D'Arsenal - OM, ce soir (Canal+, 20h45), d'Inter Milan - Lille et Lyon - Real Madrid, demain, jaillira donc l'esquisse d'une vérité. D'une double vérité, pour être précis. Y aura-t-il, pour la première fois, trois clubs français en huitièmes de finales de l'épreuve, à la fin de l'hiver? Au-delà de ça, les invités du Top 16 sont-ils connus d'avance? C'est une thématique essentielle pour l'avenir du football européen, l'une des problématiques de prédilection de la Footballogie, dont je débattrai aux Spécimens (mercredi 19h40, Canal Plus Sport) autour de l'impeccable Messaoud Benterki.
Le football d'élite n'est pas un jeu de hasard. Commençons par la fin. Il y a deux mois, Jorge Valdano, coéquipier de Diego Maradona au sein de l'Argentine championne du monde 1986, ancien joueur, entraineur et directeur sportif du Real Madrid, jetait un pavé dans la mare en évoquant l'hypothèse d'une superligue européenne. Cette fameuse "ligue fermée", plus ou moins calquée sur le modèle de la NBA, à laquelle se joindraient le Real et le Barça, trop à l'étroit dans une Liga espagnole qu'ils écrasent sous le triple poids de leur talent, de leur puissance, de leur histoire.
En réalité, un prototype de Ligue fermée existe déjà: c'est la Ligue des Champions. Sous sa forme actuelle (une phase de poules à trente-deux clubs répartis en huit groupes de quatre, dont les seize meilleurs sont directement qualifiés pour un tableau final à élimination directe), la compétition vit cette saison sa neuvième édition. Qu'elle n'ait connu que six vainqueurs _le FC Barcelone en 2006, 2009 et 2011, le FC Porto en 2004, le FC Liverpool en 2005, l'AC Milan en 2007, Manchester United en 2008 et l'Inter en 2010_ n'est qu'un indice donné sur la route de son exclusivité.
La réalité est en effet bien plus édifiante. Malgré les artifices réglementaires dont l'Uefa est coutumière, la Ligue des Champions appartient aujourd'hui à un noyau dur de dix clubs, dont la somme des puissances est bien supérieure à la volonté politique des instances fédérale d'en contrebalancer le pouvoir.
Par ordre décroissant de performance (moyenne de points marqués par match disputés en phase de poules), ce Super 10 se compose comme suit: Chelsea, Barça, Real, Arsenal, M.U., Bayern, Lyon, Inter, Milan et Porto. Point commun: avoir participé à au moins huit des neuf dernières phases de poules, toujours depuis 2003-2004.
La mainmise des Oligarques sur le football européen est à tous égards considérable. A eux dix, ils ont conquis 77% des championnats nationaux dont ils sont issus; leur taux de participation à la phase de poules de la C1 est de 96%, idem quant à leur taux de qualification pour le tableau final. Cette saison, la moyenne de points du Super 10 après trois matches de poules est déjà de 6,3; une score remarquable puisque le Milan et le Barça d'une part, Lyon et le Real de l'autre, sont tombés dans le même groupe.
Un autre chiffre est particulièrement remarquable: entre 2003 et 2011, ces dix clubs ont conquis 57% des places disponibles en huitièmes de finale de l'épreuve! Et plus le niveau monte, plus leur domination s'accroît: 64% de taux de présence en quarts-de-finales, 75% en demi-finales, 81% en finale et pour finir, 88% des vainqueurs... A cela, rien d'illogique: depuis la saison 1997-1998 et l'ouverture de l'antique Coupe d'Europe des Clubs Champions au vice-champion, puis au troisième, voire au quatrième des championnats majeurs du continent, une seule victoire finale leur a échappé...
La première conclusion à tirer de l'affaire est simple: ce sont les clubs en question qui ont promulgué cette Loi de Puissance, et non une quelconque instance bureaucratique. C'est bien sûr une question d'argent: Porto excepté, tous figurent au Top 14 des clubs les plus riches d'Europe, selon le classement 2010 de la Moneyleague publié par le cabinet Deloitte et Touche. Mais l'économie, en la matière, est plus un effet qu'une cause. La cause, il faut la chercher dans l'histoire et la capacité d'une entité à s'adapter aux vents du changements.
En vérité, le Super 10 ne tardera guère à repousser ses limites, numériques et géographiques. Les clubs qui le composent voyagent déjà deux fois par an: l'été, pour de lucratives répétitions aux États-Unis ou en Asie du Sud-Est, cruciaux gisements marketing pour leurs actionnaires; l'hiver, quand son représentant se déplace au Japon ou dans le Golfe Persique pour un Mondial des Clubs dont on ne se rend pas compte à quel point il préfigure les prochaines décennies.
Un jour, Real et Barça en tête, l'élite européenne se fondra dans un véritable circuit mondial, à la manière du tennis ou des sports mécaniques. Le terme est encore flou mais le mouvement, inexorable, parce que l'argent est l'énergie première, le nerf de la guerre, et que les réserves énergétiques dorment dans les sous-sols des BRIC bien plus que dans le système bancaire malmené de la zone euro.
Dix clubs, c'est peu. D'autre clubs, légitimes car s'appuyant sur le tripode palmarès / soutien populaire / puissance financière, prétendront rejoindre ce cercle: j'ai nommé Schalke 04, Hambourg ou Dortmund, Manchester City, Liverpool ou Tottenham, la Juventus, la Roma ou le Napoli. Et bien sûr, côté français, le PSG.
Le président napolitain, le producteur cinématographique italien Aurelio De Laurentiis, est d'ailleurs l'un des inspirateurs, avec Karl-Heinz Rummenigge (Bayern) et Jean-Michel Aulas (Lyon) d'un projet révolutionnaire. Il s'agit d'un véritable championnat d'Europe comportant quatre clubs de chacun des cinq championnats majeurs, au sens financier du terme, d'Europe occidentale: Allemagne, Angleterre, France, Italie et Espagne.
Quid des autres pays? Russie, Ukraine, Portugal, Pays-Bas, Ecosse? Le Zenit Saint-Pétersbourg, le CSKA Moscou, le Chakhtior Donetsk, le Dynamo Kiev, Porto, Benfica, l'Ajax, le PSV Eindhoven et le couple de Glasgow, Celtic-Rangers, qui cumulent 21 Coupes d'Europe (14% des trophées distribués depuis 1956!), n'usurperaient pas leur place dans une telle compétition.
C'est là que la vision, ou l'absence de vision de l'Uefa, avant et depuis l'accession au pouvoir de Michel Platini, devient préoccupante. Sa réponse, pour limiter l'effet de levier oligarchique, s'est pour l'heure limitée à la réforme des barrages d'accession à la Ligue des Champions. Ce qui peut aussi se lire comme un renvoi d'ascenseur politique (les pays d'Europe centrale et orientale sont les principaux soutiens électoraux de Platini) a débouché sur un fiasco sportif sans précédent. Le bilan de ses bénéficiaires se passe de commentaire: 4% de victoires pour 76% de défaites en phase de poule et zéro qualification pour les huitièmes de finales, depuis 2009!
Pendant ce temps, certains des monuments historiques cités plus haut tentent de maintenir leur rang dans un contexte trop concurrentiel, ou plus du tout, essaient de survivre au plus haut niveau, voire à l'absence de haut niveau. Entre Dortmund ou Debrecen, Zilina ou l'OM, Zagreb ou l'Ajax, j'ai choisi mon camp. Que l'Uefa n'ait pas saisi que la préservation de son propre patrimoine est la seule politique possible ne me consterne pas, cela me scandalise.
Demain en revanche, il y a des coups à prendre pour Lille à Giuseppe Meazza: une défaite du LOSC sur le terrain de l'Inter serait quasiment éliminatoire. Déclassement garanti. Demain enfin, il n'y a rien à craindre pour Lyon à domicile, même face à un Real régénéré par José Mourinho, alias "Docteur C1": même en cas de défaite, il suffirait aux Lyonnais de gagner leurs deux derniers matches pour assurer leur neuvième qualification d'affilée aux huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Seul Arsenal, le Real et Chelsea pourraient en dire autant.
Quelle place pour les Français dans une Europe fermée? Je crois avoir donné de vraies réponses: modeste et honorifique. Pour l'instant, Lyon occupe un strapontin dans le gouvernement économique, Platini inaugure les Chrysanthèmes façon IVe République. C'est peu dire que je ne m'en satisfait guère. Les solutions, néanmoins, existent. C'est juste une question de volonté. J'y reviendrai.
A suivre...
"Ligue des champions", vraiment ? Une solution serait de ne qualifier à nouveau que les champions nationaux et non jusqu'au 5ème.
Cela permettrait d'éviter une rente de situation pour les clubs, comme Lyon, qui en dépit d'une absence de titre depuis 3 ans sont encore présents en LDC (avec quelle légitimité?), remotiver les "petits pays" (la coupe de France offre des surprises, pourquoi pas la LDC?) et de redonner du lustre à l'Europa League.
Cher Garetier
Je me permets de retranscrire ici un billet écrit en réponse à un article rédigé par Bruno Roger Petit. Je partage les mêmes convictions que vous : l'évolution du football européen de club prend un tour scandaleux et inacceptable mais pas inéluctable parce que la puissance idéologique qui sied à tout pouvoir est facétieuse ...
"Le processus de mondialisation économique du
football touche pour l'heure la propriété des clubs. La logique voudrait que demain nous soyons confronté à une délocalisation de la Ligue des champions puisqu'il y aurait des profits formidables à faire en organisant une ligue mondiale des champions sur le modèle de la formule 1 . Sauf que , sauf que ...la thèse que vous défendez s'appuie sur l'idée que la mondialisation économique en cours est un processus irréversible pour le football et tous les autres secteurs de la société. Pour ma part je ne suis pas sûr que les peuples , les nations européennes et des autres continents acceptent passivement et servilement cette évolution.
Le football est universel parce qu'il permet l'expression et la rencontre des identités locales , nationales et continentales. Si la mondialisation capitaliste conduit à transformer le football en produit de consommation universel tout en se détournant des fondamentaux de son expression universelle , le football finira peut-être par perdre totalement son statut de sport majeur sur la planète.
Aujourd'hui nous sommes dans la phase du football dans la mondialisation néolibérale. Cette phase est critique parce que les clubs les plus riches ( de plus en plus endettés )sont condamnés à faire appel à des fonds souverains ou et à des fonds spéculatifs internationaux pour éviter la récession et la faillite . Cette fuite en avant suscite déjà des campagnes d'indignation (EX : les supporters de Manchester réticents pour contribuer à la rentabilisation des fonds de placement ) et des projets alternatifs ( EX du FC United à Manchester ) . Crise aidant , il est donc possible que nous assistions demain à la phase bien moins prévisible du football dans la dé-mondialisation . Les prémisses de cette évolution sont déjà présentes dans le football et ailleurs ..."
je soutient un super championnat d europe des clubs avec 3 divisions des groupes A B C DE 20 OU 22 CLUBS ET AUSSI AVEC RELEGABLE ET PROMU MAIS SEULEMENT EUROPE OCCIDENDALE
Et t'en fais quoi des grands clubs de l'est qui historiquement ont gagné plus en europe que les clubs français ?