Inquiétons-nous un instant pour l'indice Uefa de la France, lequel, avec 0,78 points de moyenne par match depuis le début de l'édition 2012-13, poursuit sa courbe déclinante. A comparer avec les 2,5 ppm de l'Espagne, les 2,22 de l'Allemagne, les 1,67 de l'Angleterre et de l'Ukraine. Des huit pays comptant plus d'un qualifié dans l'épreuve, la France peut se targuer dès lors d'une navrante et néanmoins prévisible huitième place...
En attendant le retour de Lyon et/ou Marseille en Ligue des Champions (le plus tôt sera le mieux) le PSG thésaurise tous les espoirs de l'hexagone de maintenir son standing européen. Ce qui souligne une fois de plus la lucidité de ceux qui critiquaient la prise de contrôle du club par des fonds qatariens à l'été 2011...
Là n'est toutefois pas notre propos, qui vise uniquement à établir un bilan de compétences du Paris Saint-Germain dans son ambition, légitime autant qu'excitante, de remporter l'épreuve. Après examen approfondi, je ferais au vainqueur de feue la Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupe (1996) cinq recommandations principales.
1/Devenir un Euroligarque. Ou un Eurémir émérite, en vertu de l'origine du pouvoir parisien. En clair: se qualifier pour les 1/8e de finales de l'épreuve, année après année. Passez outre la porte ouverte: la répétition des matches à élimination directe est la meilleure, voire la seule préparation à un triomphe éventuel. L'exemple de Chelsea est à ce titre éclairant: avec Arsenal et le Real Madrid, les Blues sont l'un des trois clubs à avoir atteint le Top 16 chaque saison depuis la réintroduction des 1/8e de finale, en 2003-04.
N'oublions pas le facteur primordial de l'histoire: comme Chelsea jusqu'en mai dernier, le PSG est encore inédit au palmarès. Rien, probablement, ne lui sera aisé dans l'accomplissement de son destin. En revanche, sortir des poules, Paris sait faire, comme en 1994-95 et surtout en 2000-01; pour deux échecs en 1997-98 et 2004-05. Un 50% de réussite encore insuffisant mais que son parcours en 2012-13 devrait contribuer à faire pencher du côté positif. Cette saison, Paris peut raisonnablement prétendre à un rang de quart-de-finaliste. Pour aller plus loin, il faudra aller... plus loin.
2/Franchir le mur du 100. Lors de son sacre du printemps dernier, face au Bayern, Chelsea jouait le cent-quatorzième match de C1 de son histoire, Coupe et Ligue des Champions confondus.
Plus ennuyeux: en termes d'expérience intrinsèque de la Ligue des champions proprement dite, depuis l'introduction des poules en 1991-92, le PSG n'occupe que la 37e place avec ses trente-sept matches, loin derrière des seconds couteaux de la C1 tels que l'Olympiakos, Galatasaray ou le Spartak Moscou... Or, tous les vainqueurs de l'épreuve depuis 1999-00 étaient au-dessus des cent matches lors de leur(s) finale(s) gagnée(s). Tous sauf un: le Liverpool FC de la saison 2004-05. Mais les Reds du duo Benitez - Gerrard bénéficiaient alors d'un atout que le PSG n'aura jamais dans son jeu: leurs quatre victoires en C1, ancienne formule (1977, 1978, 1981 et 1984).
En franchissant le "mur des cent", Paris prendra en outre racine dans l'un ou l'autre des deux premiers chapeaux dont proviennent tous les vainqueurs et finalistes depuis dix ans, à l'exception du Monaco de Didier Deschamps en 2003-04.
3/Bâtir une équipe à 500 matches. Le différentiel de niveau entre un championnat national et la Ligue des Champions est élevé. Tellement élevé, qu'un club désireux de jouer cette dernière épreuve pour la gagner doit recruter un joueur d'abord en fonction de son pédigrée européen. Ainsi, au matin de leur triomphe, les onze joueurs titulaires des trois derniers vainqueurs (Inter 2010, Barça 2011 et Chelsea 2012) comptaient un total cumulé de plus de cinq cents matches joués auparavant dans l'épreuve. Soit une moyenne par joueur de plus de quarante-deux matches, c'est à dire cinq, voire six saisons passées à apprendre la compétition, à s'adapter à ses exigences, à en comprendre les codes avant de les posséder.
Pour l'attaquant ivoirien de Chelsea Didier Drogba, héros de la dernière finale, le Graal fut décroché à son 77e match; deux ans plus tôt, Javier Zanetti venait de gagner son 87e (Inter - Bayern 2-0) lorsqu'il souleva la Coupe aux grandes oreilles, dans les travées du Bernabeu de Madrid...
4/Faire confiance à Carlo Ancelotti. Depuis qu'il a succédé sur le banc du PSG, le 30 décembre 2011, à un Antoine Kombouaré alors en tête de la Ligue 1, l'ancien entraineur de la Reggiana et Parme, de la Juventus et du Milan, de Chelsea aussi, a concentré l'essentiel des critiques hexagonales quant à la supposée trop lente montée en puissance d'un PSG italianisé. Jusqu'à remettre en cause ses compétences tactiques. Comme si nous, Français, du haut de nos deux Coupes d'Europe gagnées depuis 1955, étions crédibles dans ce registre critique.
Ancelotti n'est certes ni un créateur à la Zeman, Cruyff ou Guardiola, ni un calculateur à la Mourinho. Mais dans l'optique d'une stratégie de conquête, il est bien plus que ça: des six hommes vainqueurs de la C1 comme joueur ET entraineur, il est l'un des deux multiples vainqueurs, avec l'Espagnol Miguel Munoz, comme joueur ET entraineur. En 1989 et 1990 comme milieu défensif de l'AC Milan, dernier auteur d'un back to back dans la compétition, sous les ordres du légendaire Arrigo Sacchi; en 2003 et 2007 comme Mister du club rossonero.
5/Donner du temps au temps. Gagner sa première Ligue des Champions: l'objectif trace un sillon pour des années. Peut-être même une décennie, dans un contexte pan-européen où, de Manchester City au Zenit Saint-Pétersbourg, pareil objectif est largement partagé. L'exemple de Chelsea est à ce titre non seulement éclairant, mais il donne la seule direction possible: neuf ans ne se sont-ils pas écoulés entre le rachat du club londonien par l'Oligarque russe Roman Abramovitch, en juin 2003, et sa première victoire en Ligue des Champions, le 19 mai dernier à l'Allianz Arena de Munich face au Bayern (1-1, 4-3 tab)?
Pensez qu'Arsenal, l'un des trois plus grands clubs d'Angleterre, n'y est toujours pas parvenu. Malgré une série en cours de quinze participations consécutives à l'épreuve, les Gunners restent sur leur défaite face au Barça (1-2) lors de leur unique finale, au Stade de France, le 17 mai 2006...
Résumé: en supposant que le PSG, racheté par Qatar Sports Investments en juin 2011, devienne un membre permanent de l'Euroligarchie, qu'il dispute en moyenne chaque saison les quarts-de-finales de la Ligue des Champions, il devrait être éligible pour une victoire à compter de la saison 2018-19. Avant, je ne garantis rien.
Voilà pour les grandes lignes du "Rapport Garétier pour le PSG". Contrairement aux rapports Attali ou Gallois, m'étonnerait que celui-ci finisse dans les oubliettes de l'Histoire...
Vraiment super comme article. Vous méritez d'être plus souvent lu. Merci beaucoup.
Merci à vous!
Geoffroy Garétier, vous êtes le meilleur ! Et faut remettre Mr Ménes à sa place, quand il dit que le Chelsea de Ancelotti était morose et gagner tout ses matchs 1-0... Faut lui dire qu'en 2 ans et demi à Chelsea, il a gagné que 5 matchs 1-0, lors du sacre de Chelsea, il a battu aller-retour Liverpool, Arsenal, United... Nouveau record de but marqué en championnat en une saison avec 103 buts inscrits depuis que le championnat d'Angleterre est rebaptisé Premier League en 1992. J'aimerai que vous lui en fassiez part lors des spécialistes Lundi 29 octobre merci
bravo pour votre article, cela change de voir enfin un article bien construit sur le PSG ! on en redemande .....vivement le prochain ! vous venez de gagner un nouveau lecteur assidu .
merci à vous et bonne continuation
Toujours aussi intéressante la lecture de vos rapport M. Garétier ! Les statistiques, à défaut de prédire de façon exacte de quoi les résultats sportifs de demain seront faits, nous en apprennent énormément sur les facteurs qui les influenceront. Et c'est une évidence en vous lisant ! Merci d'y attirer notre attention. Bonne continuation
Cher Geoffroy,
Le plus intéressant dans ce "rapport", c'est que, mis à part le point 4 plus spécifique au PSG actuel, il est applicable à tous clubs ayant des ambitions en C1.
Il permet aussi de légitimer ces ambitions et l'on se rend compte que l'OL commençait tout juste à remplir les conditions nécessaires pour devenir un de ces Grands d'Europe...quand le déclin survint pour cause de finances délicates.
En conclusion ces quelques conseils impliquent surtout d'avoir les moyens de les mettre en oeuvre ce qui n'est à ce jour possible que pour quelques clubs européens.
Le fair-play financier sera-t'il de nature à changer la donne ?
Bien à vous,
Tom (Olive fait les comptes)
Chers Amis
Je ne sais vraiment pas ce que le fair-play financier va changer réellement au paysage européen. Les possibilités de contournement me semblent importantes pour des clubs nouveaux riches comme le PSG et City d'un côté; de l'autre, je ne vois pas des clubs issus de la vieille aristocratie tels que les deux Milan se laisser noyer dans l'anonymat sans piper mot. Ouvrir tout ou partie de leur capital à des investisseurs issus des pays récemment émergés me parait les concernant la solution la plus probable à très court terme.
Ainsi, dans les cinq ans à venir, l'Europe n'étant plus propriétaire de ses grands clubs, je ne vois pas comment l'Uefa pourrait leur imposer quelque contrainte issue d'un système obsolète...
Mais ce n'est qu'une analyse.
Bien à vous
J'apprécie le compliment. Etre lu et compris est mon seul objectif :-)
Amitiés