Je pourrais juste vous parler chiffres, quand d'autres parlent chiffon(nier)s. Quand les questions ontologiques ("Ancelotti est-il un imposteur?") où plus circonstancielles ("Deschamps est-il au bout du rouleau?") sont en fleur dans le monde des experts, telles des clous à planter dans la chair des présumés coupables.
On a les Clasicos qu'on mérite, mais celui-ci, fut-il seulement français, fut-il juste à jouer entre deux clubs piégés dans une spirale critique, mérite mieux que cette grille de lecture réductrice, symptomatique d'un affaissement spirituel autant que d'une certaine vacuité médiatique.
Du duel, il faut préciser le contexte: messianique, pour ne pas dire christique. De tous les Clasicos disputés à Paris ET en Ligue 1, ce sera le trente-troisième. L'âge du Christ au jour de la passion; ce n'est pas qu'un vain symbole. Ce "Christico" scelle le moment où tombe enfin la barrière des clichés, Paris l'oppresseur jacobin versus Marseille la rebelle sulfureuse, pour comprendre ce qui se trame dans ce pays: un détournement malsain, autant que mensonger, du thème de la fracture sociale.
L'idée, qui porta dialectiquement Jacques Chirac à l’Élysée en 1995 au temps où l'OM purgeait en D2 la peine marquant la pitoyable fin de l'aventure Tapie, a repris de la vigueur depuis l'été dernier. Sur un plan politique, la voilà désormais portée par le dénommé Jean-Luc Mélenchon, qui tente d'y puiser un destin à la Saint-Just.
On peut adhérer par conviction à la stratégie électorale du coprésident du Parti de Gauche. On peut aussi considérer l'affaire comme une posture. C'est l'avis de Marine Le Pen. Le terrain populiste étant traditionnellement chasse gardée de son parti, la candidate frontiste a récemment assimilé Jean-Luc Mélenchon "à un nouveau Bernard Tapie"; celui qui ferait prendre au bon peuple de France des vessies pour des lanternes. Et, par extension, le "parti de la Révolution" à un OM grandeur nature.
Curieusement, hier, le défenseur marseillais Rod Fanni reprenait (consciemment ou non, là n'est pas le problème) à son compte le flambeau de cette nouvelle doxa en prononçant ces mots stupéfiants à propos de ce 33e PSG-OM à Paris ET en Ligue 1: "C'est le match de la passion contre l'argent".
Fallait-il être diaboliquement mécréant pour parler ainsi de "passion" un Vendredi Saint, jour de la Passion du Christ? Ou bigrement dévot? Ou simplement ignorant? Rayer les mentions inutiles.
Comment mieux résumer, toutefois, la problématique française? C'est bien connu: la France est un pays de passion et qui (tiens donc) déteste l'argent. Donc le PSG. Dogme forgé à coups de détournements de fonds, de transferts douteux et de pressing du Milieu. Tiens, ça me rappelle un club. Le PSG? Euh... Non.
Il aura suffit que Margarita Louis-Dreyfus, sur les conseils du conseil d'administration du groupe industriel hérité de feu RLD, décide de rationner la manne sur laquelle, de 1996 à 2011, a vécu toute une ville (pour ne pas dire tout un peuple, expression détestable s'il en est), pour que l'OM ne change d'acronyme. Fini l'Olympique des Mécènes. Bonjour l'Olympique de Misère.
Personnellement, je pense que le misérabilisme ne mène nulle part. Surtout lorsqu'il est tissé de malhonnêteté plus ou moins manipulatrice. Selon des sources concordantes, le salaire net mensuel de Rod Fanni avoisine les deux cents mille euros;
En vérité, de toutes les villes françaises de plus de cent mille habitants, Marseille est celle où les inégalités sociales sont les plus prononcées. L'échelle des revenus médians par arrondissements y est graduée de un à douze; de un à quatre à Paris.
C'est ainsi: quoiqu'en dise François Hollande, le Paris Saint-Germain, même tombé aux mains d'argent du capitalisme mondialisé dans ce qu'il a de plus opaque, celui des émirats pétro-gaziers du nord-est de la péninsule arabique, est l'émanation d'un modèle bien plus égalitaire, et partant de là bien plus Français, que le contexte marseillais.
C'est tellement vrai qu'à Paris ET en Ligue 1, le Clasico est statistiquement équitable: 13 victoires pour le PSG contre neuf pour l'OM et onze matches nuls. C'est tellement vrai que lorsque Paris joue le titre ou l'une des deux premières places (1986, 1989, 1993, 1994, 1997, 2000 et 2004), le Parc des Princes devient un terrain neutre, pour ne pas dire une terre hostile à ses résidents: deux victoires en sept matches, pour trois nuls et deux défaites (5 buts pour, 5 buts contre).
A part ça, quelques chiffres quand même. Didier Deschamps, qui sur le coup de 22h50, dimanche soir, aura été l'acteur (sur ou au bord du terrain) de 18,2% des Clasicos disputés en L1, n'en a pour l'heure perdu qu'un. L'ancien capitaine de la victoire en Ligue des Champions, en 1993, est aussi comptable de l'une des pires séries négatives du club depuis la première victoire en Coupe de France, en 1924.
Moralité: Marseille est une fracture sociale à elle toute seul. A la fois Capitole et Roche Tarpéienne.
Demain soir, entre deux clubs, deux entraineurs, piégés dans une spirale christique cousue de fil blanc, il sera aussi question de résurrection. Golgotha pour les uns, Saint-Sépulcre pour les autres: à quoi ressemblera le Parc des Princes?
Comme disait Brennus: Vae Victis.
Cher Garetier
puisque vous êtes grand théologien de la statistique , j'aimerais que votre prochain billet dépasse le cadre de la PASSION pour nous parler de la REVELATION :
Combien gagnent les footballeurs jouant en France ? Pouvez établir la grille des salaires et des revenus ? ça commence à combien , ça finit à combien ? Combien de joueurs émargent à plus d'1 Million euros annuels ?
Je sais bien que CHRISTIANISME et CAPITAL savent faire bon ménage parmi nos élites qui rêvent de ciel argenté mais dire la VERITE serait tellement salutaire pour vaincre l'angélisme des mécréants !
Je vous attends .
Où l'on voit que le football, en tant que sport n°1 en Europe (aux USA ce serait le baseball, comme au Japon d'ailleurs, par exemple) échappe aux logiques habituelles, aux raisonnements qu'on accorde à soi-même ou à ses voisins de rue. Footballeurs, des ayant-droits fortunés auxquels on ne pardonnera pas le manque de résultats sportifs parce que ces derniers sont la seule raison d'être morale des sommes qu'ils engrangent. L'an passé aux USA, certains se demandaient si, en pleine crise financière et hausse du chômage généralisé, il fallait dénoncer les négociations de tel joueur de baseball pour un contrat multi-millionnarisé en dollars par an. Si, en quelque sorte, Gignac ne devait pas, par pudeur et civisme, rendre sa Bentley tant qu'il jouait aussi peu et aussi mal... A propos, en quoi roulent Tévez et Torres ?.. :)
bonjour à vous
Puisque vous parlez de Gignac , ça me fait penser à l'affaire du pâtissier de Lorient qui a été contraint de porter plainte contre lui pour un impayé de 500 euros . C'est Maman Gignac qui est venu régler la note au tribunal d'instance parce que Mr Gignac ne pouvait se déplacer de Toulouse à Lorient .
Puisque vous parlez de Bentley , ça me fait penser au garagiste de Vannes qui a immobilisé le véhicule de J. Cissé dans son garage faute d'un contrat honoré par le joueur ( contrat de représentation )
Les affaires de sexe , d'argent et de drogues deviennent monnaie courante dans le milieu des joueurs professionnels. Tout cela donne la sale impression que le milieu des joueurs professionnels est de moins en moins exemplaire sur et en dehors du terrain à mesure que les salaires versés dépassent l'entendement ! ( 300000 euros mensuels pour Gignac à Marseille ? )
Le plus dramatique c'est que les journalistes n'abordent jamais le malaise du football français dans ces termes . Ce milieu est tellement pourri par l'argent qu'il conduit des joueurs à se comporter comme des hors la loi vis à vis des autres citoyens et le plus navrant c'est que ce même milieu soutient les joueurs quand le délit est avéré ( exemple l'affaire Brandao ! ) . Il y aurait un sacré nettoyage à faire dans le football français avant d'espérer qu'il redevienne exemplaire et compétitif en club et en sélection !