des signes et effets, des syndromes et symptômes donnerait le scénario suivant: l'Inter éliminera le CSKA Moscou, puis le Barça avant de battre Bordeaux en finale de la 55e ligue des champions, à Madrid, le 22 mai.
Amen.
La mort est toujours au bout du contrat. Et chaque façon de vivre implique sa propre façon de mourir. Yann L. avait choisi de vivre pour et par le Paris Saint-Germain. De façon radicale, comme la mouvance ultra à laquelle il appartenait. Le 28 février, en marge du dernier PSG-OM, cet homme de 38 ans fut passé à tabac par d’autres supporters du Paris Saint-Germain. Boulogne assassiné par Auteuil. Version moderne du mythe de Cain et Abel. Yann L. est mort la nuit dernière dans sa chambre de l’hopital Beaujon, à Clichy (92), moins d’une heure après la qualification de Barcelone et Bordeaux pour les quarts de finale de la Ligue des Champions.
Concernant les clés du match, je vous la fait courte :
Concentrons-nous sur Manchester United. J’ai du respect pour l’œuvre considérable de Sir Alex Ferguson. Cet homme a tout gagné, regagné, gravi tous les sommets, à tous les niveaux. Trente-six trophées à lui seul ! Un championnat du monde des clubs, une coupe intercontinentale ; deux Ligues des Champions, deux Coupes des Coupes, deux Supercoupes d’Europe ; onze championnats, cinq coupes et quatre coupes de la Ligue en Angleterre ; trois championnats, quatre Coupes et une coupe de la Ligue en Écosse. Et je ne cite pas ici les accessoires Community Shields.
Un
Mais il est ailleurs, le plus grand exploit de l’histoire du football anglais évoqué au début de cette note. Sir Alex, dans sa vingt-quatrième saison à la tête des Red Devils, peut être le premier manager, en cent-vingt deux ans d’histoire, à conduire son club à quatre titres consécutifs de champion d’Angleterre. Dans le plus vieux, le plus concurrentiel des championnats du monde, jamais une équipe n’a réussi la passe de quatre ! Ni Huddersfield Town (1924-26), ni Arsenal (1933-35), ni Liverpool (1982-84), ni… Manchester United (1999-2001).
Comment qualifier la performance de Lyon, hier soir au stade Santiago Bernabeu ? Belle performance, indéniablement. Exploit ? En aucun cas. Les statistiques européennes le disaient : un club ayant gagné 1-0 le match aller à domicile avait 58% de chances de se qualifier au retour.
Hier soir encore, je regardais Bordeaux-Montpellier sur Canal Plus. Un match étrange et inégal, sauvé par les pénalties montpelliérains et la bourde finale de Cédric Carrasso. Mais ce fut le match de l’année en L1, bien avant le délirant Lyon-OM (5-5) du 8 novembre dernier. Et Dugarry s’est surpassé.
Je me souviens d’un Pays-Bas - Italie en demi-finale de l’Euro 2000, à l’Arena d’Amsterdam. Un match au déroulement inouï. Dès la 34e minute, après le second carton jaune reçu par Zambrotta, l’Italie joue à dix. 39e : pénalty pour les Pays-Bas, échec de Frank De Boer. 62e : deuxième pénalty pour les Oranje, échec de Kluivert. 0-0 après prolongations, tirs-aux-buts. Trois des quatre tireurs néerlandais échouent : De Boer encore, Stam et Bosvelt. Suicide à domicile d’une nation européenne. L’Italie en finale.
Le « Montpellier Hérault Sport Club », son nom depuis 1989, est le prolongement du « Montpellier La Paillade » repris par Louis Nicollin le 5 novembre 1974. La version officielle, dont témoigne le blason du MHSC comme
Ce n’était alors qu’une vision minoritaire. Trois mois et une pathétique défaite (0-2) face à l’Espagne plus tard, l’Equipe posait hier la question à ses lecteurs : « les Bleus franchiront-ils le premier tour du Mondial ? » Réponse : Non, à 54%…
L’ère Kopa. Demi-finale à la Coupe du monde 1958, idem à l’Euro 1960.
Et si l’on retient comme indépassable l’hypothèse du génie français, le seul acteur susceptible d’incarner le rôle principal est aujourd’hui Yoann Gourcuff. Mercredi soir, dans la superbe toile collective tissée (ou peinte, c’est selon) par l’Espagne, il n’y avait que lui. Lui seul a tenté de donner un sens général au jeu français. Gourcuff a beaucoup tenté, peu réussi, il est vrai.
« Gare au coup de corne » : ainsi titrait l’Equipe, à l’aube d’un France – Espagne surexcitant qui donne le vrai coup d’envoi de la campagne pré-coupe du monde. Gare, oui, tant les Espagnols sont favoris. Du match, du Mondial, comme des Coupes d’Europe en cours. Favoris de tout, quoi.
Leçon 2. Le football n’est ni un sport, ni un jeu. C’est un prétexte pour nourrir un show global à flux tendu : l’écume du temps, le buzz autrement dit. La mise en scène de ce Chelsea – Manchester City fut entièrement tournée vers le duel entre le John Terry et Wayne Bridge. Vous connaissez les faits, révélés un mois plus tôt : le capitaine de Chelsea a trompé sa femme avec l’ex-petite amie de Bridge. La simple affaire de cornecul est devenu le « Terrygate ». Samedi, les joueurs de City ont littéralement fait corps autour de Wayne Bridge. A commencer par Carlos Tevez, qui y a trouvé matière à se décharger de ses propres troubles émotionnels nés de la naissance prématurée de sa fille. Bridge refusant la main tendue de Terry lors de la présentation des équipe ; une erreur de Terry provoquant l’égalisation de City ; Tevez défiant physiquement Terry en deuxième mi-temps, les deux hommes torse contre torse… Bon match, à part ça.
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