Archives avril 2012

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(Ndlr: version actualisée de ma note du 27 avril 2012)

Ce qui ne tue pas rend plus fort. Blessé au tendon d'Achille lors de la 33e journée de Ligue 1, Éden Hazard a joué hier son cent-deuxième match d'affilée en L1. Dans le crunch de la 34e journée, le LOSC a battu le PSG (2-1) et comme chaque week-end ou presque depuis des semaines, Hazard a marqué les esprits: un but (sur pénalty), son 17e de la saison, et une passe plus que décisive, un coup du foulard précurseur du but de Nolan Roux, celui de la victoire lilloise.

Eden Hazard n'ira pas au-delà de cent-six matches d'affilée en L1. Selon nos informations, celui qui reste, avec Zinédine Zidane, le seul homme sacré meilleur espoir de L1 (2009 et 2010) puis meilleur joueur (2011) lors de la cérémonie annuelle des trophées UNFP, va quitter la France. Direction Manchester.

Ce départ, dévoilé dès le 29 janvier dernier, sur le plateau du Canal Football Club, par Éden Hazard lui-même, se résume aujourd'hui à un derby de Manchester. Déjà en lutte pour le titre de Champion d'Angleterre, les deux clubs mancuniens occupent en effet la première ligne sur le dossier. City est en pole, United juste derrière. patrick_vieira_03_29042012.jpgLa présence conjointe dans les tribunes du Stadium Nord, hier soir, de Patrick Vieira, l'ambassadeur des Citizens, et de Martin Ferguson, frère de Sir Alex et lui-même chef de la cellule recrutement des "Red Devils", en fut la preuve éclatante.

Dans un premier temps, c'est le club londonien de Tottenham semblait tenir la corde, porté par une dynamique sportive favorable. Trois mois plus tard, la donne a radicalement changé. Les Spurs ne sont plus sûrs de se qualifier pour la prochaine Ligue des Champions. Éden Hazard, qui a découvert cette année la compétition phare du football mondial de clubs, tient absolument à la disputer à nouveau.

Vient ensuite l'argument financier. Éden Hazard, auteur d'un but et deux passes décisives le 18 mars lors d'un Lille - Valenciennes (4-0) auquel assistait le manager de City, Roberto Mancini, aux côtés de l'agent du joueur John Biko, prétendrait à un salaire net annuel de 5 millions d'euros minimum. Des quatre clubs anglais susceptibles de jouer la compétition, ni Newcastle, qui possède en Hatem Ben Arfa un joueur au profil similaire, ni Arsenal ne veulent, ou peuvent, s'aligner sur pareilles exigences.

Du côté de Manchester United, qui disputera lundi soir sur le terrain du rival "Citizen" le titre de Champion d'Angleterre 2012, Alex Ferguson ne cache pas l'intérêt qu'il porte au jeune prodige belge. "Man U", l'un des quatre clubs les plus riches du monde, jouit aussi d'un prestige et d'un palmarès bien supérieurs à celui de son voisin de City. Choisir les Red Devils serait l'occasion de se glisser dans une lignée de joueurs légendaires (Best, Robson, Cantona, Beckham, Ronaldo), tous porteurs du mythique n°7 dont Éden Hazard serait dès lors l'héritier.

Sauf que la politique salariale en vigueur chez les Red Devils n'est pas celle du chèque en blanc. On voit d'abord, puis on paye. Recruté à l'âge de 18 ans, un joueur comme Wayne Rooney, par exemple, dut attendre sa huitième année de contrat et un long bras de fer avec ses dirigeants pour y décrocher le jackpot.
   
A l'inverse, choisir Manchester City, depuis sa reprise en 2008 par des capitaux d'Abou Dhabi, c'est (encore) la certitude de toucher le gros lot d'emblée. Même si l'effectif des Citizens au poste de Hazard est étoffé (l'Espagnol David Silva, le Français Samir Nasri), le Belge y aurait l'occasion de s'y faire une place d'autant plus aisément que les propriétaires du club s'apprêtent à lancer une nouvelle offensive sur le marché des transferts dans le but de gagner la prochaine Ligue des Champions.

A 40 millions, montant de sa clause de départ du LOSC, obtenir le transfert de celui qui est l'actuel meilleur passeur et deuxième meilleur buteur de L1 cette saison, est presque un jeu d'enfant. A ce niveau, rares sont les clubs (Chelsea, Real Madrid) capables de rivaliser.

Dans la tête du joueur, dès lors, le choix de Manchester City est fait. Il l'a confié, selon nos sources, à l'un de ses anciens équipiers en marge de la défaite du LOSC à Brest, le 7 avril (1-3).

Si l'affaire n'est pas encore bouclée, le président lillois Michel Seydoux, y verrait un triple intérêt. Un: équilibrer les comptes du LOSC en vendant au prix fort un pur enfant du club, couvé depuis l'âge de 14 ans. Deux: lancer une grande campagne de recrutement pour le remplacer et ainsi, d'abonnements pour remplir le Grand Stade de Lille et ses cinquante mille places, qui sera enfin en service à l'été 2012. Trois: attirer de nouveau investisseurs au sein du capital du LOSC, et vendre tout ou partie de ses parts après dix ans de présidence.

On appelle ça un faisceau de convergences. Resterait, une fois le dossier signé, à en convaincre ses futurs équipiers, dont son partenaire en sélection belge Vincent Kompany, de sa pertinence, ainsi que les supporters des Sky Blues qui voient déjà, en Éden Hazard, un mercenaire de plus. Mais c'est une autre histoire...
 
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Ce qui ne tue pas rend plus fort. Blessé au tendon d'Achille lors de la victoire de Lille à Dijon (2-0), lors de la 33e journée de Ligue 1, suite à une agression du défenseur dijonnais Kumordzi, le meneur de jeu lillois Éden Hazard devrait de fait jouer son cent-deuxième match d'affilée en L1, dimanche soir (21 heures) dans le match au sommet de la 34e journée: LOSC - PSG, presque une finale dans la course au titre de champion de France 2012.

102: c'est le record du moment. Il faut le savourer, car la fin de série est proche: cent-six matches, celle de la fin de saison de L1, en sera la limite. Selon nos informations, celui qui reste, avec Zinédine Zidane, le seul joueur à avoir été sacré meilleur espoir de L1 (2009 et 2010) puis meilleur joueur (2011) lors de la cérémonie annuelle des trophées UNFP (et unique joueur de champ honoré trois années d'affilée), va quitter la France. Direction probable: Manchester City.

Ce départ n'est certes pas un secret. Le 29 janvier dernier, sur le plateau du Canal Football Club, Éden Hazard lui-même avait dévoilé l'information, révélant au passage son futur pays d'accueil: "Je me dirige vers l'Angleterre. C'est un style de jeu qui me convient, c'est là qu'on peut apprendre le plus." On peut le déplorer mais lorsqu'un de ses talents repose sur les trois colonnes fondamentales (statistiques, reconnaissance, potentiel), la Ligue 1 est rarement en position de s'aligner et l'Angleterre, souvent une terre d'accueil. Dans un passé récent, tel fut le cas de Didier Drogba (2004), Michael Essien (2005), Florent Malouda (2007), tous trois partis pour Chelsea.

Concernant la destination finale, en revanche, Manchester City n'a pas toujours été en pole. Dans un premier temps, le club londonien de Tottenham semblait tenir la corde, porté par une dynamique sportive favorable. Trois mois plus tard, la donne a radicalement changé. Les Spurs ont plongé au classement de la Premier League, sortant de la zone qualificative pour la prochaine Ligue des Champions. Éden Hazard, qui a découvert cette année la compétition phare du football mondial de clubs, tient absolument à la disputer à nouveau.

Vient ensuite l'argument financier. Éden Hazard, auteur d'un but et deux passes décisives le 18 mars lors d'un Lille - Valenciennes (4-0) auquel assistait le manager de City, Roberto Mancini, aux côtés de l'agent du joueur John Biko, prétendrait à un salaire net annuel de 5 millions d'euros minimum. Des quatre clubs anglais susceptibles de jouer la compétition, ni Newcastle, qui possède en Hatem Ben Arfa un joueur au profil similaire, ni Arsenal ne veulent, ou peuvent, s'aligner sur pareilles exigences.

Du côté de Manchester United, qui disputera lundi soir sur le terrain du rival "Citizen" le titre de Champion d'Angleterre 2012, Alex Ferguson ne cache pas l'intérêt qu'il porte au jeune prodige belge. "Man U", l'un des quatre clubs les plus riches du monde, jouit aussi d'un prestige et d'un palmarès bien supérieurs à celui de son voisin de City. Choisir les Red Devils serait l'occasion de se glisser dans une lignée de joueurs légendaires (Best, Robson, Cantona, Backham, Ronaldo), tous porteurs du mythique n°7 dont Éden Hazard serait dès lors l'héritier.

Sauf que la politique salariale en vigueur chez les Red Devils n'est pas celle du chèque en blanc. On voit d'abord, puis on paye. Recruté à l'âge de 18 ans, un joueur comme Wayne Rooney, par exemple, dut attendre sa huitième année de contrat et un long bras de fer avec ses dirigeants pour y décrocher le jackpot.
   
A l'inverse, choisir Manchester City, depuis sa reprise en 2008 par des capitaux d'Abou Dhabi, c'est (encore) la certitude de toucher le gros lot d'emblée. Même si l'effectif des Citizens au poste de Hazard est étoffé (l'Espagnol David Silva, le Français Samir Nasri), le Belge y aurait l'occasion de s'y faire une place d'autant plus aisément que les propriétaires du club s'apprêtent à lancer une nouvelle offensive sur le marché des transferts dans le but de gagner la prochaine Ligue des Champions.

A 40 millions, montant de sa clause de départ du LOSC, obtenir le transfert de celui qui est l'actuel meilleur passeur et deuxième meilleur buteur de L1 cette saison, est presque un jeu d'enfant. A ce niveau, rares sont les clubs (Chelsea, Real Madrid) capables de rivaliser. Dans la tête du joueur, dès lors, le choix de Manchester City est fait. Il l'a confié, selon nos sources, à l'un de ses proches en marge d'un match récent du LOSC en L1.

Toutefois, l'affaire n'est pas encore bouclée, même si le président lillois Michel Seydoux, y verrait un triple intérêt. Un: équilibrer le bilan en cours du LOSC en vendant un pur enfant du club, couvé depuis l'âge de 14 ans par le champion de France en titre. Deux: recruter fort pour le remplacer et lancer une grande campagne d'abonnements pour remplir le Grand Stade de Lille et ses cinquante mille places, qui sera enfin en service à l'été 2012. Trois: attirer de nouveau investisseurs au sein du capital du LOSC, et vendre tout ou partie de ses parts après dix ans de présidence.

On appelle ça un faisceau de convergences. Resterait, une fois le dossier signé, à en convaincre ses futurs équipiers, dont son partenaire en sélection belge Vincent Kompany, de sa pertinence, ainsi que les supporters des Sky Blues qui voient déjà, en Éden Hazard, un mercenaire de plus. Mais c'est une autre histoire...
 
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"Barça - Real résonne comme la version footballogique de l'Armageddon biblique. A moins qu'il ne soit l'Armageddon lui-même."

Ainsi concluais-je mon antépénultième note footballogique. Celle ou enfin, Footballogie levait le voile sur sa nature même, son essence politique à tendance radicale.

C'était avant les quarts de finale de la Ligue des Champions. C'était avant que le Deus ex Machina du football ne prête l'oreille à mon propos. Qu'en demi-finale aller de la 57e C1, le Real Madrid et le FC Barcelone ne soient tous deux battus au même stade de la même compétition pour la première fois depuis près d'une année (30 avril 2011, 34e journée de la Liga).

En vérité, je vous le dis: je compte fermement sur le Bayern et/ou Chelsea pour écarter le scénario d'une finale Barça - Real, celle que la planète entière, à l'exception des fans du Bayern ET Chelsea, appelle de ses vœux.

Pourquoi cette prise de position extrême? Il est rare que je m'engage ainsi Pour ou Contre un événement formel. J'avais certes fait de Chelsea mon favori pour remporter l'édition 2011 de l'épreuve au nom de la pérennité du carrousel anglo-hispano-italien. Je me garderais bien d'instrumentaliser les Blues pour assouvir quelque pitoyable vengeance égotiste. 

Barça - Real, alias "El Clásico", ce Talmud dont le 219e chapitre a lieu ce soir au Camp Nou de Barcelone, le Stade des Stades, est un rituel auquel en temps normal, nous n'accorderions qu'une importance toute relative. Un match de foot, juste un peu moins simple que les autres, juste beaucoup plus qu'une question de vie ou de mort.

Nous nous serions extasiés sur la rivalité Messi - Ronaldo, dont les performances, quasi-gémellaires, dépassent l'entendement, repoussent les frontières du possible. Condamnant ainsi les Seigneurs de l'Histoire aux oubliettes statistiques, où reposera bientôt le duel Skoblar - Keita, 44 buts pour l'un, 42 pour l'autre, de la saison 1970-71 en France. Un jour peut-être, même le souvenir du vénérable maître William "Dixie" Dean, 60 buts pour Everton en championnat d'Angleterre, saison 1927-28, finira-t-il par s'évanouir sous les infinis prodiges du triple Ballon d'Or argentin et de son éternel dauphin gominé.

En temps normal, nous aurions glosé sur l'antagonisme Guardiola - Mourinho. Formule Barça versus Special One Basta. 8,33% de défaites en quatre ans pour le fils spirituel de Cruyff; 75,67% de victoires en 111 matches sur le banc du Real pour le disciple caché d'Herrera.

Nous aurions philosophé sur la fracture sociale espagnole, Barça - Real devant et tous les autres derrière dans un magma informe, tous juste bon à atteindre les demi-finales de la Ligue Europa. 

En temps normal, oui, nous nous vautrerions dans les chiffres, les records à battre pour le Real (records de points marqués, de buts inscrits, de victoires engrangées, de différence de buts), les sommets à gravir pour le Barça (six trophées à gagner, 65 matches à jouer sur autant de dates possibles au calendrier, deux ligues des champions consécutives à conquérir pour la première fois depuis le Milan...). Assez!

Les temps ne sont pas à la normalité. Au-delà d'un possible retour à l'alternance et d'un premier Clásico en Liga depuis le 7 mai 2008 pour décorer la Maison Blanche, au-delà d'un septième championnat remporté avec quatre clubs dans autant de pays pour Son Arrogance Sérénissime José 1er, au-delà même d'une possible captation du bilan commun (86-46-86) par les Blaugranas après 69 ans de magistère madridiste, le Clásico 219 n'est, et ne peut être, qu'une répétition.

Celle du Clásico 220. Programmé pour le 19 mai 2012 à Munich. Un siècle, une décennie, une semaine après celui du 13 mai 1902 à Madrid. Le premier, le brouillon, pas encore classique, entre un Barça de trois ans d'âge et un Madrid même pas Real qui poussait là son cri primal.

Le premier pour la Copa de la Coronacion, proto-Coupe du Roi inventée pour le jeune Alphonse XIII, alors couronné de frais. C'était du moins ce que l'on croyait.

Dans toute tragédie, la créature échappe à son créateur. La Coupe du couronnement portait en germe la guerre civile espagnole. L'irruption conflictuelle de la flèche blonde Alfredo Di Stéfano, la gestation vengeresse de sa réplique numérique, la puce Lionel Messi. Le football est devenu Tout.

Elle portait en elle l'invention de la Coupe d'Europe des Clubs Champions, la Ligue des Champions comme on dit de nos jours, laquelle, sans qu'on le perçoive tout à fait, serait un point d'inflexion à l'histoire intrinsèque des Clásicos, entrainant le football dans un rôle de reflet du monde qui n'était pas prévu, à l'origine.

Du point d'inflexion au point de non retour, ce n'est qu'une question de jours. Voilà le Bayern et/ou Chelsea face à une responsabilité historique: celle d'empêcher, ou pas, l’Armageddon de Munich.

Personnellement, je n'écris que sur le réel. Mon avis ne m'intéresse pas. J'attendrai l'issue des demi-finales retour de la Ligue des Champions pour dire ma crainte d'une éventuelle Fin de l'Histoire et de ses conséquences.

Le résultat du Clásico 219? Frankly my dear, I don't give a damn.


PSG - OM est un mythe français. Un passage majeur de l'évangile footballogique. resurrection_502.jpgCelui de demain soir, le premier de Carlo "Rends l'Argent" Ancelotti, épilogue de la 31e journée de Ligue1 et pour lequel Canal+ entend réaliser l'équation faire-savoir/savoir-faire, est un Clasico de choc. Peut-être le plus grand, le plus signifiant chapitre de cette saga bipolaire, entre deux visions antagonistes du foot, et partant de là, du monde. 78e épisode. Peut-être le dernier.

Je pourrais juste vous parler chiffres, quand d'autres parlent chiffon(nier)s. Quand les questions ontologiques ("Ancelotti est-il un imposteur?") où plus circonstancielles ("Deschamps est-il au bout du rouleau?") sont en fleur dans le monde des experts, telles des clous à planter dans la chair des présumés coupables.

On a les Clasicos qu'on mérite, mais celui-ci, fut-il seulement français, fut-il juste à jouer entre deux clubs piégés dans une spirale critique, mérite mieux que cette grille de lecture réductrice, symptomatique d'un affaissement spirituel autant que d'une certaine vacuité médiatique.

Du duel, il faut préciser le contexte: messianique, pour ne pas dire christique. De tous les Clasicos disputés à Paris ET en Ligue 1, ce sera le trente-troisième. L'âge du Christ au jour de la passion; ce n'est pas qu'un vain symbole. Ce "Christico" scelle le moment où tombe enfin la barrière des clichés, Paris l'oppresseur jacobin versus Marseille la rebelle sulfureuse, pour comprendre ce qui se trame dans ce pays: un détournement malsain, autant que mensonger, du thème de la fracture sociale.

L'idée, qui porta dialectiquement Jacques Chirac à l’Élysée en 1995 au temps où l'OM purgeait en D2 la peine marquant la pitoyable fin de l'aventure Tapie, a repris de la vigueur depuis l'été dernier. Sur un plan politique, la voilà désormais portée par le dénommé Jean-Luc Mélenchon, qui tente d'y puiser un destin à la Saint-Just.

On peut adhérer par conviction à la stratégie électorale du coprésident du Parti de Gauche. On peut aussi considérer l'affaire comme une posture. C'est l'avis de Marine Le Pen. Le terrain populiste étant traditionnellement chasse gardée de son parti, la candidate frontiste a récemment assimilé Jean-Luc Mélenchon "à un nouveau Bernard Tapie"; celui qui ferait prendre au bon peuple de France des vessies pour des lanternes. Et, par extension, le "parti de la Révolution" à un OM grandeur nature.

Curieusement, hier, le défenseur marseillais Rod Fanni reprenait (consciemment ou non, là n'est pas le problème) à son compte le flambeau de cette nouvelle doxa en prononçant ces mots stupéfiants à propos de ce 33e PSG-OM à Paris ET en Ligue 1: "C'est le match de la passion contre l'argent".

Fallait-il être diaboliquement mécréant pour parler ainsi de "passion" un Vendredi Saint, jour de la Passion du Christ? Ou bigrement dévot? Ou simplement ignorant? Rayer les mentions inutiles.

Comment mieux résumer, toutefois, la problématique française? C'est bien connu: la France est un pays de passion et qui (tiens donc) déteste l'argent. Donc le PSG. Dogme forgé à coups de détournements de fonds, de transferts douteux et de pressing du Milieu. Tiens, ça me rappelle un club. Le PSG? Euh... Non.

Il aura suffit que Margarita Louis-Dreyfus, sur les conseils du conseil d'administration du groupe industriel hérité de feu RLD, décide de rationner la manne sur laquelle, de 1996 à 2011, a vécu toute une ville (pour ne pas dire tout un peuple, expression détestable s'il en est), pour que l'OM ne change d'acronyme. Fini l'Olympique des Mécènes. Bonjour l'Olympique de Misère.

Personnellement, je pense que le misérabilisme ne mène nulle part. Surtout lorsqu'il est tissé de malhonnêteté plus ou moins manipulatrice. Selon des sources concordantes, le salaire net mensuel de Rod Fanni avoisine les deux cents mille euros; andre-pierre-gignac-bentley-continental-gt.jpgcent mille de moins que celui d'André-Pierre Gignac, dont le kilométrage balle au pied reste inférieur à celui parcouru au volant de sa Bentley à 185.000 euros l'unité (prix de base).
 
En vérité, de toutes les villes françaises de plus de cent mille habitants, Marseille est celle où les inégalités sociales sont les plus prononcées. L'échelle des revenus médians par arrondissements y est graduée de un à douze; de un à quatre à Paris.
 
C'est ainsi: quoiqu'en dise François Hollande, le Paris Saint-Germain, même tombé aux mains d'argent du capitalisme mondialisé dans ce qu'il a de plus opaque, celui des émirats pétro-gaziers du nord-est de la péninsule arabique, est l'émanation d'un modèle bien plus égalitaire, et partant de là bien plus Français, que le contexte marseillais.

C'est tellement vrai qu'à Paris ET en Ligue 1, le Clasico est statistiquement équitable: 13 victoires pour le PSG contre neuf pour l'OM et onze matches nuls. C'est tellement vrai que lorsque Paris joue le titre ou l'une des deux premières places (1986, 1989, 1993, 1994, 1997, 2000 et 2004), le Parc des Princes devient un terrain neutre, pour ne pas dire une terre hostile à ses résidents: deux victoires en sept matches, pour trois nuls et deux défaites (5 buts pour, 5 buts contre).

A part ça, quelques chiffres quand même. Didier Deschamps, qui sur le coup de 22h50, dimanche soir, aura été l'acteur (sur ou au bord du terrain) de 18,2% des Clasicos disputés en L1, n'en a pour l'heure perdu qu'un. L'ancien capitaine de la victoire en Ligue des Champions, en 1993, est aussi comptable de l'une des pires séries négatives du club depuis la première victoire en Coupe de France, en 1924.

Moralité: Marseille est une fracture sociale à elle toute seul. A la fois Capitole et Roche Tarpéienne. deschampslabrune.jpgEt quand Marseille se fait misère, comme en 1994 par exemple, Didier Deschamps a plutôt vocation à changer d'horizon. L'homme a toujours été du côté de l'ambition. La passion c'est bien joli, mais sans argent, c'est juste le plus sûr chemin vers la crucifixion.

Demain soir, entre deux clubs, deux entraineurs, piégés dans une spirale christique cousue de fil blanc, il sera aussi question de résurrection. Golgotha pour les uns, Saint-Sépulcre pour les autres: à quoi ressemblera le Parc des Princes?

Comme disait Brennus: Vae Victis.

L’auteur

A propos de ce blog

On peut toujours croire que le foot est un sport, a fortiori un sport démocratique. On peut toujours prétendre que le foot n’est qu’affaire de système de jeu et de culture tactique. Clamer, quand on n’y comprend plus rien, que « tout peut arriver dans le football », selon l’une des croyances les plus établies de la doxa médiatique.

Geoffroy Garétier nourrit depuis des années une pensée inverse. Consultant sur les antennes du groupe Canal Plus (les Spécimens sur Canal+ Sport, les Décodeurs sur Infosport+, 20h foot sur itélé), il fait partager avec ferveur sa conviction ultime : plus le niveau monte, plus « c'est joué d'avance ». Plus le nombre des participants augmente, plus l’audience progresse et plus le cercle des vainqueurs se réduit, en proportion comme en valeur absolue.

Le concept de Footballogie est né d’un triple constat. Un : il est temps d’admettre que le football est bien plus qu’un sport, voire probablement, pas un sport du tout. Deux : il est temps d’élargir le champ de l’analyse sportive, depuis trop longtemps confiné dans les limites chronométriques du match et les tromperies de son apparence. Trois : tout menant au foot et le foot menant à tout, il est temps de lui octroyer le label « fait social total » imaginé par Marcel Mauss, chercheur visionnaire et pionnier de l’anthropologie en France.

Bourdieu l’aurait dit : la Footballogie est un sport de combat. « Footballogie », le blog, s’adresse à tous ceux que le foot fascine et fait vibrer, tous ceux qui savent que passion et lucidité ne recèlent pas d’incompatibilité. Avec, pour seuls parti-pris, l’humour, l’imagination et la libre pensée…

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