Or, Zidane est de retour. Le Ballon d'Or 1998 est sorti de sa retraite hier à Kiev, pour le tirage au sort de l'Euro 2012 (8 juin au premier juillet en Pologne et Ukraine). Alors qu'un "groupe de la mort" était unanimement promis aux Bleus, la main de leur guide suprême des années 1994-2006 leur a offert la meilleure destination théorique possible: le groupe D, celui de l'Ukraine, coorganisateur, de la Suède et de l'Angleterre. Un groupe qui rappelle étrangement le groupe 1 de l'Euro 1992 (Suède, France et Angleterre, déjà, avec le Danemark, futur vainqueur, en lieu et place de l'Ukraine).
Le 11 juin, dans la très futuriste Donbass Arena de Donetsk (50149 places), l'antre habituelle du Chakhtior, l'équipe de France entrera en scène à (18 heures) face à l'Angleterre; rebelote le 15 juin (même lieu, 20h45 cette fois), face à l'Ukraine. Le 19 juin enfin (20h45), la qualification pour les quarts-de-finale devrait se sceller face à la
Avec ou sans homme providentiel, le Footballogue est optimiste. Bien plus qu'avant le Mondial 2010, ou l'échec français au premier tour lui était apparu évident dès le tirage au sort. L'utilisation des Footballogics, outils fondamentaux du système analytique d'avant-garde qu'est la Footballogie, donne déjà, groupe par groupe, une vue assez claire de la situation. En exclusivité et avec plus de six mois d'avance, voici mon analyse sur celle des Bleus, laquelle est donc assez flatteuse.
L’Ukraine dirigée par Oleg Blokhine, Ballon d'Or 1975, possède, dit-on, l'avantage théorique de jouer à domicile. Un avantage très relatif, néanmoins. Pour la victoire finale, oublions-les. Depuis l'origine de l'épreuve (1960), seules trois nations se sont imposées à domicile: l'Espagne (1964), l'Italie (1968) et la France (1984). Depuis l'instauration d'un tournoi final à seize équipes (1996), un seul organisateur a atteint la finale: le Portugal, en 2004. L'année même où le meilleur joueur ukrainien de tous les temps, Andreï Chevtchenko (105 sélections 46 buts), fut sacré Ballon d'Or, sous les couleurs de l'AC Milan... A 35 ans, toujours troisième sur le podium des meilleurs buteurs de l'histoire de la Ligue des Champions (59), "Cheva" est "de l'autre côté de la colline", et n'a toujours pas été remplacé...
Pour épuiser le florilège des handicaps ukrainiens, rares sont les nations capables de s'extirper de la phase de groupe à leur première participation: le Portugal en 1984, la Suède en 1992 (organisatrice). Depuis l'extension du tournoi à seize équipes, rien. Suisse, Bulgarie et Turquie en 1996, Norvège et Slovénie en 2000, Lettonie en 2004, Pologne et Autriche en 2008? Circulez! L'ascenseur social ne prend plus de passagers. Pour la première fois de l'histoire de l'Euro, la phase de qualification n'a promu aucune nation inédite!
J'entends d'ici protester les érudits. Et la Croatie, quart-de-finaliste en 1996? A mes yeux perçants de Footballogue, l'exception croate doit-elle être vue comme survivance de la splendeur yougoslave (double finaliste en 1960 et 1968), plutôt qu'en bénéficiaire des œuvres de charité de l'Eurocratie au pouvoir. La preuve: la Croatie s'est par la suite qualifiée pour les Euros 2004, 2008 et 2012. Lors de son seul raté, en 2000, elle fut remplacée par un duo Yougoslavie (réduite au duo Serbie-Monténégro) et Slovénie. Ce fut la seule année qu'une ex-république yougoslave autre que la Croatie ne réussit à se hisser en phase finale de l'Euro. CQFD.
Conclusion? Exit l'Ukraine, donc.
L'Angleterre est, jusqu'à nouvel ordre, l'homme malade de l'Euro. Des cinq nations européennes ayant remporté au moins un titre mondial, Albion est la seule à n'avoir jamais porté la couronne européenne, ni même atteint une seule finale continentale! Son plafond: demi-finaliste en 1968, en Italie, puis en 1996, à domicile. A signaler encore, au rayon "satisfactions", un rare quart-de-finale en 2004. Pour combien de désillusions! Quatre éliminations au premier tour en 1980, 1988, 1992 et 2000, cinq non-qualifications en 1964, 1972, 1976, 1984 et 2008 (comme à leur habitude, les Anglais s'étaient abstenus pour l'édition originelle, en 1960).
Leurs tares sont notoires. Un: sur-sollicités, leurs meilleurs joueurs sortent rincés de la saison de clubs. Deux: la Premier League est boostée par une escouade de talents exogènes, qui forme pour la main d’œuvre locale une rude concurrence. De fait, l'équipe d'Angleterre est loin d'être composée des meilleurs joueurs de Premier League. Trois: l'hygiène de vie des joueurs autochtones laisse toujours à désirer, hors d'Arsenal.
L'on objectera volontiers qu'en Fabio Capello, les Three Lions tiennent enfin un sélectionneur de haut vol, le meilleur sans doute depuis Glenn Hoddle (1996-1999). Le palmarès de l'ancien milieu international italien est prodigieux. Mais en sélection, il n'a jusqu'alors disputé qu'un tournoi, le Mondial 2010, avec la réussite que l'on sait: une défaite 1-4 en huitièmes de finale face à l'Allemagne. Ok, les Anglais ne tomberont pas toujours sur un arbitre aveugle.
Mais... Il y a un "mais", en effet, et même plusieurs. Un: en phase de poules de l'Euro, ils n'ont jamais battu ni la France (0-0 en 1992, 1-2 en 2004), ni la Suède (1-2 en 1992). Deux: la surreprésentation des anciens Champions d'Europe à l'Euro 2012 (neuf sur neuf!) en fait le maillon faible de ce que je nommais naguère, dans un ouvrage fondateur de la Footballogie (Euro 2008, C'est joué d'avance), la "classe dirigeante", les Oligarques comme on dit de nos jours. Trois: le meilleur joueur Anglais, la star de Manchester United, Wayne Rooney (73 sélections, 28 buts), ne jouera pas le premier tour, au moins le premier matche contre la France. Rooney qui, à 18 ans, pour sa première compétition internationale, irradia de sa classe le premier tour de l'Euro 2004 (deux doublés contre la Suisse et la Croatie). Sa blessure, à la 27e minute du quart-de-finale Angleterre-Portugal, fut fatale aux Anglais, éliminés aux tirs-aux-buts...
Conclusion? Je ne crois pas en l'Angleterre.
Anglais et Ukrainiens disparus prématurément, la plus élémentaire des déductions propulse donc la France et la Suède en quarts-de-finales de l'Euro 2012. Je consens toutefois, parce que c'est vous, à vous livrer quelques faits objectifs plaidant en faveur de cette hypothèse.
La Suède, depuis qu'elle a intégré la zone Euro (1992 en tant qu'organisateur, 2000 en tant que membre permanent), est devenue un membre émérite de la classe moyenne de l'épreuve, juste sous les Eurocrates. Qualifiée au titre du meilleur deuxième pour l'Euro 2012, elle s'extrait des poules dans une proportion de 50%, selon un rythme régulier: demi-finaliste en 1992, premier tour en 2000, quart-de-finale en 2004, premier tour en 2008. Ainsi, 2012
Un élément propre au corpus des Sciences Humaines vient à mon sens crédibiliser pareil scénario: la proximité géo-historique des Suédois avec l'espace-temps ukraino-polonais. Géographiquement, seule la mer Baltique sépare en effet la Suède de la Pologne. Historiquement
En réalité, il est possible de considérer la Suède comme l'organisateur caché de l'Euro 2012, à la manière des Pays-Bas en Afrique du Sud, en 2010. Cela peut sembler absurde, mais ce type de racines est souvent décisif dans le football de ce niveau.
Conclusion? Votez pour la Suède.
La France, enfin, fait partie du noyau dur de l'Eurocratie, le G7: les sept nations s'étant toujours qualifiées pour la compétition depuis 1996. Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas, Tchéquie, France donc (tous anciens vainqueurs) et Portugal (ancien finaliste). Il ne vous a pas échappé qu'en dépit de petites difficultés conjoncturelles pour trois de ses membres (France menacée par la Bosnie, Portugal et Tchéquie qualifiés en barrages), le G7 sera au complet au banquet ukraino-polonais, en juin.
N'oublions pas que les groupes A (Pologne, Russie, Grèce et Tchéquie) et B (Pays-Bas, Allemagne, Portugal, Danemark) sont stricto sensu des "groupes de la mort", à savoir comportant au moins trois anciens vainqueurs. Et dans ce cas, les deux qualifiés sont systématiquement deux anciens vainqueurs (100%, sur cinq précédents depuis 1988). Cela fait donc quatre qualifiés d'office, footballogiquement parlant.
L'existence de deux "groupes de la mort" influe logiquement sur la proportion théorique d'anciens vainqueurs qualifiables pour les quarts-de-finale. Sept, au maximum, avec tous les anciens vainqueurs présents. Réminiscence de l'Euro 2004: un maximum d'anciens vainqueurs (huit sur huit à l'époque), sept quarts-de-finaliste possible, quatre à l'arrivée. Le groupe A avait en effet recalé ses deux anciens vainqueurs (Espagne et Russie) au bénéfice du Portugal et de la Grèce, les deux futurs finalistes! Un cas de figure exceptionnel. Lors de toutes les autres éditions depuis 1980, il y a toujours eu au moins un ancien champion qualifié dans un groupe à deux (trois sur six précédents, soit 50% des cas), voire les deux (deux sur six, soit 33,3%). Dès lors, la probabilité de voir l'Espagne et l'Italie rester ensemble sur le carreau dans le groupe C est assez réduite (16,7%). Mais dans un Euro à seize, le tenant du titre n'a jamais réussi à intégrer le dernier carré de l'édition suivante, et n'est sorti des poules qu'une fois sur trois (la France en 2004)!
L'hypothèse de voir l'omnipotente Espagne échouer dès le premier tour n'est pas si farfelue qu'il n'y parait. Ce qui laisse, proportionnellement, et toujours selon une lecture systémique de la compétition, une chance raisonnable, plus d'une sur deux, de voir la France se qualifier pour les quarts.
Sachant que l'Ukraine est éliminée d'avance et l'Angleterre mal à l'aise sur le continent, un glissement sémantique du "raisonnable" au "probable" peut survenir, dans les mois à venir.
Conclusion? Faites ce que vous voulez mais pour ma part, au printemps, je sens que je vais voter Blanc.
Vive Kiev, vive la République, et vive la France...
Excellente analyse ! Comme d'habitude.
Je profite de ce billet pour vous poser une question qui n'a rien à voir.
Qu'avez-vous pensé (si vous l'avez vu) du film le stratège, avec Brad Pitt qui décrit une nouvelle approche du base ball basée sur des statistiques ?
@Cap' Cav'
Je trouve que le Stratège raconte une bonne histoire, et morale avec ça: parfois, dans le sport d'élite, le manque d'argent peut être un avantage, tant qu'il stimule l'ingéniosité et la recherche de solutions alternatives.
Les statistiques sont un langage, qu'il faut savoir traduire. Ceux qui y parviennent prennent alors un avantage souvent décisif sur les autres: regardez Montpellier cette saison!
Bien à vous
GG
C'est intéressant...c'est marrant votre footballogie. Mais, vous en conviendrez, on est loin de la science exacte ! Vive la glorieuse incertitude du sport (!) et les exceptions qui confirment la règle.
Pour le reste, oui, bravo à Montpellier...mais votre science nous a (malheureusement !) prédit le titre pour le PSG, si je ne m'abuse...
Si on suit cette logique, pourquoi la Grèce a-t-elle gagné l'Euro portugais?
On fait ce qu'on veut aux statistiques, quand elles sont manipulées n'importe comment. Ce qui est le cas ici.
Alors, ne partons pas qualifiés parce que ça devrait être le cas. L'EdF doit progresser, et nous, les supporter. Pour la suite, attendons le début de la compétition.
Et tant qu'à éliminer l'Angleterre, pourquoi ne pas évoquer le cas Rooney, probablement absent des poules et si importants pour nos voisins d'Outre-Manche?
@Olive
Personne n'a parlé de science exacte, mais plutôt de parti-pris. Je propose une vision alternative du foot, après chacun adhère ou pas. Sans liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur, comme disait l'autre... Relisez mes posts sur la Ligue 1, vous ne trouverez nulle part ce type d'analyse!
Quant au PSG, la saison est encore longue, le modèle du club est en gestation avec des résistances qui ne sont pas sans m'évoquer les lignes de fracture de la société française. Je crois qu'on n'a encore rien vu :-)
Amicalement
GG
@Plopiii
Vous avez raison, l'absence de Rooney ne plaide pas en faveur des Anglais et donc va dans le sens du scénario que j'expose!
Après, je ne suis pas certain que vous ayez bien saisi l'esprit du blog. Pour ma part, je ne suis pas supporter, ce qui me rend parfois insupportable; je l'accepte.
J'ai mon noyau dur de fans, des gens que ma démarche intéresse voire passionne; à l'autre bout du spectre, mes détracteurs se font forts de pointer les limites de mes analyses. Ils ont raison, il m'arrive de me tromper!
Mais ce n'est pas ça l'enjeu. Je tâche de montrer une voie, à vous de la trouver... Ou pas. Je respecte tous les points de vue, tous porteurs d'une part de vérité.
Et en ce qui me concerne, je ne juge jamais :-)
Bien à vous
GG
mon très cher geof
tu vas vraiment de plus en plus loin dans tes théories.
J’espère que ta vision sera la bonne et que pourquoi pas la France nous réservera une bonne surprise ce qui me semble pour ma part improbable
tant les bleus pourtant chers a notre cœur manquent de beaucoup trop d'arguments pour prétendre atteindre plus que les quart de finale( objectif avoué de L.B),j’espère me tromper bien évidement mais je crois plutôt en une victoire allemande,cette équipe réussie plutôt pas mal à l'euro,non?? pas besoin d’être devin!!!
ton pote L.